L'OBOLE DE LA VEUVE
Jésus, s'étant assis en face du trésor, observait la foule qui mettait de l'argent dans le tronc. Plusieurs riches y mettaient beaucoup. Il vint une pauvre veuve qui y mit deux pites, ce qui fait un quart de sol. Alors Jésus, ayant appelé ses disciples, leur dit: «Je vous assure que cette pauvre veuve a donné plus que tous ceux qui ont mis dans le tronc, car tous ont mis de leur superflu, tandis qu'elle a donné de son nécessaire tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre. »
Marc XII, 41-44.
Il regardait la foule. Quel tableau et quel contraste dans ces deux mots: le Christ, la foule ! — Celui qui demeure regarde ceux qui passent. L'assurance éternelle, la tranquille sécurité de celui qui a dit: a Je suis la vie)->, se
trouve en face de ce qu'il y a de plus mobile et de plus incertain. Et l'on comprend ce cri échappé de son cœur en une circonstance analogue: J'ai pitié de la foule.
La foule est intéressante partout : Quand elle est agitée, houleuse, orageuse; ou quand elle se répand au soleil et sourit, comme une mer calme sourit à ses rivages. La foule des curieux à la porte d'un spectacle, serrée, impatiente, animée du désir de s'émouvoir; la foule des clients dans le salon d'attente d'un médecin, inquiète, attendant son heure et la redoutant comme on redoute le verdict du juge; la foule des solliciteurs et des intrigants dans l'antichambre d'un ministre.
Pour les uns, la foule, c'est la tourbe dont on détourne les yeux, la masse ancnyme et vulgaire; pour les autres c'est le livre de la vie, étonnant, inépuisable, tournant ses feuillets sans nombre où, sur chaque page, se lisent des choses douces ou ter-