Le Tathâgata^^ médita profondément sur les
L EVANGILE DU BOUDDUA
problèmes de la transmigration et du karma et découvrit la vérité qui gît en eux.
12. — « La doctrine du karma, dit-il, est indiscutable, car tout effet a sa cause. Ce que Thomme sème il le récolte, et ce que nous moissonnons nous devons l'avoir semé dans nos existences antérieures.
43. — « Je vois que la transmigration de l'âme est soumise à la loi de cause et d'effet, car les hommes font leurs propres destinées. Mais je ne vois pas de transmigration du moi.
14. — « Cette personnalité qui est mienne n'estelle pas un composé matériel aussi bien que spirituel? N'est-elle pas faite de qualités qui sont nées par une évolution graduelle. Les cinq racines de la perception sensationnelle de cet organisme viennent d'ancêtres qui les ont subies . Les idées que je pense me viennent pour une part des autres individus qui les ont pensées, et pour une part naissent de combinaisons de ces idées dans mon propre esprit. Ceux qui ont usé des mêmes organes des sens et pensé les mêmes idées avant que je ne sois formé en cette individualité qui m'est propre sont mes existences antérieures; ce sont mes ancêtres au même titre que mon moi d'hier est le père de mon moi d'aujourd'hui, et le karma de mes actes passés règle le destin de mon existence présente.
15. — « Supposons qu'il existe un âtman^t qui accomplit les actes des sens, alors la porte de la vue étant arrachée de ses gonds et l'œil extirpé, cet âtman
serait capable de regarder par ces ouvertures plus larges et de voir les formes de ce qui Tentoure mieux et plus nettement qu'auparavant. Il serait capable de mieux entendre les sons si les oreilles étaient arrachées ; de mieux sentir si le nez était amputé; de mieux goûter si la langue était supprimée ; et de mieux percevoir les sensations si le corps était détruit.
16. — « Je constate la persistance et la transmission de l'âme ; je perçois la vérité du karma; mais je ne vois pas l'âtman dont votre doctrine fait l'acteur de vos actes. Il y a renaissance sans transmigration de la personnalité. Car dans « Je dis » et « Je veux », cetâtman, celte personnalité, ce moi eslune illusion. Si cette personnalité était réelle, comment pourraiton échapper à l'état de personnalité? La terreur de l'enfer serait sans limites et on ne pourrait compter sur aucun repos. Les maux de la vie ne seraient pas dus à notre ignorance et à notre péché, mais constitueraient la nature même de notre existence. »
17. — Et le Bodhisattva s'en vint auprès des prêtres qui officient dans les temples. Mais Tesprit compatissant de Çâkyamouni fut offensé par la cruauté inutile qui se donne carrière sur les autels des dieux. Il dit :
18. — « Lignorance seule peut induire ces hommes à préparer des fêtes et de grandes assemblées pour les sacrifices. Il vaut bien mieux adorer la vérité que d'essayer de propitier les dieux par des effusions de sang.
19. — '( Quel amour peut posséder un homme qui croit qu'en détruisant la vie il rachètera des actes mauvais? Un nouveau crime peut-il en expier d'anciens? Le meurtrier d'une victime innocente peut-il effacer les péchés de l'humanité? C'est pratiquer la religion en négligeant la conduite morale.
20. — « Purifiez vos cœurs et cessez de tuer; voilà la vraie religion.
21. — « Les rituels sont sans efficacité ; les prières sont de vaines répétitions de formules ; les incantations n'ont aucune puissance salutaire. Mais s'affranchir de la concupiscence et de la volupté, se délivrer des mauvaises passions, renoncer à la haine et au mauvais vouloir, c'est le vrai sacrifice et le vrai culte. »