‹ L'Évangile et l'église [microform]Chapitre 40 sur 55 · I Cor. XV · texte numérisé non relu

I Cor. XV

est donc déjà dans le Nouveau Testament. L'argumentation d'Athanase et des autres docteurs n'a fait que lui donner la rigueur d'un système. Jean avait dit que l'homme participe à la vie divine et triomphe de la mort par le don de l'esprit divin que le Christ, Dieu incarné, lui procure. Les défenseurs du consubstantiel disent que le Christ ne pourrait ainsi déifier l'homme, s'il n'était Dieu lui-même. Le raisonnement des théologiens ecclésiastiques se fonde sur l'assertion de Tévangéliste, et tout le développement grec se rattache à un élément de la prédication de Jésus, où le Messie était déjà messager et agent d'immortalité. D'autre part, le dogme trinitairene repose pas uniquement sur l'idée de la déification de fhomme par le Christ, mais sur l'assertion de foi qui a présenté d'abord Jésus comme Christ et Seigneur, sacré par l'esprit de Dieu, puis comme identifié au Verbe divin, et sur celle qui, avant toute systématisation doctrinale, a figuré comme une personnalité divine, dépendante et distincte du Père et du Fils, l'esprit qui agissait dans l'Église. Le Symbole des apôtres et la formule du baptême chrétien sont antérieurs au iii« siècle, et

■''--■- --if If«^-h----. -■ ■ ■ -J>..'*lM.a.fite,

■AiA

LE DOGME CHRÉTIEN

l'on ne peut nier qu'ils contiennent les éléments essentiels du dogme trinitaire. La définition systématique du dogme est en rapport avec la définition systématique de la rédemption, mais avant ces définitions, les idées qui les supportent existaient dans la tradition chrétienne, et leur évolution a son point de départ dans l'Evangile de Jésus et la tradition apostolique. Le développement du dogme de la grâce et celui du dogme de l'Eglise se sont effectués dans les mêmes conditions que celui du dogme théologique. L'Occident n'eutjamais beaucoup de goût pour les spéculations où le génie de l'ancienne Église orientale s'est toujours complu et souvent égaré. Là, au lieu d'être matière de métaphysique transcendante ou d'épopée cosmologique, la religion était source de piété intime et instrument d'ordre social. A Rome et dans les pays latins, on conçoit volontiers la religion comme une discipline et un devoir de la société. Pour les races germaniques, elle est un principe de vie intérieure, le poème de l'âme, où l'on ne voit plus réellement que « Dieu et Tâme, Tâme et son Dieu ». L'esprit de gouvernement, inné à Rome, a contribué au développement ecclésias-

tique, et il a préparé pour les temps modernes le développement du dogme de l'Eglise. L'esprit de piété n'a manqué à aucune fraction de la chrétienté ancienne ; cependant il n'a donné lieu à un développement spécial, propre à l'Eglise latine, que par saint Augustin et l'influence de l'augustinisme, influence qu'il ne faut pas confondre entièrement avec le crédit dont a joui auprès des théologiens le système augustinien de la grâce. Comme l'a remarqué M. Harnack, l'histoire du christianisme occidental, depuis le v^ siècle, est faite des rapports qui ont existé entre deux facteurs : l'esprit de piété qui tend à faire delà religion une affaire personnelle, et l'esprit de gouvernement qui tend à faire de la religion une chose officielle, réglée en tout par l'autorité souveraine du pontife romain. L'aboutissant extrême de la première tendance est l'individualisme religieux ; celui de la seconde, l'absolutisme ecclésiastique. De leur équilibre résulte la vie du christianisme, qui s'évanouirait assez promptement le jour où l'une de ces tendances ne ferait plus aucun contrepoids à l'autre, le protestantisme subsistant comme religion par un débris de hiérarchie et d'organisation tradition-

LE DOGME CHRÉTIEN

nelle, et le catholicisme puisant sa vitalité dans V. Tardeur intime de la piété, au moins autant que dans la solidité du lien hiérarchique ou la rigueur de la centralisation administrative.

Saint Augustin a contemplé l'idée chrétienne au point de vue du salut individuel, abstraction faite de la gnose cosmologique. Il ne regarde pas le salut uniquement comme fin dernière, mais d'abord dans la régénération spirituelle qui constitue sa réalité pour la vie présente. L'histoire du christianisme devient un drame y^ psychologique : Adam et Eve étaient justes et saints ; il avaient en eux la grâce de Dieu et le pouvoir de faire le bien, mais de telle sorte pourtant que, dans l'épreuve du fruit défendu, ils eurent la faculté d'obéir, sans que l'attrait du devoir fût nécessitant ; ils faillirent, l'attrait sensible l'ayant emporté sur la' force spirituelle de la grâce, et c'en était fait de l'harmonie que Dieu avait mise dans sa créature de prédilection ; désormais la concupiscence, c'est-à-dire le péché à l'état permanent et immanent, régnait dans l'homme; tous les fils d'Adam naissent pécheurs, parce qu'ils naissent de la concupiscence et qu'ils portent en eux le principe funeste

qui leur a donné le jour ; mais à tel mal tel remède ; la grâce méritée par Jésus, et qui est essentiellement le don de la foi et de l'amour de Dieu, est un attrait d'un autre ordre, tout puissant et divin, par lequel l'homme acquiert la liberté du bien, en devenant capable de résister efficacement à l'attrait funeste de la concupiscence ; tant qu'il vit sur la terre , la concupiscence n'est pas extirpée jusque dans sa racme, elle est simplement combattue et refoulée par l'attrait supérieur de la grâce de Dieu.

