Conclusions
J'ai terminé ma démonstration, qu'il était inutile de faire aussi longue devant un auditoire comme celui-ci ; je n'ai plus qu'à conclure.
Le mal capital qui ronge notre organisme social, c'est V individualisme, Tmdividuahsme de J.-J. Rousseau, que le snobisme contemporain applaudit dans Nietzsche et dans Ibsen ; V individualisme, qui, dans les classes dirigeantes, aboutit au dilettante, au surhomme égotiste, qui ne veut pas voir et comprendre ce qu'il y a de juste dans les revendications du prolétariat ; Vindividua-
lisme, qui, dans les classes ouvrières, aboutit au socialisme communiste, anarchique ou étatiste, en tous cas au règne de la force tyrannique et au despotisme des majorités.
Cet individualisme qui tue la nation, comme a dit Paul Adam, n'exclut pas la tendance aux unions et aux associations, dont je parlais en commençant. Seulement les individus s'associent uniquement alors pour sauvegarder leurs intérêts, pour défendre leurs droits, pour donner, par le nombre, plus de force à leurs revendications individuelles. Les unions organisées sur ces principes ne peuvent que donner des conseils de violences et organiser la guerre sociale.
Pour qu'une union soit vraiment féconde en bons résultats sociaux, il faut qu'elle puise ses principes et son objectif hors de l'intérêt des individus qui la composent. Une union d'action sociale doit avoir pour but, non la défense des droits des individus, mais le plus facile accomplissement des devoirs que les individus ont^ tous, les uns vis-à-vis des autres.
Ainsi comprise, l'union ne peut être fondée que sur le terrain de l'Evangile, parce que, dans TEvangile seul, est cette admirable doctrine de l'amour du prochain (altruisme d'aujourd'hui), du désintéressement et du sacrifice, de cette solidarité sociale, que l'Eglise appelle charité, c'est-à-dire dévouement avec amour.
Cette union doit naturellement comprendre tout le monde, toutes les classes de la société. Chacun y donne ce qu'il peut et ce qu'il a : son argent, son intelligence, son activité, son temps, son travail, son dévouement à la cause commune.
Ainsi l'Evangile répare l'injustice de la nature (qui nous a faits inégaux) en nous proclamant égaux ea
devoirs et en garantissant à tous la justice divine.
Dans cette grande et universelle union d'action sociale, chacun a son rôle, défini par la Providence, rôle qui n'est amoindri que si on cherche à en sortir.
L'homme apporte la force des bras.
Vous, Mesdames, avec votre grâce, vous apportez la force du cœur. Ainsi considéré, votre rôle est immense dans les oeuvres ouvrières. Continuez-nous toujours votre indispensable collaboration. Sans vous, l'homme ne peut rien réussir.
Ainsi composée de toutes les bonnes volontés, l'union d'action sociale rendra de magnifiques services à la société ; mais à une condition encore, c'est que nous nous rappelions, Mesdames et Messieurs, que nous, laïques de tout âge, de tout rang et de tout sexe, nous ne pouvons être dans une association de ce genre, que les bras et le cœur et qu'il nous faut une tête.
Où. trouverons-nous cette tête, nécessaire pour faire et maintenir l'unité doctrinale, pour hiérarchiser et maintenir dans le droit chemin toutes nos bonnes volontés?
Pour avoir cette tête, c'est vers vous, Messeignenrs, que nous nous retournons nécessairement, puisqu'il s'agit de préciser le terrain de l'Evangile, vers vous, qui détenez et représentez la doctrine et la loi.
Devant vous qui personnifiez la Foi, nous ne voulons être tous que des charbonniers; nous ne revendiquons pour nous que l'exercice de la Charité, réunis à vous par y Espérance commune dans la vie éternelle.
C'est vous qui êtes notre tête. Vous seuls pouvez maintenir parmi nous l'unité indispensable et supprimer les petites rivalités qu'avec d'excellentes intentions les œuvres particulières pourraient présenter ; vous
classerez, vous hiérarchiserez, vous coordonnerez nos efforts.
Pour que nous réussissions, vous n'aurez qu'à nous continuer vos bénédictions.
De notre côté, en nous inclinant devant vous, Messeigneurs, nous portons notre pensée, unanimement respectueuse et filialement soumise, vers le Souverain Pontife que vous représentez au milieu de nous et avec qui vous êtes pour nous l'Eglise catholique ;
Vers le glorieux Pape Pie X, qui, comme son immortel prédécesseur, aime les ouvriers et veut que l'on s'occupe d'eux ;
Vers le Pape qui aime la France et, qui a voulu, en embrassant le drapeau tricolore à Saint-Pierre le jour de la béatification de Jeanne d'Arc, montrer l'intensité et la constance de son amour pour la France d'hier, la France d'aujourd'hui, la France de toujours î