LA DÉCISION
« Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt l », s'écrie à deux reprises David en ses psaumes qui sont aussi des prophéties.
Il semble que ces mots qui expriment la décision au moment du sacrifice, le courage devant Tépreuve à subir, ont dû se rencontrer souvent sur les lèvres du Sauveur.
Ils suggèrent admirablement Pidée de la vigoureuse impulsion que les énergies renfermées en son Cœur donnèrent à toute son existence.
S'agit-il d'entrer dans la vie, et d'affronter cette longue série d'humiliations, de travaux, de contradictions, d'avanies qui commence à la crèche Ps. lvi, 8; cvn, 2.
pour finir au Calvaire ? Voici la déclaration que S. Paul prête au Rédempteur dès son arrivée au monde ' : il dit à son Père : « Vous n'avez pas voulu l'hostie ni l'oblation de l'ancienne loi, et vous m'avez adapté un corps. Les holocaustes pour le péché n'ont pas su vous plaire. Alors j'ai dit : Me voici ' ! »
« Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt ! »
L'heure est-elle venue de consommer son sacrifice? Après en avoir prévu et savouré toute l'amertume dans son agonie, afin qu'il soit parfaitement établi qu'il sait bien ce qu'il fait en l'acceptant, il se lève, et dit à ses disciples défaillants : « Debout ! Allons ! Voici venir celui qui me livrera ! ' »
« Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt ».
Il a paru nécessaire à la sagesse divine que
1 Hebr., x, 5. 3 Matt., xxvi, 46.
2 Hebr., x, 6, 7.
LA DECISION ICO
cette énergique spontanéité devant la mort à subir, s'affirmât jusqu'au bout. C'est pourquoi, loin d'essayer de s'y dérober, il en provoque la sentence auprès de toutes les autorités constituées devant lesquelles il comparaît successivement. Les sanhédrites veulent le tuer parce qu'il se dit Fils de Dieu, il leur affirme solennellement qu'il est le Fils de Dieu1. Hérode le protégera s'il se prête aux fantaisies de sa curiosité, il refuse de prononcer une seule parole devant Hérode'. Pilate l'invite à se défendre: « Tu ne me dis rien? Ne sais-tupas que je puis également t'envoyer à la croix ou te rendre la liberté ?» Il réplique : « Ton pouvoir vient de plus haut que toi3! » Il avait dit en effet quelque temps auparavant : « Personne n'a le pouvoir de m'enlever la vie. Je la donne de moi-même. J'ai seul le pouvoir de la donner, j'ai aussi le pouvoir de la reprendre' ! » Il faut être plus qu'un homme de cœur pour prononcer d'aussi fières paroles de courage et de liberté.
Matt., xxvi, 64. ' Joan., xix, 10, 12.
Luc , xxiii, 9. 4 Joan., x, 18.
io6 l'évangile du CŒUR DE JÉSUS
Il faut être le Dieu même de la vaillance et de rimmolation.
« Mon cœur est prêt ! ô Dieu, mon cœur est prêt ! »
Il se pourrait que quelques âmes, à force de ne voir dans le Cœur de Jésus qu'un symbole d'amour, aient perdu de vue le caractère de fermeté, de noble intrépidité, que la phvsionomie du Rédempteur emprunte à l'énergie latente de ce même Cœur. Quel sacrilège ce serait que de réduire à un pieux marivaudage le culte à rendre au plus héroïquement chevaleresque de tous les cœurs, et d'honorer par des fadeurs et des mièvreries le plus mâle courage qui ait jamais suscité l'admiration du ciel et de la terre? Nous avons mieux qu'une imagerie en décadence pour donner la représentation vrai du Cœur de Jésus, comme nous avons mieux qu'une sentimentalité dévote pour la concevoir. L'Evangile qui nous révèle au sujet du Maître tout ce que nous avons besoin de savoir, ne manque pas de mots courageux et de