‹ L'évangile du Bouddha, raconté d'après les anciens documents; traduit de l'anglais avec autorisation de l'auteurChapitre 18 sur 204 · X. — Pénitence à Ouroiivilvâ · texte numérisé non relu

X. — Pénitence à Ouroiivilvâ

1. — LeBôdhisattva^^ en quête d'une meilleure doctrine arriva à l'ermitage de cinq bhikchous^'^ établis dans la jongle d'Ourouvilvâ ^^ ; et quand le Bienheureux vit la vie de ces cinq hommes, qui vertueusement tenaient en bride leurs sens, domptaient leurs passions et pratiquaient une austère discipline, il admira leur ferveur et se joignit à leur compagnie.

2. — Avec un saint zèle et un cœur ferme, Çâkyamouni ^^ se livra à la mortification et à la méditation

abstraite. Si les cinq bhikchous étaient austères, Çâkyamouni était plus sévère encore et ils l'honoraient comme leur maître.

3. — Pendant six ans le Bodliisattva continua ainsi à se torturer patiemment et à supprimer les besoins de la nature. Il entraîna son corps et exerça son esprit aux pratiques les plus rigoureuses de la vie ascétique. A la fin il mangeait chaque jour un seul grain de chenevis, cherchant à franchir l'océan de la naissance et de la mort, et à atteindre le rivage de la délivrance.

4. — Le Bodhisattva était atrophié et exténué et son corps était semblable à une branche flétrie ; mais la renommée dejsa sainteté s'était répandue dans les contrées environnantes et le peuple venait de grandes distances pour le voir et recevoir sa bénédiction.

5. — Cependant le Bienheureux n'était pas satisfait. Cherchant la véritable science il ne la trouvait point, et il en vint à conclure que la mortification n'éteint pas le désir et ne procure pas l'illumination dans la contemplation extatique.

6. — Assis sous un jambousier, il considéra l'état de son esprit et les fruits de ses mortifications. « Mon corps est devenu de plus en plus faible, pensait-il, et mes jeûnes ne m'ont pas fait faire un pas dans la recherche du salut. Ce n'est pas là le vrai chemin. Je ferais mieux de fortifier mon corps par la boisson et la nourriture et de mettre ainsi mon esprit en état de trouver le calme. »

7. — 11 alla se baigner dans la rivière; mais lorsqu'il voulut sortir de l'eau il ne put se lever à cause de sa faiblesse. Alors^ avisant les branches d'un arbre et s'en saisissant il se leva et quitta la rivière.

8. — Lorsque le Bienheureux revenait à sa demeure, il défaillit de faim et tomba sur le sol, et les cinq bhikchous pensèrent qu'il était morl^^.

9. — 11 y avait un chef de bergers qui habitait près du bois et dont la fille se nommait Nandâ ^^ ; or il advint que Nandâ passa à l'endroit oii le Bienheureux s'était évanoui, et se prosternant devant lui elle lui offrit du riz au lait et il accepta Toffrande.

10. — Quand il eut mangé, ses membres reprirent leur vigueur, son esprit redevint lucide et il fut fort pour recevoir Tillumination suprême.

11. — A partir de ce moment le Bodhisaltva reprit de la nourriture. Ses disciples, qui avaient assisté à la scène avec Nandâ, et constaté le changement de son genre de vie, conçurent des doutes. Ils furent convaincus que le zèle religieux de Siddhârtha fléchissait et que celui qu'ils avaient jusqu'alors vénéré comme leur maître oubliait son but magnanime.

12. — Quand le Bodhisattva vit les bhikchous se détourner de lui, il fut peiné de leur manque de confiance, et se rendit compte de l'abandon dans lequel il vivait.

13. — Faisant taire son chagrin, il s'en alla errer tout seul et ses disciples dirent : « Siddhârtha nous quitte pour chercher une demeure plus agréable. »

Page 1