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- que, ayant puisé du courage (dans ce specta-
cle), nous pussions encourager aussi les hom-
ὃ mes qui nous écoutcraient. 6 Et, tandis que nous priions, tout à coup apparaissent deux hommes, debout devant le Seigneur, dont nous
1 ne pûmes soutenir la vue; 7 car il sortait de leur visage un rayonnement comme celui du soleil. Et ils avaient un vêtement lumineux, comme jamais œil d'homme n'en a vu; car la bouche même ne peut raconter, ni le cœur (l’intelligence) concevoir la gloire dont ils étaient revêtus et la beauté de leur visage.
8 En les voyant, nous demeurâmes stupéfaits, car leurs corps étaient plus blancs qu'aucune
9 neige et plus rouge qu'aucune rose; 9 et le rouge en eux se mêlait au blanc : bref, je ne
10 puis décrire leur beauté. 10 Car leur chevelure ‘était frisée et fleurie οἱ seyait à leur visage et à leurs épaules, comme une couronne tressée d'épis de nard et de fleurs variées, ou comme un arc-en-ciel dans l'air : telle était leur grâce.
1 {4 Voyant donc leur beauté, nous les regardèmes avec stupeur, parce qu'ils étaient appa-
13 rus tout à coup. 12 Et m'approchant du Sei-
13 gneur, je dis : « Qui sont ceux-ci? » 13 Il me dit : « Ce sont vos frères les Justes, dont vous avez voulu voir la forme. »
14 Et moi, Je lui dis : « Et où sont tous les justes? ou quel est « l’'éon » dans lequel ils se .
15 trouvent, jouissant d’une gloire pareille? » 45 Et
le Seigneur me montra une région fort vaste, en dehors de ce monde, resplendissante de lumière, et l'air de ce lieu illuminé par les rayons du soleil, et la terre même fleurie de fleurs qui ne se fanent point, et remplie d'’essences aromatiques et de plantes aux belles fleurs, qui ne se flétrissent pas et portent des fruits bénis. 16 Or, tel était [le parfum 46] ces fleurs qu'il arrivait de là jusqu'à nous. 17 Quant aux habitants de ce lieu, ils étaient revêtus du vêtement des anges radieux et leur vêtement était en harmonie avec leur séjour. 18 Là des anges circulaient autour d'eux. 19 La gloire des habitants de ce lieu était égale (pour tous) et d'une même voix ils saluaient avec allégresse le Seigneur Dieu en ce lieu. 20 Le Seigneur nous dit : « C'est ici le lieu de vos devanciers, les hommes justes. »
Mais je vis aussi vis-à-vis de celui-là un autre lieu ténébreux : et c'était un lieu de châtiment. Et ceux qui y étaient punis et les anges qui les châtiaient avaient un vêtement sombre comme l'air de [cet] endroit.
Et il y avait là des suppliciés pendus par la langue. C'étaient ceux qui blasphèment la voie de la justice. Et il y avait au-dessous d'eux un feu brûlant qui les châtiait.
Et il y avait un grand marais rempli de fange
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brûlante, dans lequel étaient des hommes qui tordent la justice; et des anges tourmenteurs s'acharnuaient sur eux.
Il y en avait d'autres encore : des femmes suspendues par leurs tresses au-dessus de cette fange bouillante. C'étaient celles qui s'étaient parées pour l'adultère. Ceux qui avaient pris part à la souillure de leur adultère étaient suspendus par les pieds et avaient la tête dans la fange; et ils se disaient les uns aux autres : « Nous ne croyions pas que nous viendrions en ce lieu. »
Et je vis les meurtriers et leurs complices précipités dans un lieu resserré et rempli de reptiles dangereux, et [je les vis] blessés par ces bêtes, et vivant ainsi là, dans ce supplice. Des vers comme des nuées sombres s’acharnaient sur eux. Les âmes des assassinés, qui se tenaient là et surveillaient le châtiment de ces meurtriers, disaient : « Ο Dieu, ton jugement est Juste. »
Dans le voisinage de ce lieu-là, je vis un autre endroit resserré, dans lequel le pus fétide des suppliciés s'écoulait et formait là comme un marais. Et des femmes y étaient assises, ayant du pus jusqu’au cou. Et vis-à-vis d'elles il y avait beaucoup d'enfants, qui avaient été mis au monde avant terme; assis, ils pleu-
raient ; et des flammes de feu jaillissaient d'eux et frappaient les femmes aux yeux. C'étaient celles qui avaient conçu contre 150} gré et s'étaient fait avorter.
