LA DÉCOUVERTE. — LE MANUSCRIT
Les fragments d'évangile et d’apocalypse, dont nous nous proposons d'entretenir le lecteur et qui, depuis quelques mois, exercent la sagacité des critiques, ont été découverts en Haute-Égypte, dans la nécropole chrétienne d'Akhmîm, l'ancienne Panopolis. C'était pendant l'hiver 1886-87, au cours des fouilles exécutées par M. Grébaut, alors directeur général des antiquités d'Égypte. Les fragments en question ne forment pas le seul ni même le principal contenu du manuscrit où ils se trouvent: il renferme encore deux pages des actes du martyre de saint Julien et un long morceau (environ la cinquième partie) du texte grec du livre d’Hénoch !, document d'une
1, Sur cette découverte, voyez A. Dillmann, Ueber den neu-
haute valeur historique; car, à part quelques passages cités par les Pères, on ne connaissait jusqu'ici que par une traduction éthiopienne cette vieille apocalypse, si vénérée des premiers chrétiens.
Pourquoi ces documents hétérogènes ont été ainsi réunis, c'est ce qu'il est assez difficile de dire : pourtant, on ne peut s'empêcher d’être frappé d'une certaine ressemblance entre les sujets traités dans les trois principaux morceaux : la Résurrection, la vie d'outre-tombe, les mystères du monde céleste. Qui sait si nous n'aurions pas là une sorte d'anthologie formée pour son usage personnel par quelque chrétien préoccupé des choses à venir ?
Quoi qu'il en soit, ces différents débris forment aujourd'hui un manuscrit unique sur parchemin, composé de trente-quatre feuillets ' et affectant la forme d’un livre, non d'un rou-
gefundenen griechischen Text des Henoch-Buches ; Sitzungsberichte der K. P. Akademie der Wiss. zu Berlin, LI, 1111, p. 1039 ss., 1079 ss. ; et A. Lods, Le livre d’Hénockh, fragments grecs découverts à Akhmim, publiés avec les variantes du texte éthiopien, traduits et annotés, Paris, Leroux, 1892.
4. Le dernier était collé sur la garde de la reliure du manuscrit. |
INTRODUCTION Le
leau; ces feuillets mesurent 15 centimètres sur 12; détachés pour la plupart les uns des autres, 115 sont réunis dans une couverture de cuir noirci par le témps. Ils sont écrits sur les deux faces et doivent êtrè faits d'une matière fért mince; -car l'encre transparaît, parfois avec üne grande netteté, d'une page à l'autre. Pourtant, malgré les décharges que l’on bbserve aussi çà et là d’une page sur la page opposée, malgré les débris d'écriture mal effacée que l’on apertoit de place en place, la lecture reste en général aisée. .
* Les feuillets ne portent aucune pagination; pour rendré plus claire la disposition générale du recueil nous supposerons, à l'exemple de:M.'Bouriant, chacun d'eux paginé au recto ét au verso.
εἰ La page 4 est occupée par une croix éopte grossièrement exécutée; elle est. enfermée dans un cadre rectangulaire et porte sur chacun dé $es bras une croix plus petite. Au dessous dès bras; à droite et à gauche; u un À οἱ ün ὦ. |
Les pages 2-10 renferment le fragment de l'évangile de Pierre. Le feuillet portant les ἠδ 11 οἱ 12, qui tient encore après le feuillet
9-10, est resté vide. Les bords extérieurs des pages 1-12 sont fort noircis. À part quelques mangeures de peu d'étendue et qui n'ont fait disparaître que quelques lettres (pages 2, 5, 6), ce premier cahier est d’ailleurs bien conservé.
Les pages 13-20 contiennent ce qui reste de l’apocalypse de Pierre. Le cahier se trouve cousu la tête en bas dans le manuscrit, de sorte qu'il faut prendre à la page 20, ou plutôt à la page 19 (car la page 20 a été laissée en blanc}, pour trouver le début du fragment : le morceau finit à la page 13. Ce cahier a été beaucoup plus endommagé que le précédent :
les feuillets 15-16 et 19-20 surtout présentent de grandes lacunes.
