‹ L'évangile du Bouddha, raconté d'après les anciens documents; traduit de l'anglais avec autorisation de l'auteurChapitre 37 sur 204 · XXV. — Anâthapindika · texte numérisé non relu

XXV. — Anâthapindika

1. — En ce temps-là, Anâthapindika*^^ homme immensément riche, était venu visiter Bénarès. Gomme il avait un caractère charitable, on rappelait « le soutien des orphelins et l'ami des pauvres. »

2. — Ayant entendu dire que le Bouddha était venu dans le monde et qu'il s'était arrêté dans le bois de bambous voisin de la cité, il partit dans la même nuit pour aller voir le Bienheureux.

3. — Et de suite le Bienheureux vit les qualités parfaites du cœur d'Anâthapindika et l'accueillit avec des paroles de religieux encouragement. Ils s'assirent ensemble et Anâthapindika entendit la douceur de la vérité prêchée par le Bhagavat. Et le Bouddha dit :

4. — « La nature instable, sans cesse agitée, du monde est, je le déclare, la racine de la douleur. Parviens à ce calme de Tesprit qui se repose dans la paix de l'immortalité. Le moi n'est qu'un amas de composés et son monde est vide comme un rêve de l'imagination.

5. — « Qui est-ce qui façonne nos existences? Estce Içvara**^^ qui est un créateur personnel? Si Içvara était le créateur, toutes leschoses vivantes devraient se soumettre sans murmure au pouvoir de leur créateur.

78 l'évangtle du bouddha

Elles seraient comme des vases façonnés par la main du potier; et s'il en était ainsi, comment serait-il possible de pratiquer la vertu? Si le monde était l'œuvre d'Içvara^, il n'existerait rien de semblable à la souffrance, au malheur et au péché; car c'est de lui que proviendraient tous les actes purs et impurs. Si non, il y aurait une autre cause que lui, et il ne serait pas celui qui existe par lui-même. Ainsi, vous le voyez^ l'idée d'un Içvara créateur est détruite.

6. — « On dit encore que l'Absolu nous a créés. Mais ce qui est absolu ne peut pas être cause. Toutes les choses qui nous entourent proviennent d'une cause, de même que la plante provient de la semence ; mais comment l'Absolu peut-il être à la fois la cause, de toutes les choses? S'il est en elles, alors, certainement il ne les crée pas.

7. — (( On dit encore que le Moi est le créateur. Mais si c'est le Moi qui est créateur, pourquoi n'a-t-il pas fait toutes les choses agréables? Les causes de la peine et de la joie sont réelles et objectives. Gomment peuvent-elles être l'œuvre du Moi.

8. — « Et encore, si vous adoptez cet argument : il n'y a pas de créateur, notre destin est ce qu'il est, et il n'existe point de causalité, quel besoin est-il de régler votre vie et de faire des calculs en vue d'une fin?

9. — « C'est pourquoi nous disons que toutes les choses existantes ne sont pas sans causes. Cependant ce n'est ni Içvara, ni l'Absolu, ni le Moi, ni le hasard sans cause, qui est le créateur, mais nos propres actes

qui produisent des résultats bons et mauvais.

10. — « Le monde tout entier est soumis à la loi de la causalité, et les causes qui agissent ne sont pas étrangères à l'esprit ; car Tor dont ]a coupe est faite est toujours de For.

11. — « Renions donc les hérésies d'adorer et de prier Içvara; ne nous perdons pas en de vaines spéculations sur des subtilités sans profit; répudions le Moi et tout égoïsme, et puisque toutes les choses sont déterminées par la causalité, pratiquons le bien afin que le bien résulte de nos actions. »

12. — Et Anâthapindika dit : « Je vois que vous êtes le Bouddha, le Béni et le Saint, et je veux vous ouvrir tout mon cœur. Ayant entendu mes paroles conseillez-moi ce que je dois faire.

13. — <c Ma vie est toute de travail, et, ayant acquis une grande richesse, je suis assailli de soucis. Cependant je prends plaisir à mon travail et je m'y applique avec une complète activité. Beaucoup de gens sont à mon service et leur avenir dépend du succès de mes entreprises.

14. — «Mais j'ai entendu vos disciples exalter le bonheur de l'ermite et proclamer l'instabilité du monde. « Le Saint, disent-ils, a renoncé à son royaume et à son héritage, et il a découvert la voie de la justice, donnant ainsi au monde l'exemple de ce qu'il faut faire pour atteindre Nirvana.

15. — « Mon âme aspire à faire le bien et à devenir une bénédiction pour tous les êtres mes frères. Dites-

moi, je vous en conjure, dois-je abandonner mon opulence, ma maison, et mes entreprises commerciales, et, comme vous, errer sans foyer afin d^atteindre à la félicité d'une vie religieuse? »

16. — Le Bouddha répondit : « La félicité de la vie religieuse peut être atteinte, par tout homme qui marche dans la noble voie aux huit chemins. Celui qui s'attache à la richesse ferait mieux d'y renoncer plutôt que de permettre que son cœur en soit empoisonné; mais celui qui ne s'attache pas à l'opulence et qui, possédant la richesse, s'en sert avecjustice, sera une bénédiction pour les êtres ses frères.

17. — « En vérité je te le dis, demeure dans ta condition de vie, et applique toi activement à tes entreprises. Ce n'est pas la vie, la richesse et la puissance qui rendent l'homme esclave, mais rattachement à la vie^ à la richesse et au pouvoir.

18. — « Le bhikchou qui se retire du monde dans le but de mener une vie de loisir n'en aura aucun profit. Car une vie de paresse est une abomination et le manque d'énergie doit être méprisé.

19. — « La loi du Tathâgata n'exige pas de l'homme d'errer sans foyer ou de renoncer au monde, à moins qu'il ne s'en sente la vocation; mais la loi du Tathâgata exige de tout homme qu'il s'affranchisse de l'illusion du moi, qu'il purifie son cœur, qu'il renonce à sa soif de plaisir et qu'il mène une vie droite.

20. — « Et quoique fasse un homme, s'il demeure dans le monde comme artisan, marchand ou officier

du roi, ou s'il se retire du monde et se consacre à une vie de méditation religieuse, qu'il mette tout son cœur à sa tâche; qu'il soit diligent et énergique, et s'il est semblable au lotus qui, bien que croissant dans l'eau, reste cependant sans contact avec Teau, s'il lutte dans la vie sans s'abandonner à l'envie ou à la haine, s'il vit dans le monde non d'une existence d'égoïsme, mais d'une vie de vérité, alors sûrement le bonheur, la paix et la félicité éliront domicile dans son cœur. »

XX YI. — Le sermon sur la charité.

1. — Anâthapindika se réjouit des paroles du Bienheureux et dit : « Je demeure à Çrâvaslî*^% capitale de Koçala, contrée riche en productions et jouissant de la paix. Prasénadjit*^^ est roi de ce pays et son nom est illustre parmi notre peuple et chez nos voisins. Maintenant je désire fonder là un Yihâra*^<^ qui sera une place de dévotion religieuse pour votre confrérie et je vous prie d'avoir la bonté de l'accepter. »

2. — Le Bouddha lut dans le cœur du soutien des orphelinset,sachantqu'une charité exempte d'égoïsme était la cause déterminante de son offrande, le Bienheureux accepta le don en disant :

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