LA RELIGION DU CŒUR
Quand le cœur parle ou agit, c'est toujours aux cœurs qu'il s'adresse.
Aussi, en prenant un cœur humain, Dieu crée la religion parfaite, non seulement parce qu'il s'accommode mieux aux besoins de l'humanité, mais encore parce qu'il adopte l'unique et vrai moyen d'atteindre et de conquérir le cœur de de l'homme.
Dès l'origine, Dieu visait le cœur de l'homme. On dirait, à lire les Ecritures, que le cœur humain est l'organe religieux par excellence, celui dont la fonction est de recevoir Dieu comme la fonction de l'œil intellectuel ou corporel est de recevoir la lumière spirituelle ou matérielle. Il semble que Dieu n'a rien autre à demander à
rhomme que de l'aimer, c'est-à-dire de lui donner son cœur. Il commence ses rapports avec nous par ce décret : « Tu aimeras Dieu de tout ton cœur1. » Mais il ne s'en tient pas là. Il confie encore l'observation de tous les autres commandements à la fidélité du cœur : « Que ces préceptes ne tombent jamais de ton cœur \ . . » « Mes paroles tu les mettras dans ton cœur3... » « Au cœur de les garder et de les accomplir4... » Il y a mieux encore : c'est le cœur qui croira : « Sache bien aujourd'hui, et pense dans ton cœur que le Seigneur est le Dieu du ciel et de la terre, et qu'il n'en est point d'autre5. » Un jour le diacre Philippe accordera le baptême à l'eunuque de la reine de Candace « si vraiment il croit de tout son cœur 6. » La foi n'est-elle pas en effet une vertu vivante parce qu'elle est animée par l'amour ? « O insensés et lents de cœur à croire tout ce qu'ont dit les prophètes7, » dit le Sauveur aux disciples'd'Em-
1 Deut., vi, 5 ; Matt., ' Id., xxvi, 16.
xxn, 37. ■ Id., iv, 39.
3 Deut., iv, 9. 6 Act.. vin, yj,
3 Id., xi, 18. 6 Luc, xxiv, 25.
LA RELIGION DU CCEUR l3
maiïs. Dieu veut-il être connu et cherché autrement que par des cœurs qui s'orientent vers Lui1?
Maintenant, Dieu agit sur l'homme en « touchant son cœur2. » On est à Lui parce qu'on a « incliné son cœur vers Lui 3. » On ne correspond avec Lui, on n'est compris de Lui, que si l'on parle le langage du cœur*. Les saints le savent, et quand ils veulent être entendus, ils commencent leur prière par ces mots : « Seigneur, votre serviteur a trouvé son cœur pour vous adresser cette prière \ » Ainsi de tous les actes faits pour Dieu : ils ne valent quelque chose que par le cœur. Dieu ne veut pour ainsi dire connaître que lui 6. C'est au point qu'il suffit au cœur humain d'être avec Dieu pour que tout ce que l'homme accomplit soit digne de Dieu. On connaît le mot de saint Augustin : « Aime Dieu et fais ce qui te plaît 7. »
1 Deut., iv, 29 ; Prov., « Matt., xv, 8; Marc, vu, xxvii, 21. 6; Is., xxix, 15.
2 I Reg., x, 26. 5 II Reg., vu, 27.
3 Jos., xxiv, 23. G I Reg., xvi, 7.
A ma et fac quod vis.
Un prophète, de la part de FEsprit-Saint, avait tenu à David un propos identique quant au sens : « Tout ce qui est dans ton cœur, va, fais-le, car « le Seigneur est avec toi ' ! »
Un tel état de choses se comprend. Quand l'homme a donné son cœur il a tout donné, puisque le cœur est précisément la faculté qui donne. Ce principe nous révèle également l'importance du rôle du cœur et dans le Christ et dans le chrétien. En nous donnant son fils unique, Dieu nous a tout donné, à la condition que celui-ci nous livrât son Cœur. Cette prière : « Mon Fils, donnemoi ton cœur5 », que Dieu l'adresse à l'homme, ou qu>e l'humanité la fasse à son Premier-né Jésus-Christ, si elle est entendue de part et d'autre, toute religion est consommée. Il n'y a plus rien en Dieu qui ne soit à l'homme, plus rien dans rhomme qui ne soit à Dieu. L'adhésion de l'un à l'autre est absolue.
Il est étrange que les détracteurs de la dévotion 1 II Reg., vu, ;. ' Prov., xxm, 26.