L OBOLE DE LA VEUVE I
ribles. Le Christ aimait à regarder la foule. Elle lui disait tant de choses que l'observateur distrait ne remarque pas, ou pour lesquelles le spectateur égoïste ou railleur n'a ni cœur ni regard. Sur le visage des inconnus, dans leurs gestes et leurs allures, il déchiffrait, en centaines, en milliers de variantes, la vieille histoire humaine, toujours neuve, avec ses grandeurs et ses détresses.
Aujourd'hui, nous le voyons observer la foule au temple. La maison de Dieu est un endroit propice pour étudier la figure de l'homme. Chacun s'y révèle par sa façon de se comporter. Que d'attitudes diverses, de ports de tête, de préoccupations qui n'ont rien de commun entre elles.
Les uns semblent comme absorbés dans le •sentiment de la présence de Dieu. Toute vaine distinction humaine s'efface dans leur esprit, devant l'impression souveraine de la grandeur, de la sainteté, de la miséricorde divine.
Les autres ne paraissent pas même effleurés par ce genre de pensées. Ils sont entrés dans le saint lieu avec tout leur personnage, bannières déployées, rappelant ces grands seigneurs qui entraient dans les églises à cheval et entourés de toute leur suite.
La foule que considère Jésus se montre à nous en un moment spécial: le moment où elle apporte ses offrandes. Non seulement on aperçoit de quel air elle donne, mais encore ce qu'elle donne. Cela ressemble à un scrutin public. 11 n'y a rien de caché: chacun peut compter k s sommes ou du moins remarquer si c'est de l'cr qui tombe à la caisse, de l'argent, ou du billon.
Sur le fond multicolore de ce défilé de donateurs de tout rang et de toute mine, une figure se détache: celle d'une veuve. Le Christ, frappé par tout ce qu'il entrevoit à travers cette apparition, arrête sur elle son regard. Ce regard a suffi pour l'immortaliser.