Alors le vénérable Anourouddha exhorta
les frères en disant : « C'est assez, mes frères ! Ne pleurez point, ni ne vous lamentez! Le Bienheureux ne nous a-t-il pas appris, autrefois^ qu'il est dans la nature même des choses, lors même qu'elles nous sont proches et chères, que nous devions nous en séparer et les quitter^ puisque tout ce qui est né^ tout ce qui reçoit l'existence et est organisé, renferme en soimême la nécessité inhéronte de la dissolution? Comment serait-il donc possible que le corps du Tathâgatha échappât à cette loi? Une telle condition ne saurait exister ! Ceux qui sont affranchis des passions supporteront cette perte, calmes et maîtres d'eux-mêmes, songeant à la vérité qu'il nous a enseignée. »
28. — Et le vénérable Anourouddha et le vénérable Ananda employèrent le reste de la nuit en discours religieux.
29. — Alors le vénérable Anourouddha dit au vénérable Ananda : (( Yas maintenant, frère Ananda, et avertis les Mallas de Kouçinagarâ^ en disant : a Le Bienheureux est trépassé ; faites donc ce qui vous semblera convenable î »
30. — Quand les Mallas eurent entendu ce discours, ils furent chagrinés, et tristes, et affligés dans leurs cœurs,
31. — Alors les Mallas de Kouçinagarâ donnèrent des ordres à leurs serviteurs, disant : « Réunissez tous les parfums et les guirlandes, et tous les instruments de musique de Kouçinagarâ I » Puis les Alallas
de Kouçinagarâ prirent les parfums, les guirlandes, tous les instruments de musique, cinq cents parures, et vinrent au bois de çâlas où le corps du Bienheureux reposait. Là ils consacrèrent la journée à rendre honneur et respect aux restes du Bienheureux par des danses, de la musique, des hymnes, des guirlandes et des parfums, en faisant des dais avec leurs riches vêtements et en suspendant des festons décoratifs. Alors ils brûlèrent les restes du Bienheureux ainsi qu'ils l'eussent fait pour un roi des rois.
32. — Quand le bûcher funéraire fut allumé, le soleil et la lune éteignirent leur éclat, de tous côtés les rivières paisibles devinrent des torrents gonflés, la terre trembla, tandis que des fleurs et des feuilles tombèrent sur le sol hors de saison, ainsi qu'une pluie, de sorte que tout Kouçinagarâr fut jonché à l'épaisseur d'un pied des fleurs de mandâra quipleuvaient du ciel.
33. — Quand la cérémonie de l'incinération fut terminée^ Dêvapoutra dit aux multitudes rassemblées autour du bûcher :
34. — « Voyez^ ô frères, les restes terrestres du Béni sont dissous, mais la vérité qu'il nous a enseignée vit dans nos cœurs et nous purilie de tout péché.
35. — « Allons donc par le nionde, aussi compatissants et miséricordieux que notre grand maître, et prêchons à tous les êtres vivants, les quatre vérités
excellentes et la voie de justice aux huit chemins, afin que l'humanité tout entière puisse parvenir à la libération finale, en prenant refuge dans le Bouddha, le Dharma et le Sangha. »
36. — Quand le Bienheureux fut entré dans le Nirvana et que les Mallas eurent brûlé son corps avec les cérémonies propres à indiquer qu'il était le grand roi des rois, des ambassadeurs vinrent de tous les empires qui avaient en ce temps embrassé sa doctrine, pour réclamer une part des reliques. Ces reliques furent divisées en huit parts et huit dâgôbas furent construits pour leur préservation. Undâgôba fut édifié par les Mallas, et sept autres par les sept rois des contrées dont le peuple avait pris refuge dans le Bouddha.
Conclusion