Matth. XXIV
signifierait : « Le royaume de Dieu est tout près de se manifester parmi vous ». Le travail rédactionnel s'accuse en ce que l'on dit du royaume : « Il est ici, ou là », ce qui ne convient qu'au Messie et s'applique en effet à lui deux versets plus loin. Si la parole a été réellement prononcée par Jésus et adressée aux pharisiens, comme le dit Févangéliste, elle soit peut pas signifier que le royaume de Dieu soit en eux, c'est-à-dire dans leurs âmes ; car ces pharisiens ne croient pas à l'Evangile et n'ont point de part au royaume. Il y aurait bien de la subtilité à sous-entendre une restriction, comme si Jésus voulait dire : « Le rovaume de Dieu est tel, qu'il doit se réaliser en vous, pourvu que vous le vouliez et que vous en soyez dignes. » Le sens le plus naturel serait : « Le royaume de Dieu est au milieu de vous », et c'est probablement ainsi que le comprend le rédacteur. Pour . être autorisé à soutenir que Jésus l'a entendu dans un sens différent, il faudrait avoir d'autres textes, de sens et d'authenticité indiscutables, où s'exprimerait le caractère intérieur et actuel du royaume. Mais on a vu que ces textes font entièrement défaut, et l'on irait contre les
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principes les plus élémentaires de la critique en -♦- sacrifiant le reste de TEvangile à Tinterprétation douteuse d'un seul passage. Dans les conditions les plus favorables, et Tauthenticité de la parole étant admise, on devrait dire que Jésus parle de la présence du royaume dans son commencement, et de sa préparation par T Evangile.
L'historien doit résister à la tentation de moderniser l'idée du royaume. Si le théologien croit devoir l'interpréter, pour l'adapter aux conditions du temps présent, nul ne lui en contestera le droit, pourvu qu'il ne confonde pas son commentaire avec le sens primitif des textes évangéliques. Et ce qui est vrai pour la notion du royaume est vrai pour l'appréciation des rapports de l'Évangile avec les différents aspects de la vie humaine. Rien de plus facile à déterminer historiquement que l'attitude de Jésus à l'égard du monde, des biens terrestres, du droit humain, de la civilisation. La perspective du royaume prochain devait lui inspirer vis-à-vis
LE ROYAUME DES CIE13X
de toutes ces choses une espèce de dédain, et les textes ne laissent pas le moindre doute sur ses sentiments. Mais, comme on a trouvé moyen de ramener sur lui-même et dans le présent le regard que le Sauveur portait vers l'avenir, on croit également réussir, sinon à l'intéresser positivement à la vie présente, à la question sociale, k l'ordre politique et au progrès humain, du moins à atténuer son indifférence.
On nous dit • que l'Évangile n'est pas une prédication de renoncement au monde, mais qu'il combat seulement les richesses, l'inquietude pour les choses terrestres, et l'égoïsme : la preuve que Jésus n'était pas un ascète, c est qu'il mangeait et buvait comme tout le monde ; qu'il permet qu'on lui lave les pieds et qu on verse du parfum sur sa tête ; qu'il laisse les gens qui croient en lui continuer leur métier et leur genre de vie ; qu'il n'a pas orgamsé le petit groupe de ses disciples en ordre monastique, avec un règlement et des exercices déterminés; que, plus tard, les apôtres ont proclamé que le travailleur a droit à son
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l'évaisgile et l'église
salaire, et qu'ils ne se sont pas séparés de leurs femmes ; enfin que l'Évangile est opposé au monde uniquement en ce que son esprit consiste dans l'humilité et la confiance en Dieu, la rémission des péchés et l'amour du prochain.
Il n'est pas contestable, en fait, que Jésus a prêché l'abnégation, sans établir une discipline de renoncement. Mais la distinction absolue que l'on voudrait établir entre l'esprit de détachement et le renoncement effectif, si légitime qu'elle soit en elle-même et pour l'application présente des maximes évangéliques, ne paraît pas fondée en ce qui regarde le sens historique des paroles du Sauveur. La perspective du grand avènement explique pourquoi Jésus ne promulgue aucune prescription proprement disciplinaire ; pourquoi il ne soumet ni luimême ni les siens à un régime particulier qui aurait eu l'inconvénient de gêner la prédication du royaume; pourquoi il considère l'Évangile comme un message de joie, incompatible avec les privations corporelles et les jeûnes que s'imposent les pharisiens et les disciples de Jean'. Mais la même perspective aide à com-