La doctrine de la grâce n'est pas plus romaine d'origine que celle du Verbe incarné. L'Église d'Afrique n'était pas romaine de race ni d'esprit, nonobstant ses relations étroites et permanentes avec la communauté de Rome. On y avait gardé très vif le sentiment de la dignité personnelle du chrétien et de la sainteté chrétienne ; bien qu'on n'eût pas suivi Tertullien dans la chimère du montanisme, on avait, pour ainsi dire, le culte de l'Esprit et des sacrements qui le donnent ; pendant longtemps on refusa d'accepter le baptême des hérétiques, et un schisme formidable, celui des donatistes, eut la même cause que l'erreur de Gyprien et des rebapti-

LE DOGME CHRETIEN

sants ; de même que le baptême donné par un hérétique ne pouvait être valide, parce que l'hérétique, n'ayant pas le Saint-Esprit, ne peut le communiquer, ainsi les ordinations faites par les « traditeurs », ceux qui, durant la persécution de Dioclétien, avaient eu la faiblesse de remettre aux autorités romaines le trésor sacré des Ecritures, étaient nécessairement nulles, parce qu'un évêque <( traditeur » est déchu de sa grâce et n'a pu donnerce qu'il n'avait plus. C'est dans ce milieu que devait naître le dogme de la grâce efficace. Alexandrie pouvait s'intéresser aux hypostases divines, Antioche à la constitution théandrique du Christ, Rome aux règles du gouvernement ecclésiastique, Carthage et l'Église africaine s'intéressaient à la sainteté de l'Eglise dans ses chefs et dans ses membres. Cette façon d'entendre la religion fut définie par Augustin dans une théorie qui avait, sur le principe de Cyprien et des donatistes, l'avantage de ne pas ébranler la constitution de l'Eglise, puisqu'elle acceptait de la tradition commune et le dogme théologique et la forme de l'institution ecclésiastique. En présentant à chaque croyant un programme de rédemption

morale fondé sur le sentiment intime de l'infirmité humaine et de la mystérieuse efficacité de la grâce par la foi, l'espérance et l'amour, elle s'est trouvée parfaitement appropriée à l'esprit des peuples nouveaux que l'Eglise allait avoir à convertir, et qui sont maintenant les peuples chrétiens, catholiques et protestants, de l'Europe occidentale. Ces peuples ont pris la religion comme une médecine spirituelle, condition et fruit d'une lutte intérieure, renaissance de l'individu et progrès vers sa perfection morale, liberté supérieure à toutes les franchises de l'ordre social, principe d'action et de vie saintes, déification de l'homme, non plus seulement dans la lumière de Dieu, mais par la vie de Dieu en lui et par l'activité de l'amour.

Ce dogme, psychologique et humain, que la tradition postérieure a quelque peu modifié en l'interprétant, ne se rattache ni plus ni moins que le dogme théologique à l'enseignement de Jésus. 11 procède directement de saint Paul. L'Apôtre n'avait pas considéré seulement le salut comme une fonction cosmologique, mais d'abord comme un intérêt de l'humanité en général et de l'individu en particulier; de ses méditations sur

loi

LE DOGME CHRÉTIEN

le rapport de la Loi et de TÉvangile, du péché et de la rédemption, était sortie sa théorie du salut par la foi en Jésus et la seule gr«^ce de Dieu, sans les œuvres de la Loi. L^homme, depuis Adam, est enclin au péché, il est comme naturellement pécheur; bien loin de le sauver, la Loi, en multipliant les préceptes, multiplie les transgressions ; elle n'est qu'une instruction, un guide; jamais on n'a été sauvé que par la foi. La foi est donc le vrai remède au péché; mais elle ne s'appuie que sur Jésus-Christ, qui délivre les hommes de la Loi, du péché, de la mort, ayant laissé ce triple fardeau enseveli dans le sépulcre d'où lui-même est sorti libre et glorieux; fait chair, « l'homme céleste » a racheté tous les descendants pécheurs de « l'homme terrestre » ; il a condamné le péché dans la chair, il l'a crucifié ; injustement frappé en vertu de la Loi, il a brisé la Loi ; mort volontairement, il a détruit l'empire de la mort; ainsi reste-t-il un principe de justice et de vie éternelle pour ceux qui croient en lui K Saint Augustin a dégagé ces idées de leur relation

Page 1