Et d’autres, hommes et femmes, brûülaient Jus- +7 qu’à mi-corps et, jetés en un lieu obscur, étaient fouettés par de mauvais esprits et dévorés aux entrailles par des vers qui ne connaissaicnt pas le sommeil. C'étaient ceux qui avaient persécuté les justes et les avaient trahis.
Et dans le voisinage de ceux-là, encore des »s femmes et des hommes qui se mordaient les lèvres οἱ qui étaient châtiés, et recevaient dans les yeux du feu brûlant. C'étaient ceux qui avaient blasphémé et calomnié la voie de la justice.
Et vis-à-vis de ceux-ci, d’autres encore, hom- 290 mes et femmes, qui se mordaient la langue et avaient du feu brûlant dans la bouche C'étaient les faux témoins.
Et dans un autre endroit il y avait des cail- 80 loux plus aigus que des épées ou qu'aucune pique, et tout embrasés. Et des femmes et des hommes, vêtus de haillons sordides, s'y roulaient dans les tourments. C'étaient les riches qui s'étaient fiés à leur richesse et n'avaient pas eu pitié des orphelins et des veuves, mais avaient négligé le commandement de Dieu.
90 APOCALYPSÉ DE PIERRE
a Dans un autre grand marais rempli de pus et de sang et de fange bouillante, des hommes et des femmes se tenaient jusqu’au genou.
C'étaient ceux qui prêtent et qui réclament les intérêts des intérêts. :
32 D'autres hommes et d'autres femmes, précipités du haut d’un escarpement élevé, arrivaient en bas, et de nouveau étaient contraints, chassés par ceux qui s’acharnaient sur eux, de remonter au sommet de l'escarpement, et de là ils étaient précipités en bas; et ils n'avaient pas de relâche de ce supplice. C’étaient ceux qui avaient souillé leurs corps en se comportant comme des femmes. Quant aux femmes qui étaient avec eux, c'étaient celles qui avaient eu commerce les unes avec les autres comme l’homme avec la femme.
8 Et auprès de cet escarpement il y avait un lieu rempli de beaucoup de feu : et là se tenaient des hommes qui, de leurs propres mains, s'étaient fait des statues en place de Dieu.
34 Εἰ auprès de ceux-là il y avait d'autres hommes et des femmes tenant des bâtons de feu et se frappant les uns les autres et ne faisant
85 jamais trêve à ce supplice. 35 Et d’autres encore, près de ceux-là : des femmes et des hommes brûlant et se roulant et grillant. C'étaient ceux qui avaient abandonné la voie de Dieu.
Ben .
Le fragment d'apocalypse qu'on vient de lire appartenait à une apocalypse de Pierre. M. Bou-
. riant, avec beaucoup de perspicacité, l’a re-
connu dès l'abord. Le disciple qui parle ici à la première personne et qui se donne pour le porte-parole de ses compagnons ne peut guère être que le prince des apôtres. Un passage de Clément d'Alexandrie transforme l'hypothèse de M. Bouriant en une quasi certitude : on lit dans les Eclogae propheticae, ὃ 41 : « C'est pourquoi Pierre aussi dit dans l'apocalypse : et un éclair de feu Jjaillissant de ces enfants et frappant les yeux des femmes », καὶ ἀστραπὴ πυρὸς πηδῶσα απὸ τῶν βρεφῶν ἐχείνων καὶ πλήσσουσα τοὺς ὀφθαλμοὺς τῶν γυναικῶν. Ce sont les idées et presque les termes mêmes du v. 26 de notre fragment : « et vis-à-vis d'elles (des femmes), il y avait beaucoup d'enfants, qui avaient été mis au monde avant terme; assis ils pleuraient; et des flammes de feu jaillissaient d'eux et frappaient les femmes aux yeux. »
Il est vrai que dans les écrits tant de Clément d'Alexandrie que de Macaire de Magnésie, on
η9 APOCALYPSE DE PIERRE
trouve aussi toute une série de passages qui sont présentés plus ou moins expressément comme ayant appartenu à l'apocalypse de Pierre οἱ qui manquent dans notre fragment :
sur le sort des enfants avortés ‘, sur le supplice des mères coupables ἡ, sur le jugement de la terre ὃ, sur l’anéantissement des cieux ‘, et peutêtre sur la destinée des enfants exposés par leurs parents ἢ.
