Tenons donc pour sacrées et vénérons les
traditions; que la mémoire de Gautama Çâkyamouni nous soil sacrée, afin que les traditions et sa mémoire nous servent à découvrir la vérité; car celui dont l'œil spirituel est ouvert la découvrira, et elle est la même pour quiconque possède l'intelligence d'un Bouddha pour la reconnaître et l'exposer. >>
24. — Alors les frères décidèrent de réunir un synode à Râdjagrihâ afin d'exposer les pures doctrines du Bienheureux, de colliger et de collationner les écritures sacrées et de fixer un canon qui servirait comme une source d'instruction aux générations à
venir.
XGIX. — Le but de Vêtre.
1. — Lorsque, dans le cycle de formation de l'univ<ers, apparurent les premières formes tangibles du soleil, de la terre et de la lune, la Vérité se mouvait dans la poussière cosmique et remplissait le monde entier d'une lumière brillante. Cependant il n'existait aucun œil pour voir la lumière, aucune oreille pour ouïr la vérité, aucun esprit pour percevoir son sens; et dans les espaces immesurables de l'existence il n'y avait aucune place où la vérité put résider dans toute sa gloire.
2. — Dans le cours voulu de l'évolution la faculté de sentir apparut et la perception par les sens naquit. C'était un nouveau domaine de vie spirituelle, plein d'aspirations, avec des passions puissantes et d'une énergie impossible à abattre. Et le monde se partagea en deux; il y eut des plaisirs et des peines, un moi et un non moij des amis et des ennemis, de la haine et de Tamour. La vérité vibrait dans ce monde de sensation, mais dans toutes ses virtualités infinies, la vérité ne pouvait trouver une place où résider dans toute sa gloire.
3. — Alors la raison surgit dans le combat pour la vie. La raison commença à guider l'instinct du moi ; la raison prit le sceptre de la création et asservit les forces brutales et la puissance des éléments. Cependant la raison parut ajouter un nouvel aliment à la flamme de la haine, en agravant le trouble des passions en conflit; et les frères tuèrent leurs frères afin de satisfaire la convoitise d'un instant passager. Et la vérité vint dans les domaines de la raison; mais dans toute leur étendue il ne se trouva point une place où la vérité put résider dans toute sa gloire.
4. — Puis la raison, devenue la compagne du moi, enveloppa de plus en plus tous les êtres vivants dans les mailles de la luxure, de la haine, et de Tenvie, et de la luxure, de la haine et de l'envie naquirent les maux du péché. Les boni mes plièrent écrasés sous les fardeaux de la vie, jusqu'à ce qu'apparut le sauveur,
le grand Bouddha, le Saint Instituteur des hommes et des dieux.
5. — Et le Bouddha apprit aux hommes le juste usage de la sensation et la bonne application de la raison; il apprit aux hommes à voir les choses telles qu'elles sont, sans iJlusion, et ils apprirent à agir selon la vérité. Il enseigna la justice et changea ainsi les créatures rationnelles en êtres humains, justes, au cœur bon, et croyants. Alors enfin la vérité trouva une place où elle put résider dans toute sa gloire, et cette place est Tâme de l'humanité.
6. — Bouddha, ô Béni, ô Saint, ô Parfait, tu as révélé la vérité, et la vérité est apparue et le royaume de vérité a été fondé.
7. — Il n'y a point de place pour la vérité dans l'espace, tout infini qu'il soit.
8. — Il n'y a point de place pour la vérité dans la sensation, ni dans ses plaisirs, ni dans ses peines; la sensation est le premier pas de la vérité, mais il n'est point de place dans elle pour la vérité, quoiqu'elle puisse rayonner de l'éclat brillant de la beauté et de la vie.
9. —Il n'y a point de place non plus dans le raisonnement. Le raisonnement est un sabre à deux tranchants et sert le projet d'amour aussi bien que le projet de haine. Le raisonnement est la plateforme sur laquelle se tient la vérité. Sans la raison, aucune vérité ne peut être atteinte. Néanmoins dans le rationalisme pur il n'est point de place pour la vérité, bien
que ce soit l'instrument qui dompte les choses du monde.
10. — La justice est le trône de la vérité, et l'amour, la justice et la bonne volonté sont ses ornements.
H. — La justice est la place où la vérité réside, et là, dans les âmes de l'humanité qui souhaitent ardemment la réalisation de la justice, il y a un espace suffisant pour une riche et toujoui^ plus riche révélation de la vérité.
12. — Ceci est l'Évangile du Béni. Ceci est la révélation de l'Éclairé. Ceci est le legs du Saint.
13. — Ceux qui reçoivent la vérité, et ont foi dans la vérité, prennent refuge dans le Bouddha, dans le Dharma et dans le Sangha.
14. — Reçois-nous, ô Bouddha, au nombre de tes disciples à partir de ce jour, tant que notre vie durera.
15. — Soulage, ô Saint Instituteur, compatissant et aimant tous les êtres, les affligés et ceux que la douleur accable, éclaire ceux qui vont à l'aventure, et fais-nous grandir de plus en plus en intelligence et en sainteté.
16. — La vérité est la fin et le but de toute existence, et les mondes sont nés afin que la vérité puisse venir y résider.
17. — Ceux qui n'aspirent point après la vérité manquent au but de la vie.