PS. LXX, 12. 2 PS. XXXIX
292 l'évangile du CŒUR DE JÉSUS
dis plus en ton cœur : Qui montera au Ciel? Je veux dire pour en faire descendre le Christ. Qui descendra dans l'abîme? Je veux dire pour rappeler le Christ d'entre les morts. Car voici ce que dit l'Ecriture : Le Verbe est près de toi, il est dans ta bouche et dans ton cœur1 ».
Appliquons cette pensée au Sau\^ur Jésus. Le Verbe est en lui. Il est dans son Cœur. 11 est dans sa bouche. Il atteint les hauteurs et les profondeurs les plus extrêmes. Jésus peut dire, mieux que David, et au nom de toute l'humanité : a Mon Père, votre serviteur a trouvé son Cœur pour vous adresser une prière î » Qui, en effet, pour prier Dieu, trouvera jamais un cœur semblable, c'est-à-dire autant de force, autant de pureté, autant de flamme ? Qui pourra dire avec une assurance plus grande, une certitude mieux fondée quant au triomphe : « La victime et Toblation, vous n'en avez pas voulu... Les holocaustes pour le péché n'ont pas su vous plaire. Alors j'ai dit : je viens' ! »
1 Rom.,x, 8. * Hebr., x, 7.
Je viens !... J'ai trouvé mon Cœur !...
Cette merveilleuse prière du Cœur de Jésus, s'éleva vers le Père Céleste comme une mélodie ininterrompue. Pour qui veut connaître ce Cœur, U est nécessaire de prêter Toreille et d'en saisir les accents. Il se révèle en ses prières mieux que nulle part, comme une harpe dont un hymne plus divin tire les vibrations les plus exquises. Si donc nous voulons voir et entendre le Cœur de Jésus, regardons et écoutons sa prière.
D'abord quand le Sauveur veut prier, il fuit le monde, le bruit, l'éclat, et aussi les régions agitées et basses où se remuent les passions humaines. La solitude est la confidente des sentiments profonds. Sa prière cherche la solitude : « Il se retirait dans le désert pour y prier » ' nous dit l'Evangile, qui marque en plusieurs autres endroits le même détail. * La montagne est un élan vers le ciel, elle voisine avec l'infini. Sa prière cherchait les sommets. L'Evangile le note
1 Luc, v, 16.
2 Luc. ix, 18 ; Matt., xxiv, 20 ; Marc, I, 35 ; Matt., xiv, 23.
encore. « Il quitta les siens et gravit seul la montagne pour y prier. » ' Et cette circonstance revient à plusieurs reprises. ' La nuit pare le ciel d'étoiles comme un autel qu'on illumine, et fait aux oraisons qui montent, plus recueillies, comme un cortège de silence. Sa prière se plaisait dans la nuit et s'enivrait de ses ténèbres. 3 L'Evangile en fait foi : « Il passait la nuit à s'épancher en Dieu. » 4
Une fois seul, quelle était l'attitude du Maître?- Nous l'entrevoyons grâce aux souvenirs des privilégiés qui furent admis à contempler ce mystère de beauté, ou qui purent en surprendre le secret. Ici, il se meta genoux 5 ; là, il se prosterne la face contre terre ; 6 ailleurs, il lève vers le Ciel ses yeux profonds et doux. : Partout, une transfiguration s'opère sur son visage, dans son aspect qui ravit les témoins, et émeut le ciel. Ouvrons l'Evangile : « Un jour qu'il priait, dès
1 Marc., vi, 46. s Luc, xxn, 41.
3 Luc, vi, 12, Luc. , ix, 28. ,; Matt.^ xxvi. "jq.
J Ps. cxxxviii, 11. ' Joan., xi. 41.
* Luc. vi. 1 2.
qu'il eût fini, un de ses disciples lui dit : Maître, apprends-nous à prier ! » ' Ne voyez-vous point la séduction ? « Jésus baptisé s'étant mis en prière, le ciel s'ouvrit, et une voix se fit entendre : «Tu es mon Fils Bien-Aimé! » Ne sentez-vous pas que le ciel ravi n'a pu se contenir ? « Tandis qu'il était en prières son visage changea d'aspect, et son vêtement parut éblouissant de lumière » * N'estil pas évident que cette transfiguration extérieure vient d'un état intérieur, et que cet état intérieur n'est rien autre qu'une oraison plus ardente ?
