‹ L'Évangile et l'église [microform]Chapitre 27 sur 55 · Marc, xiv · texte numérisé non relu

Marc, xiv

de sa mort, et l'on voit en quel sens il l'avoue. 11 n'avait pas lieu d'en faire profession auparavant, non seulement parce qu'on ne l'aurait pas cru, ou qu'il se serait exposé immédiatement à la vindicte des pouvoirs publics, mais parce qu'il ne le pouvait pas, sa prédication n'étant pas la fonction du Messie, et son avènement comme Christ ne devant se produire que plus tard, au moment fixé par la Providence. On comprend de même que l'Église apostolique ait enseigné que Jésus était devenu Christ et Seigneur par la résurrection, c'est-à-dire par son entrée dans la gloire céleste, et qu'elle ait en même temps attendu sa venue, c'est-à-dire son avènement comme Christ, et non son retour, son ministère terrestre n'étant pas encore envisagé comme un avènement messianique.

Quant à l'origine de la conscience messianique dans l'âme de Jésus, on ne peut la déduire sûrement des textes. La tradition la plus ancienne paraît l'avoir expliquée ou figurée au moyen d'une révélation qui se serait produite à l'occasion du baptême dans le Jourdain. 11 peut y avoir là un effet de perspective, bien que cette circonstance du baptême ait mar-

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LE FILS DE DIEU

que sans doute un moment décisif dans la carrière du Sauveur. En tout cas, la distinction que Ton voudrait introduire entre la conscience filiale et la conscience messianique est absolument gratuite. La tradition primitive ne Ta pas soupçonnée; et la critique moderne^ si un intérêt théologique n^avait été en jeu, ne l'aurait peut-être pas soupçonnée davantage. Autre chose, en effet, est le sentiment fdial qui inspire la vie intérieure de Jésus, et autre chose la conscience réfléchie de son rôle providentiel. Ce n'est pas le sentiment qui fait de Jésus le Fils de Dieu en un sens qui n'appartient qu'à lui : tous les hommes qui disent à Dieu : (( Notre Père », sont fils de Dieu au même titre, et Jésus ne serait que l'un d'entre eux, s'il ne s'agissait que de connaître la bonté divine et de s'y confier. Le critique peut conjecturer que le sentiment filial a précédé et préparé la conscience messianique, l'âme de Jésus s'étant élevée par la prière, la confiance et l'amour, au plus haut degré d'union avec Dieu, en sorte que l'idée de la vocation messianique a couronné comme naturellement ce travail intérieur ; mais en tant que le titre de Fils de Dieu appartient

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exclusivement au Sauveur, il équivaut à celui de Messie, et il se fonde sur la qualité de Messie; il appartient à Jésus, non à raison de ses dispositions intimes et de ses expériences religieuses, mais à raison de sa fonction providentielle, et comme à l'unique agent du rovaume céleste. Il faut reconnaître, d'ailleurs, que les textes ne permettent pas d'analyser psychologiquement la notion du Fils de Dieu. Jésus se dit Fils unique de Dieu dans la mesure où il s'avoue Messie. L'historien en conclura, hypothétiquement, qu'il se croyait Fils de Dieu depuis qu'il se croyait Messie. L'idée de la filiation divine était liée à celle du royaume; elle n'a de signification propre, en ce qui regarde Jésus, que par rapport au royaume à instituer. Même pour ceux qui croient à rÉvangile, la qualité d'enfants de Dieu n'est pas sans rapport avec l'espérance du royaume que le Père leur a destiné. A plus forte raison quand il s'agit de l'unique ordonnateur du royaume. Celui-là est le Fils par excellence, non parce qu'il a appris à connaître et qu'il a révélé la bonté du Père, mais parce qu'il est Tunique vicaire de Dieu^ pour le royaume des cieux.

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LE FILS DE DIEU

Dire que le Père seul, et non le Fils, appartient à l'Évangile de Jésus ' est donc définir inexactement l'enseignement du Sauveur et le rapport de l'idée de filiation avec celle du royaume. Si l'Évangile n'est que la révélation de la bonté divine, on conçoit que la qualité du révélateur ne soit pas formellement comprise dans l'Évangile. Mais comme « la bonne nouvelle .., ainsi que le nom même l'indique, et que l'enseignement de Jésus le prouve, est proprement l'annonce du grand avènement, l'annonce du royaume céleste, le Fils de Dieu est objet d'Évangile en tant que le Christ importe au royaume ; et l'on ne peut pas soutenir que la notion évangélique du royaume se constitue tout entière sans le Christ. La personne de Jean-Baptiste restait en dehors du royaume qu'il prêchait, parce que Jean-Baptiste n'en était que le prophète. Tout autre est la situation de Jésus. S'il parle peu de lui-même dans

sa prédication, c'est que son enseignement n a pour objet direct que la préparation morale de ceux qui voudront accepter la promesse divine, et qu'il ne fait jamais la description du bonheur à venir. Il ne s'en réserve pas moins un rôle essentiel et une place unique dans l'avènement et rinstitution du royaume. Qu'estce que r avènement du règne de Dieu ? Le Fils de l'homme apparaissant sur les nuées du ciel. Quelle place revient à Jésus dans le règne de Dieu? La première, et les disciples se disputent même l'honneur d'occuper les sièges qui seront à sa droite et à sa gauche ^ Il n'est pas question d'une doctrine à professer touchant sa personne et son rôle. Jésus qui n'a énoncé K aucune formule dogmatique sur le royaume, n'en a pas énoncé non plus sur lui-même. Il n'en prêche pas moins le royaume, et le Messie avec le royaume. Ceux qui croyaient à son message croyaient aussi à sa mission, et sa grandeur devait leur être manifestée avec le royaume promis. Il était bien superflu d'en étaler par avance la définition théorique. On ne se doute-

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