‹ L'Évangile et l'église [microform]Chapitre 19 sur 55 · Marc, ii · texte numérisé non relu

Marc, ii

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ROYAUME DES CIEL'X

prendre aussi pourquoi il exige de tous ceux qui aspirent au royaume, non la disposition à sacrifier éventuellement leurs biens et leurs affections de famille à l'intérêt supérieur du salut, mais à tout quitter immédiatement pour le suivre. Il faut perdre sa vie pour la gagner; il faut haïr père, mère, femme, enfants, frères et sœurs, pour s'attacher à l'œuvre du royaume ; il faut vendre ses biens et les donner aux pauvres ; il ne s'agit pas seulement d'être exempt d'avarice et de soucis temporels, mais d'abandonner les richesses et les occupations de ce monde. La comparaison des disciples avec les oiseaux du ciel et les fleurs des champs montre que ce n'est pas seulement le souci inquiet pour les besoins corporels, mais le tra- ^ vail même qui est défendu ou déconseillé. Et si l'on doit demander à Dieu le pain quotidien, ce n'est point parce que cette prière ne témoigne que de la confiance en Dieu, sans inquiétude pour soi-même ; c'est que celui qui prie s'en rapporte entièrement à Dieu pour sa propre subsistance. A l'absolu de l'espérance concernant le prochain avènement du royaume des cieux correspondent l'absolu du renoncement exigé pour

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y être admis, et l'absolu de la confiance dans celui qui nourrit les oiseaux du ciel, et qui doit subvenir à la nécessité des hommes, ses enfants. Qu'un tel programme n'ait pu être imposé en ^ toute rigueur à tous, même pendant le ministère de Jésus, et qu'on y ait dérogé plus encore après lui, nul ne peut s'en étonner ; mais ce n'est pas raison pour introduire dans la pensée du Maître les tempéraments que la force des choses et les conditions réelles de l'existence ont obligé de mettre à son application. Il était également nécessaire au succès de l'Évangile qu'il eût, à son début, ce caractère entier, simple, sans nuance, et qu on y fît ensuite toutes les modifications réclamées par le changement des circonstances, pour accommoder à la condition d'un monde qui durait ce qui avait été dit à un monde censé près de finir.

M. Harnack ^ n'entend pas être de ceux qui voient avant tout dans l'Évangile une prédication sociale pour le relèvement des classes opprimées, soit qu'ils l'admirent pour ce motif, soit qu'ils le jugent, au contraire, tout à fait chimé-

* rique et impraticable. Il n'est pas davantage avec ceux qui représentent le Christ comme un « conservateur », respectueux de la hiérarchie et des fortunes acquises. Il pense que Jésus, tout en regardant la possession des richesses comme un danger pour l'âme, n'a pas souhaité la pauvreté générale comme fondement du royaume céleste, et qu'il s'est efforcé de combattre la misère et de la faire disparaître. Le Christ n'avait pas à donner, et il n'a pas donné de programme économique pour vaincre la pauvreté ; il a fait plus, en indiquant une nouvelle voie sociale dans le précepte de la charité. L'Evangile est socialiste en tant qu'il veut « établir entre les hommes une communauté aussi compréhensive que la vie humaine et aussi profonde que la misère humaine ». Jésus apprécie les nécessités communes de la vie, habitation, nourriture, propreté; il veut que ces biens essentiels soient procurés à tous ceux qui ne peuvent se les donner; il semble même avoir entrevu la possibilité d'une société où la richesse n'existerait pas comme propriété privée, dans le sens strict du mot ; mais on doit tenir compte ici de son « eschatologie ».

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Ne conviendrait-il pas d'en tenir compte pour tout le reste? Si Jésus n'a pas voulu la pauvreté générale comme condition du royaume de Dieu, n'est-ce point parce qu'il convoit le royaume indépendamment de l'état social humain? On ne peut pas dire qu'il se soit proposé de supprimer la misère, si Ton entend par là qu'il aurait eu la préoccupation constante d'y remédier par la voie régulière d'une sage distribution de secours, recommandée aux détenteurs de la richesse. La disparition de la pauvreté n'est prévue, et l'on peut même dire désirée, que par l'avènement du royaume. Le dépouillement complet qui est exigé du riche importe ri plus à l'intérêt spirituel de celui-ci qu'au soulagement temporel des pauvres, à qui le royaume est promis. L'idée d'une organisation sociale où les riches veilleraient à ce que nul ne soit sans abri, sans nourriture ou sans vêtement, n'est pas proprement le but de l'Évangile, et il faut une certaine bonne volonté pour trouver que Jésus, en disant que « le Fils de l'homme n'a pas où poser sa tête * » , souhaite à chacun le domi-

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