‹ L'évangile du Bouddha, raconté d'après les anciens documents; traduit de l'anglais avec autorisation de l'auteurChapitre 154 sur 204 · Alors le Bienheureux but de cette eau · texte numérisé non relu

Alors le Bienheureux but de cette eau

15. — Or, en ce moment, un homme de basse caste, nomme Poukkacha, jeune Malla, disciple d'ArâtaKâlâma, passa sur la grande route qui mène de Kouçinagara à Pâvâ.

16. — Et Poukkacha, le jeune Malla, vil le Béni assis au pied d'un arbre. Lorsqu'il le vit, il alla au lieu où était le Bienheureux, et quand il y fut arrivé il le salua et s'assit respectueusement près de lui. Alors le Bienheureux instruisit, édifia et réjouit Poukkacha, le jeune Malla, par un discours religieux.

17. — Éveillé et réjoui par les paroles du Bienheureux, Poukkacha, le jeune Malla, interpella un homme qui se trouvait à passer et dit : « Apportez-moi, je vous prie, mon brave homme^ deux robes d'étoffe d'or, brunies et prêles à mettre. »

18. — (( Qu'il en soit fait ainsi, seigneur », dit l'homme approuvant Koukkacha, le jeune Malla; et

il apporta deux robes d'étoffe d'or, brunies et prêtes à porter.

19. — Le Malla, Poukkacha, offrit les deux robes d'étoffe d'or, brunies et prêtes à porter, au Bienheureux, en disant : « Seigneur, ces deux robes d'étoffe d'or sont prêtes à être portées. Que le Bienheureux me fasse la faveur de les accepter de mes mains ! »

20. — Le Bienheureux dit : « Poukkacha, revêts moi de l'une et Ananda de l'autre. »

21. — Alors le corps de Tathâgata parut brillant comme une flamme, et il était beau au-dessus de toute expression.

2^. — Le vénérable Anânda dit alors au Bienheureux : c( Quel miracle est-ce cela, Seigneur, et quelle merveille que la couleur de la peau du Bienheureux soit si claire, si extrêmement brillante I Quand j'ai posé cette robe d'étoffe d'or bruni sur le corps du Bienheureux, voyez! il semblait qu'elle eut perdu soné'clati »

23. — Le Bienheureux dit : c II y a deux circonstances oti la personne d'un Tathâgata devient claire et excessivement brillante. Dans la nuit, Ananda, pendant laquelle un Tathâgata parvient à la vue interne, suprême et parfaite, et dans la nuit pendant laquelle il disparaît définitivement dans cet ultime passage qui ne laisse absolument rien subsister de son existence terrestre. »

24. — Et le Bienheureux parla au vénérable Ananda et dit : « Maintenant il pourrait arriver, Ananda, que quelqu'unéveillâtdesremordsdans l'âme deTchounda,

le forgeron, en disant : — C'est un malheur pour toi, Tchounda, et une perte que le Tathâgata soit mort après avoir fait son dernier repas avec ce que tu lui as offert. » Il faudrait combattre de pareils remords, Ananda, chez Tchounda le forgeron, en disant : ~ Il est heureux pour toi, Tchounda, et avantageux pour toi que le Tathâgata soit mort après avoir fait son dernier repas avec ce que tu lui as préparé. J'ai entendu, ô Tchounda, de la bouche même de Tathâgata, j'ai recueilli ces paroles de sa propre bouche : — Ces deux ofirandes d'aliments sont aussi frutueuses et beaucoup plus qu'aucune autre : les offrandes de nourriture qu'un Tathâgata reçoit quand il est parvenu à la lumière parfaite et quand il disparaît par l'ultime disparition qui ne laisse après elle absolument rien de son existence terrestre; ces deux offrandes de nourriture sont aussi fuctueuses et aussi profitables, de beaucoup plus de fruit et d'un beaucoup plus grand profit qu'aucune autre. Par elles, Tchounda le forgeron, a jeté les fondations d'un Karma produisant avec surabondance une longue vie, produisant avec surabondance une bonne naissance, produisant avec surabondance la bonne fortune, produisant surabondamment la bonne renommée, produisant en surabondance la possession du ciel et d'une grande puissance. — C'est ainsi, Ananda, qu'il faut combattre tout remords chez Tchounda, le forgeron. » 25. — Alors le Bienheureux, connaissant que la mort était proche, prononça ces paroles : « Celui qui

donne tout ce qu'il a fera un gain véritable. Celui qui se dompte sera délivré des passions. L'homme juste rejette loin de lui les péchés; et en déracinant en nous la luxure, l'amertume et Tillusion nous gagnerons Nirvana.

XGVI. — Maitrêya.