Dans les pages suivantes (21-66) on trouve deux fragments du livre d'Hénoch différant par l'écriture et les habitudes orthographiques, mais se faisant suite à une syllabe près : le premier, qui s'étend de la page 24 à la page 50, comprend Hén. 19, 3°-24, 95 et 1, 1-14, 225. 6 second, pages 51-66, embrasse Hén. 14, 22b-32, 605. Cette partie du manuscrit est généralement bien conservée : le coin supérieur des premiers feuillets a été fortement endommagé, mais les parties écrites n'ontété atteintes que légèrement
(aux pages 21, 22, 23); il manque également quelques lettres pages 33, 34, 63, 65.
Sur le dernier feuillet enfin (p. 67-58), on trouve un fragment des actes du martyre de saint Julien : le parchemin est noirci et rongé . des bords ; mais l'écriture est intacte; la grande lacune que l’on remarque au milieu de la page est antérieure à la transcription du morceau.
Donnons maintenant quelques détails sur l'exécution de chacun de ces fragments l’évangile et l'apocalypse de Pierre sont de la même écriture, un mélange très particulier d'onciale et de minuscule, probablement de la même main. Quoique claires et d’un aspect régulier, ces copies ne doivent pas être l’œu- .vre d'un calligraphe : il n’y a que peu ou point de marge ; les lignes sont de longueurs assez inégales et tendent parfois à descendre, si bien qu'aux pages 18 et 16, la dernière ligne n’a pu, faute de place, être prolongée au-delà du milieu de la page. Nous ne sommes pas en présence des débris d’un manuscrit complet de l'évangile et de l'apocalypse de Pierre, mais de simples extraits qui n’ont jamais eu plus d’étendue qu'aujourd'hui : chacun des deux cahiers,
en effet, (1-12 et 20-13) commence par une page blanche; et, ni dans l’un ni dans l’autre, la page finale n'est complètement remplie ἢ : la dernière ligne de l'apocalypse est restée inachevée ; à la page 10 (fin de l’évangile) il Υ a un blanc de trois lignes environ, où l'on a tracé un entrelacs grossier surmonté de trois croix coptes, et cette page 10 est encore suivie d’un feuillet complètement vide 3.
Suivant une remarque parfaitement justé de l’'éminent paléographe M. H. Omont, conservatéur-adjoint au département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale, l'écriture de l’évangile οἱ de l'apocalypse de Pierre présente une analogie frappante avec celle du papyrus mathématique d'Akhmîm, publié par M. Baillet dans les Mémoires de la Mission française au Caire (même tomé ét même fascicule que les fragments de Pierre donnés par M. Bouriant). Pres-
1. Dans l'évangile, la page 10 n'a que quatorze lignes, alors que les précédentes en ont dix-sept, dix-huit et dix-neuf; dans l'apocalypse, la page 13, ἃ seize lignes au lieu de dixhuit, dix-neuf et vingt.
‘2. 1] me semble distinguer à la fin de l'apocalypse la trace de quelques, mots effacés : ce qui tendrait. à prouver que le manuscrit qui ἃ servi de modèle était plus complet que 18 copie actuellé.
que toutes les formes de lettres de notre manuscrit se retrouvent dans la table paléographiqué insérée à la suite de la page 88 (PI: 4, colonnes 1 et 2); et la description donnée par M. Baillet (p. 4-8)‘ pourrait s'appliquer, sans grandes modifications, à nos fragments. Cela nous dispensera d'entrer dans les détails. Remarquons toutefois que, dans notre manuscrit, le 8 dépasse toujours la ligne ; que le o lunaire y est fort souvent formé d’un séul trait; quil n'est pas fait emploi, à ma connaissance du moins, du ὃ ni du Ô minuscules.
Les abréviations se bornent aux abréviations courantes : y final, ὃς, x, avos, ou (A P 17.25), lettres supérieures. À noter un t adscrit (nt, EP 35) et un ἡ pointé (ib. — ἡ). Je n’ai remarqué ni signe dé ponctuation (sauf peut-être un point en haut à la fin de l’évangile), ni accent, ni séparation de mots.
. Les deux scribes qui ont copié le fragment du livre d'Hénoch se servent de l’onciale penchée courante dans les manuscrits égyptiens.
L'aspect des pages est régulier : le P, l'Y, le ®, le Y, et, dans la seconde partie, le & et le T