‹ L'Évangile et l'église [microform]Chapitre 28 sur 55 · Cf. Marc, x · texte numérisé non relu

Cf. Marc, x

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rait jamais, en lisant l'Évangile, que Jésus demande que Ton croie seulement à la bonté de Dieu, sans s'inquiéter autrement de l'avenir ni de lui-même. Au lieu d'avancer un paradoxe en afTîrmant que celui qui tient Jésus pour Fils de Dieu ajoute quelque chose à l'Evangile \ on risque seulement de commettre un contresens d'ensemble sur la prédication du Christ.

C'est sa propre religion, non celle de l'Evangile, que M. Harnack expose et défend quand il proclame que « Dieu et Tâme , Tâme et son Dieu sont tout le contenu de l'Evangile- ». L'Evangile historique n'a pas cette couleur mystique et individualiste. Pour le contraindre à prendre cette forme, le théologien protestant peut avoir ses motifs, ou plutôt il a sa foi, plus puissante que tout motif, et qui le dispense d'en chercher. L'historien ne voit pas la raison de cette violence. Il ne comprend pas davantage où va l'argument déduit de ce que l on ferait une hypothèse désespérée en supposant que, dans la pensée de Jésus, sa prédication serait

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quelque chose de provisoire, où toiUdey^rait changer de sens, après sa mort et sa résurrection^

et dont une partie même serait à néglijgerun jour comme n'ayant plus de valeur. L'hypothèse, en effet, serait sans signification pour l'historien ; mais ce n'est pas l'historien qui en a besoin. C'es^ le théologien qui peut être tenté de s'en servir, et M. Harnack n'échappe à la nécessité de cette conjecture qu'en usant d'un moyen moins acceptable encore. Il est certain que le Christ évangélique n'a pas fait deux parts dans son enseignement, l'une comprenant ce qui aurait une valeur absolue, et l'autre ce qui aurait une valeur relative, pour l'adaptation au présent. Jésus parlait pour dire ce qu'il pensait vrai, sans le moindre égard à nos catégories d'absolu et de relatif. Mais qui donc a distingué, dans la notion du royaume, l'idée du royaume intérieur, qui aurait une valeur absolue, et l'idée du royaume à venir, qui n'aurait eu qu'une valeur relative ? Qui donc a trouvé, dans la conscience fdiale du Christ, un élément de portée universelle, la connaissance du Dieu Père, et un élément juif, dont l'unique avantage était de situer Jésus dans l'histoire, et qui était l'idée du Messie? Ce peut

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être une hypothèse gratuite, au point de vue historique, d'attribuer à Jésus la prévision des modifications que sa doctrine devait subir au cours des siècles, et dès l'âge apostolique ; mais il est bien plus arbitraire de limiter, malgré l'Evangile, cet enseignement à un seul point qui n'y est pas formellement enseigné, qui n'est pas l'Évangile, comme si ce point unique représentait tout ce que Jésus a pensé, tout ce qu'il a voulu, tout ce qu'il a fait. En disant que les individus entendront la bonne nouvelle de la miséricorde et de la paternité divines, et décideront s'ils veulent se mettre du côté de Dieu ou du côté du monde, on ne résume pas l'Evangile, on en change tout simplement l'objet, attendu que Jésus, en réalité, promettait le royaume céleste au pécheur repentant, et qu'il s'agissait pour ses auditeurs de recevoir ou de rejeter cette espérance. Celui qui veut déterminer historiquement la pensée du Sauveur n'a pas à y chercher d'abord ce qui peut agréer à l'homme de nos jours et ce qui serait censé n'avoir pas changé, mais il n'a qu'à prendre les textes, pour les interpréter selon leur sens naturel et les garanties d'authenticité qu'ils pré-

sentent. On fait, d'ailleurs, illusion au lecteur en laissant entendre que l'idée du Dieu Père est, pour le théologien moderne, entièrement identique l\ celle de l'Évangile, et qu'il ne peut y avoir de vrai dans l'enseignement de Jésus que ce qui n'a pas changé. Tout l'ensemble des conceptions chrétiennes ayant été en perpétuel mouvement depuis l'origine, il n'est pas possible et il n'est pas vrai que celle-là soit restée immuable et constitue le noyau absolu de la prédication évangélique. Tout développement de l'idée de Dieu a exercé et exercera une influence sur la façon de se représenter sa paternité.

Rien ne sert d'employer les formules traditionnelles : « chemin qui conduit au Père, juge établi par le Père ' », si on les vide de leur sens. Si l'on veut que Jésus soit la voie, parce qu'il apporte aux hommes la connaissance de Dieu et les aide à trouver le Père, il faut bien dire que tel n'est pas le trait caractéristique de la mission du Sauveur, qui peut bien être, dans le présent, une mission d'enseignement, mais qui est autre

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dans l'avenir, et qui, au fond, dans son unité providentielle et logique, est celle d'agent introducteur et chef du rovaume. Et si l'on entend le rôle du Christ juge en ce sens que sa prédication est « le signe critique », parce qu'elle « rend heureux et elle juge en même temps ^ », on ramène à une conception purement morale et abstraite ce qui était dans l'Evangile une espérance concrète et objective. Il peut être beau de dire que Jésus a été « la réalisation personnelle de l'Evangile - » ; mais si l'on entend par là que Jésus a réalisé la connaissance parfaite du Dieu bon, l'on définit arbitrairement sa mission, et l'on ne sort pas du même cercle de théologie systématique. On a l'air de vouloir à tout prix restreindre le rôle du Christ, qui est universel par l'action et non seulement par l'idée, objectif et eschatologique, à la mesure d'une initiative individuelle, pour la communication d'une vérité sentie intérieurement et qui produit dès maintenant tout son effet bienfaisant.

Il est parfaitement vrai que l'Evangile ne con-

tient aucun enseignement théorique, mais on ne X peut pas dire qu'il ait pour seul dogme la vérité du Dieu Père K Bien d'autres choses sont ensei- Lmées dans l'Évangile aussi explicitement et avec autant d'assurance que la paternité de Dieu, et d'abord la réalité du royaume à venir, la certitude du message évangélique concernant le royaume, et la mission de celui qui l'annonce. La foi à la bonté de Dieu n'est pas conçue indépendamment de la foi à sa promesse, au royaume et au Christ, agent du royaume. La question de la christologie ne se confond nullement avec la foi au Christ. Si Jésus n'a pas enseigné de doctrine christologique, il ne s'ensuit pas que sa prédication et la foi qu'on y pouvait avoir n'eussent aucun rapport avec la foi à sa personne. N'ayant pas à se dire Messie et n'annonçant que le royaume prochain, Jésus ne demandait la foi à sa mission que dans la foi à son message, à la promesse du royaume. Mais il allait de soi que, lors du grand avènement, tous les élus devraient saluer le Sauveur par le cri messianique : <( Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ^. »

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