Un homme vint à lui et dit
5. — c< Mon cœur est timide et agité, car je vois le peuple mourir. Je ne me préocupe point des autres^ mais je tremble pour moi-même. Viens à mon secours, guéris-moi de ma peur. »
6. — Et le poète répondit : « Le secours est pour celui qui a compassion des autres; mais il n'y aura pas de secours pour toi tant que tu seras attaché à ta propre personnalité seule. Les temps de malheur éprouvent les âmes des hommes et leur enseignent la justice et la charité. Comment peux-tu être témoin de toutes ces scènes désolantes qui se passent autour de toi et rester encore gonflé d*égoïsme ? Gommen t peuxtu voir souffrir tes frères, tes sœurs et tes amis, et cependant ne pas oublier les ardeurs mesquines et la luxure de ton cœur ? »
7. — Ayant observé le désespoir de l'âme de l'homme de plaisir, le poète bouddhiste composa ce chant et l'enseigna aux frères du vihâra :
8. — « A moins que vous ne preniez refuge dans le Bouddha et trouviez le repos dans le Nirvana
« Tout est vanilé — désolation et vanité.
a Yoir le monde est oiseux, et jouir de la vie est vain.
(( Le monde, y compris l'homme, est semblable à un fantôme, et l'espoir du ciel est comme un mirage.
9. — « Le mondain cherche les plaisirs et s'engraisse comme un volatile en cage.
« Mais le saint bouddhiste élève son vol vers le soleil comme la grue sauvage.
« Le volatile dans le poulailler a sa nourriture; mais bientôt il bouillira dans le pot.
« On ne donne pas de provisions à la grue sauvage, mais les cieux et la terre lui appartiennent. »
10. — Et le poète Tchi dit : « Les temps sont durs et enseignent au peuple une leçon ; et pourtant il n'y prend point garde. » Alors il composa un autre poème sur la vanité de la mondanité :
11. — « 11 est bon de réformer, et il est bon d'exhorter le peuple à se réformer.
(( Toutes les choses du monde disparaîtront balayées . « Que d'autres s'agitent et soient ensevelis sous les soucis.
« Mon esprit sans préoccupations sera pur.
12. — « Ils soupirent après les plaisirs et ne trouvent point de satisfaction.
« Ils convoitent des richesses et ne peuvent jamais en posséder assez.
« Ils sont comme des marionnettes tenues par un fil.
« Quand le fil rompt, ils tombent par terre lourdement.
13. — « Dans le royaume de la mort il n'y a ni grand ni petit;
<( On n'y emploie ni or, ni argent ni joyaux précieux. « Il n'y a point de distinction entre le haut et le bas.
« Et journellement les morts sont enterrés sous le gazon odorant.
14. — « Voyez le soleil qui se couche derrière les monts occidentaux.
« Vous vous couchez afin de dormir; mais bientôt le coq annoncera le retour du matin.
« Corrigez-vous aujourd'hui et n'attendez pas qu'il soit trop tard.
« Ne dites pas il est de bonne heure ; car le temps finit rapidement.
15. — « Il est bon de se corriger et d'exhorter le peuple à se corriger.
(( Il est bon de mener une vie droite et de prendre refuge dans le nom du Bouddha.
« Vos talents peuvent être vantés jusqu'au ciel, votre opulence peut être indicible.
« Mais tout est vain si vous n'obtenez point la paix du Nirvana. *