1. — Le Bienheureux, aecompagné d'une suite nombreuse de frères, se dirigea vers le bosquet de çâlas^^^ des Mallas, de FOupavartana de Kouçinagarâ situé sur la rive opposée de la rivière Hiranyavalî, et, quand il y fut arrivé, il parla au vénérable Ananda et lui dit : « Prépare-moi, je te prie, Ananda, un lit avec la tête dans la direction du Nord, entre les deux çâlas jumeaux. Je suis fatigué, Ananda, et je désire me coucher. »

2. — « Qu'il soit fait selon ton désir. Seigneur », répondit le vénérable Ananda, et il étendit une couche avec la tête au Nord, entre les çâlas jumeaux. Alors le Bienheureux se coucha; il était réfléchi et maître de lui même.

3. — Or, à ce moment les çâlas jumeaux se couvrirent de fleurs et de fruits bien que ce ne fût pas la saison; et des chants célestes vinrent descendant des cieux et se firent entendre en l'honneur du suc-

cesseur des Bouddhas des anciens temps. Ananda était émerveillé des honneurs ainsi rendus au Bienheureux; mais le Bienheureux dit : « Ce n'est point par de semblables événements que le Tathâgata est, comme il convient, honoré, adoré et vénéré. Mais, c'est le frère ou la sœur, l'homme pieux ou la femme pieuse qui perpétuellement accomplit les grands et les moindres devoirs en marchant suivant ses préceptes, qui honore comme il convient, adore et vénère le Tathâgata et lui rend l'hommage le plus précieux. C'est pourquoi, ô Ananda, soyez persévérants à accomplir les plus grands. et les moindres devoirs, et marchez selon mes préceptes; c'est ainsi, Ananda, que vous honorerez le Maître. »

4. — Alors le vénérable Ananda entra dans le vîhâra et se tint appuyé contre le linteau de la porte, pleurant à cette idée : « Hélas ! je ne suis encore qu'un écolier, un homme qui doit encore travailler à son propre perfectionnement, et le Maître est sur le point de me quitter, lui qui est si boni »

5. — En ce moment le Bienheureux appela les frères et dit : « Frères, oii est Ananda? »

6. — L'un des frères alla et appela Ananda. Ananda vint et dit au Bienheureux : « Une profonde obscurité régnait à cause du manque de sagesse; le monde des êtres pourvus de sens allait à tâtons à cause du manque des lumières; alors le Tathâgata alluma la lampe de la sagesse, et maintenant elle va de nouveau s'éteindre avant qu'il l'ait fait voir. »

7. — Et le Bienheureux dit au vénérable Ananda, au moment oti il s'asseyait près de lui :

8. — « C'est assez, Ananda, ne le chagrine pas ainsi; ne pleure pas! Ne t'ai-je point déjà dit, dans des circonstances précédentes, qu'il est de la nalure même de toutes les choses les plus proches et les plus chères pour nous que nous devons nous en séparer et les quitter?

9. — « Le fou conçoit l'idée du moi^ le sage voit qu'il n'y a pas de terrain sur lequel se puisse édifier ridée du moi ; il a ainsi une juste conception du monde etconclutbien que tousles composés réunisparladouleur devront se dissoudre; mais la vérité demeurera.

10. — « Pourquoi conserverais-je ce corps de chair, quand le corps de l'excellente loi doit vivre éternellement? Ma résolution est prise; ayant accompli mon dessein et rempli matâche, je cherche le repos! C'est la seule chose nécessaire.

11. — « Pendant longtemps, Ananda, tuas été très près de moi par des pensées et des actes d'un amour tel qu'il n'a jamais varié et est sans mesure. Tu as bien fait, Ananda! Sois zélé dans tes efforts et bientôt toi aussi tu seras affranchi de grands maux, de la sensualité, del'égoïsme, de l'erreur etde l'ignorance. »

12. — Alors Ananda, arrêtant ses larmes, dit au Bienheureux : « Qui sera notre maître quand tu seras parti? »

13. — Et le Bienheureux répliqua : « Je ne suis point le premier Bouddha qui soit venu sur la terre et je^

ne serai point le dernier. Je suis venu vous enseigner la vérité et j'ai fondé sur la terre le royaume de la vérité. Gautama Siddhârtha mourra, mais le Bouddha vivra, car le Bouddha est la vérité, et la vérité ne peut point mourir. Celui qui croit en la vérité et vit en elle, est mon disciple, et je l'instruirai. La vérité sera répandue, et le royaume de la vérité s'étendra pendant environ cinq mille ans. Alors pour un instant les nuages de l'erreur obscurciront la lumière et quand le temps sera venu, un autre Bouddha se lèvera et il vous révélera la même vérité éternelle que je vous ai enseignée. »

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