Matth. XI
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le bonheuet Tim n:ciialité des hommes charitables. Mais le royaume est proprement ce bonheur immortel. Sa racine est intérieure ; il ^ est déposé comme un germe précieux dans Tâme de chaque croyant ; dans cet état, néanmoins, il est caché, rudimentaire, imparfait, et il attend sa perfection de l'avenir.
Pour établir en quoi consiste l'essence du royaume, de l'Évangile et du christianisme, M. Harnack est parti d'un principe qui n'est rien moins qu'évident par lui-même et que contredit l'attitude générale de Jésus à l'égard de la religion mosaïque et de la tradition israélite. « Certes, écrit-il, c'est une tâche difficile et de grave responsabilité que celle de l'historien distinguant ce qui est traditionnel de ce qui est personnel, le noyau de l'écorce, dans la prédication de Jésus sur le royaume de Dieu^. » Ainsi ce qui est traditionnel est Fécorce; ce qui
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LE ROYAUME DES CIEUX
est personnel est le noyau. Et parce que la notion eschatologique du royaume appartient à la tradition, israélite, M. Harnack trouve tout naturel de la considérer comme étant seulement Técorce de l'Évangile ; la foi au Dieu miséricordieux en serait le novau, en tant qu'élément original dans l'enseignement du Sauveur.
Une telle conception de l'essentiel et de l'accessoire en matière de croyance évangélique n'est pas acceptable pour le philosophe ni pour l'historien, qui ne peuvent se croire en droit de décider que l'élément traditionnel de l'Évangile '^ f- est suspect ou garanti par le seul fait qu'il est traditionnel, mais qui doivent seulement exami- 7^ ner l'importance que Jésus lui-même attache aux différents objets ou aux différents aspects de sa doctrine. Or le Christ n'a jamais dit ni laissé entendre que l'ancienne révélation fût moins autorisée que celle dont lui-même était l'organe. Au contraire, il n'avait pas d'autre prétention que d'accomplir la Loi et les Prophètes ; il a voulu sans doute élargir et perfectionner; mais en élargissant et perfectionnant, il entendait conserver ; il ne s'est pas présenté comme le
révélateur d'un principe nouveau ; s'il ne donne jamais sa définition du royaume de Dieu, c'est que le royaume dont il est le messager et l'agent s'identifie dans sa pensée, comme dans celle de ses auditeurs, à celui que les prophètes avaient annoncé ; il tient à l'espérance du royaume comme il tient au précepte de Tamour et à la foi de Dieu. Ces trois éléments de son Évangile sont connexes, inséparables, essentiels, quoique, ou mieux parce que traditionnels; ils sont l'essence de l'Évangile, parce qu'ils étaient l'essence de la révélation biblique. Que ^ sa façon d'entendre et de sentir Dieu, l'amour et le royaume, soit plus pure, plus intime, plus vivante, que celle de l'Ancien Testament, elle parfait ce qui la précède et ne le détruit pas. Chercher dans l'Évangile un élément tout à fait nouveau par rapport à la religion de Moïse et des prophètes est y chercher ce que Jésus n'y a pas voulu mettre, et ce qui, de son propre aveu,
n'y est pas.
La contradiction que Ton découvre entre l'idée d'un rovaume à venir et celle d'un royaume déjà présent n'existe que si l'on attribue à la seconde idée un caractère absolu qu'elle n'a pas
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dans r Évangile. On serait fort embarrassé de prouver, par des textes authentiques et clairs^ que le royaume, don surnaturel, est un bien purement religieux, l'union avec le Dieu vivant, et Texpérience capitale d'un homme, dans la rémission de ses péchés ^ . Ici encore la grande importance que la théologie protestante attache à la notion du péché et à la justification peut rendre compte de ce qui, au point de vue de la cririque historique, ne serait qu^un parti pris d'apprécier seulement dans l'Evangile ce dont >< on a fait soi-même le principal de la religion. Nulle part le Christ ne confond le royaume avec la rémission des péchés, qui est seulement la condition d'admissibilité au royaume. Nulle part il n'identifie le royaume avec Dieu même et sa force agissant dans le cœur des individus ^. C'est par une exégèse très particulière que Ton trouve cette définition du rovaume dans les paraboles ^, La parabole du Semeur ne signifie pas que le royaume soit la parole de Dieu : la parole évangélique, non le royaume, est com-
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parée au grain que le semeur jette dans son champ, et dont une partie seulement porte fruit. Une partie de la semence est perdue, et c'est ce qui ne peut être dit du royaume. La partie de la semence qui profite correspond à la prédication utile, à celle qui suscite des candidats au royaume, mais elle n'est pas le rovaume lui-même; elle fructifie pour le royaume, qui est le but en vue duquel la semence de la parole a été jetée. De même, les paraboles de la Perle et du Trésor caché ne tendent pas à prouver que le royaume soit Dieu même, dans le secret du cœur, mais simplement que la félicité du royaume éternel mérite d'être acquise par le sacrifice de tous les biens et avantages terrestres, comme la belle perle et le trésor enfoui dans le champ méritaient d'être achetés au prix de tout ce que possédaient ceux qui ont découvert cette perle et ce trésor. L'application de ces paraboles n'est pas douteuse, et elle est en rapport avec la conception eschatologique du royaume. La semence qui croît sans que le laboureur s'en inquiète 1 peut éveiller l'idée d'un progrès