‹ L'Évangile du cœur de JésusChapitre 10 sur 31 · LA FORCE COMMUNIQUÉE · texte numérisé non relu

LA FORCE COMMUNIQUÉE

Bossuet émet quelque part cette pensée : « Le sang de Jésus est un sang de sacrifice : même quand il circule en d'autres veines, il éprouve encore le besoin d'être répandu. »

Le sang que le cœur physique pousse au dehors, et l'amour que le cœur, entendu au sens moral, projette autour de lui, semblent se confondre et ne faire qu'un lorsqu'il s'agit du sacrifice de soi. En tout cas, dans la langue que Dieu parle, il est certain qu'on ne saurait les séparer. En effet, dans ce langage, l'amour blesse le cœur'; cette blessure distille la vie et la distille jusqu'à la mort, puisque a la plus grande marque d'amour que l'on puisse donner, dit l'Evangile, consiste

1 Cant.^ iv, 9.

à sacrifier sa vie pour ceux qu'on aime \ » Où réside la vie? « La vie, répond Moïse, est dans le sang » et s'échappe avec lui. On le voit le texte sacré établit une sorte de confusion entre ces mots : amour, cœur, vie, sang. Il les prend les uns pour les autres, et nous impose par là l'idée d'un lien profond, organique, bien que mystérieux, entre ces choses.

Mais si l'immolation sanglante, acceptée par l'amour, est le symptômedu dévouementsuprême, nous apprenons ailleurs que la plus haute manifestationde la force s'accomplit également par l'effusion du sang5. Tandis en effet que notre Rédempteur nous a fait savoir la mesure de sa charité pour nous, en répandant son sang, l'humanité par les martvrs lui fait connaître le deçré de son attachement à lui en versant le sien propre. D'autre part, on sait que l'amour du Christ a engendré l'amour des martyrs. Il l'a engendré à tous les titres possibles, mais surtout par le moyen de la communion, qui ressemble, dans

1 Joan., xv, 13. 3 Hcbr., xu, 4.

Levit., xvu, 11,14.

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Tordre mystique, à cette opération physique qu'on appelle la transfusion du sang. De plus, tandis qu'un sang nouveau était injecté dans le cœur humain, les préceptes évangéliques en ordonnant d'une façon très nette et très sévère les affections de rhomme, réglaient pour ainsi dire les battements de son cœur. Alors, si la matière de ce sacrement qui est l'amour réciproque de Jésus et de l'humanité est fournie par le cœur sous les espèces du sang, et si, de part et d'autre, le sang a pour fonction d'être répandu, c'est bien dans le Cœur de Jésus qu'il faut aller en chercher la source, et aussi le mouvement initial qui le poussera dehors à l'heure du martyre.

Quand Têtre humain est à ses débuts, il n'y a pour lui et le flanc qui le porte qu'un seul et même torrent circulatoire. La mère qui l'enfantera lui fournit à la fois et le sang dont il vit, et le rythme qui fait battre son cœur rudimentaire. Il se passe quelque chose d'analogue entre le Christ et ses enfants. Ceux-ci, durant la vie terrestre, sont comme en gestation dans le sein de la Foi. Ils attendent l'heure qui les mettra au jour

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de l'éternité par cette parturition qu'est la mort. La vie présente, tout embryonnaire, est pour eux la période d'élaboration dont la vie future saluera le complet aboutissement. Mais comment s'accomplit cette élaboration? Par l'effort des vertus obscures, par le labeur ignoré qui conduit la larve humaine à l'épanouissement « de l'homme accompli ' », suivant le mot de saint Paul. Or cette croissance mystique est l'œuvre du Christ5. Elle est à la fois de sa part une œuvre de vitalité, de vigueur et d'amour \ c'est-à-dire de tout ce que le cœur accomplit ou symbolise.

Quelle merveille de puissance expansive est donc renfermée dans ce générateur central de toutes les énergies chrétiennes ! C'est en lui qu'a pris naissance l'immense mouvement d'héroïsme qui ne cessera pas d'entraîner l'élite du christianisme jusqu'à la fin des siècles. C'est en lui également que se cache le principe secret de tant de victoires remportées par l'Evangile, et qui sont

1 Eph., iv, 15. ? Ephv iv, iô.

■ Id., ibid., 15.

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humainement inexplicables. Jésus pouvait bien dire à ses disciples de tous les temps : « Vous rencontrerez la résistance du monde, mais ayez confiance, j'ai vaincu le monde1! » Il pouvait faire, de cette prophétie, de l'histoire, et parler des triomphes à venir comme de faits accomplis, puisque à l'heure même où il parlait, son Cœur était vivant, battant, et projetant déjà sur le monde les irrésistibles effluves. Dès l'instant que, sous l'impulsion de ce Cœur, la circulation du sang divin était commencée, du sang électrisé par rénergie divine, il n'y avait pas à douter que ce sang ne s'arrêterait pas et qu'une force supérieure à toutes les forces naturelles bouillonnerait dans ses flots.

On peut maintenant suivre son cours : du Cœur du Christ il a passé dans les veines des apôtres, des martyrs, des confesseurs, des vierges. Partout il est reconnaissable à ses caractères les plus authentiques : l'amour, l'amour fort, l'amour plus

1 Joan., xvi, 33.

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fort que la mort. Chez ceux qui affrontent les supplices, il est plus fort que la mort brutale, la mort corporelle. Chez ceux qui vivent purs, il est plus fort que la mort peccamineuse, la mort spirituelle. Ici, invincible au fer des bourreaux. Là, invaincu devant la séduction des sens. Tel est, avec la résurrection de la chair du Christ, le grand miracle : la vitalité de son Cœur.

On ne peut s'empêcher, peut-être simplement à cause des termes employés, de se rappeler une prédiction faite par le Sauveur au cours de sa vie publique : « La race mauvaise et adultère demande un signe, il ne lui en sera pas donné d'autre que le signe du prophète Jonas. De même que Jonas demeura trois jours et trois nuits dans le ventre du cétacé, ainsi le Fils de l'homme restera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre1. » Son corps est demeuré trois jours dans le cœur de la terre, et il y a laissé le germe de la résurrection universelle. Mais son Cœur vit désormais et pour toujours dans le sein de l'huma-

1 Matt., xii, 39, 40.

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