Marc, iv
LE ROYAUME DES CIEUX
moral accompli dans les âmes : en réalité, la comparaison porte sur le royaume prêché et sur le royaume manifesté, le premier répondant aux semailles, et le second à la moisson ; entre les deux se place le temps où la semence pousse et où l'Evangile grandit. Les paraboles du g-rain de Sénevé et du Levain, qui font valoir le contraste d'un début chétif et d'un grand résultat final, s'appliquent aussi à l'antithèse du royaume semé par la prédication évangélique, et du royaume développé dans sa manifestation définitive. Partout l'Evangile est subordonné au royaume proprement dit.
Il est besoin d'une certaine préparation pour trouver que celui qui récite l'Oraison dominicale prie uniquement afin de conserver la force qu'il possède déjà et d'alTermir l'union dans laquelle il vit avec Dieu K La première partie de la prière concerne l'avènement du royaume, et le chrétien qui dit : « Que ton règne arrive », ne suppose pas que le royaume des cieux soit réalisé en lui-même. La seconde partie est subordonnée à la première, comme l'Evangile est subordonné au royaume ; car c'est en vue du
royaume à venir et prochain que l'on demande à ne pas manquer du pain quotidien, à être pardonné, à être préservé de la tentation. La paternité de Dieu, l'adhésion intérieure à sa volonté, la certitude d'être en possession de biens éternels et d'être protégé contre le mal n'excluent pas la conception eschatologique du royaume et n'ont même leur pleine signification que par rapport à cette idée. Il est évident que les termes de la prière seraient tout autres s'il ne s'agissait que de garantir l'union, déjà existante, de l'individu avec son Père céleste.
La parole : « Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme ^ », ne signifie pas précisément « la valeur infinie de l'âme humaine^ », abstraction faite de la destinée de l'homme dans le royaume futur. Jésus dit qu'il faut perdre sa vie dans le temps pour la gagner dans l'éternité, et que celui qui la cherche ou la gagne maintenant la perd pour l'avenir ; or il ne sert à rien de tout gagner, si l'on perd la