1. Ὃ Πέτρος ἐν τῇ ἀποκαλύψει φησὶν τὰ βρέφη ἐξαμδλωθέντα τῆς ἀμείνονος ἐσόμενα πείρας (Hæœschel, Hilg. corrigent μοίρας : Diels propose σπείρας; Grabe, ἐχόμενα μοίρας). Cl. AL 60]. proph. 48.
2. Τὸ δὲ γάλα τῶν γυναιχῶν, ῥέον ἀπὸ τῶν μαστῶν al πηγνύμενον, φησὶν ὁ Πέτρος ἐν τῇ ἀποχαλύψει, γεννήσει θηρία λεπτὰ σαρχοφάγα χαὶ ἀνατρέχοντα εἰς αὐτὰς χατεσθίει. Clem. 66]. 49.
3. Ἧ γῆ παραστήσει πάντας τῷ θεῷ χρινομένους, ἐν ἡμέρᾳ χρίσεως μέλλουσα χαὶ αὐτὴ κρίνεσθαι σὺν χαὶ τῷ περιέχοντι οὐρανῷ. Écrivain païen cité par Macaire de Magn. IV, 6; et Macaire lui-même IV, 16.
4. Kai τακήσεται πᾶσα δύναμις οὐρανοῦ χαὶ ἐλιχθήσεται ὃ οὐρανὸς ὡς βιόλίον, καὶ πάντα τὰ ἄστρα πεσεῖται ὡς φύλλα ἐξ ἀμπέλου καὶ ὡς πίπτει φύλλα ἀπὸ συκῆς. Écrivain païen cité par Macaire de Magn. 1V, 1.
5. Citation sans nom d'auteur, introduite par les mots l’Écriture dit, et qui se trouve dans Clem. ecl. proph. 41 : À γραφή φησι τὰ βρέφη τὰ ἐχτεθέντα τημελούχῳ παραδίδοσθαι ἀγγέλῳ, ὑφ᾽ οὗ nat ύεσθαί τε χαὶ αὔξειν " καὶ ἔσονται, φησὶν, ὡς οἱ ἐχχτὸν ἐτῶν ἐνταῦθα πιστοί. C'est évidemment de la même « écriture » qu'a été tiré le passage suivant, qui se trouve dans Clément d'Alex. entre la citation reproduite dans la note 1et celle de la note 2 : ταῦτα ἀγγέλῳ τημελούχῳ παραδίδοσθαι, ἵνα, γνώσεως μεταλαθόντα, τῆς ἀμείνονος
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Ces sujets ou des sujets tout semblables sont traités dans le fragment qui nous a été conservé : et l'on s'étonne de ne pas y trouver les passages en question. Leur absence pourtant n'est pas inexplicable : peut-être Clément et Macaire ont-ils eu sous les yeux une forme de l'apocalypse de Pierre plus développée. que la nôtre. Peut-être aussi les phrases citées par eux appartiennent-elles aux parties perdues de l’ou-
τύχῃ μονῆς, παθόντα ἃ ἂν ἔπαθεν al ἐν σώματι γενόμενα * τὰ δ᾽ ἕτερα μόνης τῆς σωτηρίας τεύξεται ὡς ἠδιχημένα ἐλετνθέντα, χαὶ μένει ἄνευ χολάσεως, τοῦτο γέρας λαδόντα. Une allusion au même passage se retrouve dans Méthodius (Sympos., 11, 6, éd. Iahn p. 16) : ὅθεν δὴ χαὶ τημελούχοις ἀγγέλοις, κἄν ἐκ μοιχείας ὦσι, τὰ ἀποτιχτόμενα παραδίδοσθαι παρειλήφαμεν ἐν θεοπνεύστοις γράμμασιν. εἰ γὰρ παρὰ τὴν γνώμην ἐγίνοντο χαὶ τὸν θεσμὸν τῆς μαχαρίας ἐχείνης φύσεως τοῦ θεοῦ, πῶς ἀγγέλοις ταῦτα παρεδίδοτο τραφησόμενα μετὰ πολλῆς ἀναπαύσεως χαὶ ῥᾳστώνης; πῶς δὲ καὶ χατηγορήσαντα σφῶν αὐτῶν τοὺς γονεῖς εὐπαρρησιάστως els τὸ διχαστήριον ἐχίχλησχον τοῦ Χριστοῦ, « σὺ οὐχ ἐφθόνησας ἡμῖν, ὦ χύριε, τὸ χοινὸν » λέγοντα « τοῦτο φῶς ᾿ οὗτοι δὲ ἡμᾶς εἰς θάνατον ἐξέθεντο, καταφρονήσαντες τῆς σῆς ἐντολῆς. » Ce passage sur les enfants exposés appartenait-il à l'apocalypse de Pierre comme le passage sur les enfants morts-nés ? M. Zahn ne le croit pas, et cela parce que, après l'avoir cité avec la formule : « l'Écriture dit », Clément introduit un passage de l'apocalypse de Pierre par ces mots : « c'est pourquoi Pierre aussi dit dans l'apocalypse. » — D'autre part, il serait étrange, si ces deux passages n’appartenaient pas au même livre, qu'ils fussent rapprochés, non seulement deux fois dans Clément d'Alexandrie, mais aussi dans l'apocalypse de Paul (voy. p. 106).
vrage : l’auteur, par un détour quelconque, pouvait être amené à revenir sur des sujets précédemment traités : Jésus, par exemple, donnait peut-être à Pierre de plus amples explications sur les supplices qu'il avait eus sous les yeux.
TA
L'apocalypse de Pierre ἃ joui au début d'une autorité considérable : elle l’a conservée beaucoup plus longtemps que l'évangile apocryphe attribué au même apôtre.
D'après l'antique document qui porte le nom de canon de Muratori (milieu du n° siècle), l’apocalypse de Pierre était, malgré certaines protestations, « reçue » dans l’Église de Rome !.
Clément d'Alexandrie paraît lui avoir accordé une confiance sans réserve : il l'avait commentée dans ses « Hypotyposes » avec les écrits du Nouveau Testament (ΗΒ. E., VI, 14, 1). Il en fait, dans ses Eclogae ex scriptis propheticis, au moins trois citations ?
4. « Apocalapse etiam iohannis et petri tantum recipimus quam quidam ex nostris legi in eclesia nolunt (1. 71-73), M. Zahn, alléguant que l'apocalypse de Pierre ne paraît pas avoir été connue en Occident, propose de corriger : « Apocalypsin etiam Johannis et Petri [unam] tantum recipimus (epistulam ; fertur autem altera] quam quidam ex nostris etc... » (II, p. 110, cf, 105-110). Il nous paraît difficile de faire plus agréablement violence au texte (cf. Harnack, das N. T, um das Jahr 200, 1889, p. 84).
Eusèbe de Césarée, énumérant les écrits attribués à Picrre, déclare que l'apocalypse n’a pas sa place parmi les ouvrages catholiques *. Dans sa revue des écritures saintes, il la rejette dans la classe des « antilégomènes » (III, 25, 4), mais ne la range pas, comme l'évangile de Pierre, au nombre des écrits « produits par les hérétiques ».
Dans un catalogue de livres canoniques inséré dans le manuscrit des épiîtres de Paul connu sous le nom de Codex Claromontanus (D), la liste des livres du Nouveau Testament se termine ainsi (Zahn, Gesch., Il, 159) :
Barnabae epist. uer. DCCCL Johannis revelatio ICC Actus apostolorum TIDC
Pastoris uersi Π| Actus Pauli uer. TTIDLX Revelatio Petri CCLXX
M. Zahn estime que ce catalogue a été dressé en grec, quil est d’origine alexandrine et date du πιὸ ou du milieu du 1v° siècle (ibid., IX, p. 1715).
Macaire de Magnésie 3, dans un livre de