Après le cadre choisi, l'attitude adoptée, la manifestation extérieure, il nous serait infiniment précieux de connaître la prière elle-même, et de savoir quels arômes ce Cœur, comme un encensoir divin et toujours embrasé, exhalait devant son Père. On dirait que les saints Livres ont choisi exprès un exemplaire de chacune des prières variées; ou des inspirations diverses dont l'ensemble constituait la divine oraison du Christ.
1 Luc, xi, 1. 3 Luc, ix, 29.
296 l'évangile du CŒUR DE JÉSUS
On dirait que chacun de ces exemplaires rend une note particulière du cœur humain, de telle sorte que le Cœur de Jésus apparait nécessairement quand on réunit le tout. Quels sont les mouvements du cœur ? L'enthousiasme, la résignation, l'inquiétude, la confiance, la gratitude, l'espoir, et surtout l'amour dans toutes ses manifestations nobles, sous toutes ses formes honorables. Il n'est aucun de ces sentiments si variés dont la manifestation ne se trouve isolée, au moins une fois, par l'Evangile. L'enthousiasme : « Gloire à vous, Seigneur mon Père, parce que des choses qui échappent au regard des sages, vous les avez révélées aux simples ! » ' La gratitude : « Mon Père, je vous rends grâce parce que vous m'écoutez. » ~ La résignation : « Qu'il en soit ainsi, mon Père, puisque tel est votre bon plaisir.... 'non pas ma volonté mais la vôtre.... » * L'inquiétude : « Mon Père écartez ce calice.... »5 La confiance, et combien abandonnée, dans l'amour :
1 Matt.,xi, 25 ; Luc.,x, 21. 4 Luc, xxu, 42.
1 Jôan.,xi, 41. 5 Marc, xii, 50.
' Matt.j xi, 10.
« Mon Père je remets mon âme entre vos mains. » ' L'espoir qui s'affirme : « Père, sauvez-moi de cette heure.... Père illustrez votre nom.... Illustrez votre Fils. » ' Les secrets désirs, les pensées profondes : « Ceux que vous m'avez donnés, préservez-les pour votre gloire ! » s Et l'amour ! L'amour filial : « Père Juste, le monde ne vous connait pas ! » * L'amour des bons : « Père ceux que vous m'avez donnés je veux que là où je suis, ils soient avec moi. » 5 L'amour des pécheurs : « Père, pardônnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font. » 6 L'amour éternel du Verbe éternellement engendré par le Père : « Père, vous êtes en moi, je suis en vous ! » 7
Enfin et surtout il y a la prière incomparable qui résume tout, qui est à la fois le cri du Dieu fait homme, et des entrailles humaines dont il s'est revêtu, 8 c'est-à-dire le cri du Cœur dans lequel les deux natures confondent pour ainsi dire
1 Luc., xxm, 46. sJoan., xvn, 24.
1 Joan., xîi; 27,28 ; xvm, 1. 6 Luc, xxiii, 34.
3Joan.,xvu, 11, 7 Joan., xvn, 21.
1 Joan., xvn, 25. 8 Luc, 1, 78.
leur voix, je veux dire : le Pater. Car si le Pater est la plus divine et la plus humaine des prières, c'est parce qu'il reproduit comme un écho fidèle ce que demandait l'Homme-Dieu pour la gloire du Père qui l'engendre et pour la misère des frères qu'il avait adoptés. Il semble que le Pater nous ait conservé, en ses deux parties bien distinctes, le battement du Cœur de Jésus dans son mouvement de va-et-vient. Ce Cœur animé par la double nature d'une double impulsion ne cessa, en effet, d'aller à son Père pour revenir à l'humanité. Infatigablement partagé entre la prière et l'action, il apportait à l'indigence infinie les trésors de la miséricorde immense, et rendait acceptables à la gloire sans mesure les hommages de la misère sans fond.
Ce rôle n'est point. fini, puisque le Christ làhaut est « toujours vivant pour intervenir en notre faveur », ' et qu'il ne doit jamais s'élever entre Dieu et nous un autre Médiateur' que Lui.
' Luc, i. 78. ■ Hcbr., vu. «.