Rois II
O Dieu ne m'abandonne pas, ne sois pas loin de moi!
Ps. 38; 22.
Je suis errant comme une brebis perdue, cherche ton serviteur!
Ps. CXIX, 176.
Ne me quitte pas au temps de la vieillesse; quand mes forces s'en vont ne m'abandonne pas.
Ps. LXXI, 9.
Ne me presse pas de te laisser, de retourner loin de toi! où tu iras j'irai, où tu demeureras je demeurerai; ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu, où tu mourras je mourrai et j'y serai enterré.
Ruth I, 17.
Quand les montagnes s'éloigneraient et que les collines chancelleraient, mon amour ne s'éloignera point de toi, et mon alliance de paix ne chancellera point, dit l'Éternel, qui a compassion de toi.
Ésaîe LIV, 10.
Je suis tous les jours avec vous, jusqu'à la fin du monde.
Matth. XXVIII, 20.
Restez ici et veillez avec moi.
Matth. XXVI, 39.
Reste avec nous, car le soir arrive et le jour est sur son déclin.
Luc XXIV, 29.
Que d'obscurs pèlerins à rame inquiète disent à Celui dont la présence leur remplace toute chose: Reste avec nous, cela se conçoit.
Mais il y a quelque chose de surprenant à voir celui qui avait coutume de dire : « Je ne suis pas seul, le Père est avec moi», rechercher avec une insistance qui touche à la supplication, le contact et la présence de disciples infiniment inférieurs à lui. Le rapprochement de ces deux
paroles jette un jour très vif sur cette loi d'aide mutuelle, d'échange fraternel dont Dieu a fait la nécessité de nos existences. De par la volonté sainte et éternelle, les plus grands ont besoin des plus petits, comme les plus petits ont besoin des plus grands.
Ceux qu'une mission particulière a faits grands ont pour sort d'être seuls. Puissants et solitaires, voilà leur part. Ils sont nos chefs, nos remparts, nos abris. Nous suivons leurs pas, nous saisissons leurs mains. Leur feu nous réchauffe, leur lumière nous éclaire. Mais qui donc les guide, les abrite, les cache à l'ombre de ses ailes? A qui vont-ils pour recevoir ce qu'ils nous donnent ? Leur force ne tarit-elle jamais? Quand ils tombent, qui les relève? Quand ils pleurent, qui les console? Ne pou. vons-nous rien pour eux qui nous donnent tout? Voilà ce que presque personne ne songe à se
RESTE AVEC NOUS ! açS
demander. Demande-t-on d'où vient à la source son eau de cristal, au soleil son rayon ?
Nous touchons là au plus douloureux secret des vies que Dieu a marquées d'un signe divin. Et ce secret, la nuit de Gethsémaneh le met en face de nous. Il est peut-être plus poignant ici que partout ailleurs. Qu'un être plein de Dieu, au point qu'il pouvait dire: «Je suis un avec le Père», en vienne à implorer des hommes, cela est non seulement le signe d'une douleur surhumaine, c'est une preuve qu'il y a, sans doute, en nous quelque chose de grand et de mystérieux, un pouvoir de consoler et d'assister, inconnu à nous-mêmes, et dont on ne saurait avoir une idée trop sublime, puisque le Fils de l'homme, le grand chef des combats de Dieu, y a fait appel. N'est-ce pas une révélation encourageante que de s'entendre dire: O homme, créature errante et perdue, sur qui passent toutes les tempêtes, il y a au plus profond de toi, en ce centre intime où ton être est joint à Dieu, une source pure et sa-
lataire à laquelle l'homme des douleurs a demandé à boire en une heure terrible. Quand le eiel se voile au-dessus de nos têles, c'est par là que s'établit le contact avec l'Éternel.
Si Jésus a senti, à certains moments, le besoin de chercher dans une présence amie une forme du secours de Dieu, qu'en sera-t-il de nous, âmes d'enfant encore mal affermies. Restez ici et veillez avec moi, c'est notre cri à tous, dans les veillées de la douleur.
Je songe d'abord aux insomnies des nuits d'angoisse et de souffrance qui sont une des plus pénibles épreuves de cette terre.
La nuit est une amie quand elle amène le sommeil. Il y a tant de questions pour lesquelles la meilleure solution est de s'endormir. Le sommeil est une oasis dans les steppes ardentes : Quand il dort, le prisonnier est libre ^ le malade est guéri, l'enfant éloigné du foyer sent se fermer
sur lui les bras de sa mère. Parmi les dons de Dieu, les puissances réparatrices, le sommeil tient une place de premier ordre. Ceux qui l'ont paisible et fortifiant ne savent pas de quel trésor ils sont comblés. Pour en juger à fond, il faut avoir connu l'insomnie, l'insomnie troublante, déconcertante, qui change le visage des choses et dérange la calme mesure qui nous sert à les apprécier; l'insomnie où tout flotte et se déforme, jusqu'à la notion du temps.
Pour elle, une heure n'est plus une heure; une heure est un siècle et la nuit se prolonge comme l'éternité. Lentement, l'homme se sent descendre au fond d'un gouffre, si bas, si bas qu'il n'en voit plus l'orifice. Et dans ces minutes pétrifiées, dans cette horrible fixité des heures stagnantes, la pensée acquiert une rapidité fébrile. Ses images se suivent et se chassent les unes les autres, et toutes, en passant, nous jettent des défis. Ce qui paraît naturel le jour, en plein équilibre du jugement, s'altère, acquiert des proportions alar-
mantes. Le monde entier prend à nos yeux les teintes grises du cauchemar. Nous sommes livrés aux fantômes, sort plus misérable que d'être livré aux bêtes.
Et dire qu'il y a certains jours où toute la vie est envahie par ces fantômes, où en plein midi nous avons perdu le sens normal et l'impression juste des choses! Brisés par une grande douleur, aveuglés, ébranlés par une tentation audessus de nos forces, misérablement blessés dans tout notre être, il nous semble que des puissances ennemies , puissances des ténèbres, prennent le dessus et nous emportent. Pour comble de tristesse, le ciel souvent se ferme. Dieu semble éloigné. Non seulement c'est l'obscurité; mais une obscurité sans étoiles! Je n'insiste pas sur ces moments où les plus fermes sont tremblants. Ceux qui ont souffert ne les connaissent que trop. Les plus cro^'ants peuvent passer par là.
C'est alors qu'on apprend à éprouver ce qu'est
la présence d'un être aimé, sûr, en qui on peut avoir confiance, à qui l'on dit: Reste avec moi.
On ne dit pas cela au premier venu. Le Christ, au jardin des Oliviers, avait fait un choix. Ses disciples, il les aimait tous, même celui qui allait venir pour le trahir dans un baiser; mais il use d'un droit sacré en choisissant ceux qui lui étaient le plus près du cœur. Et sa grande douleur provient de ce que ceux-là mêmes, tout en restant là, sont loin de lui. Car il ne suffit pas d'être là, tout près, à portée de la main, il faut y être de toute sonâme. Etvoilàqui n'est pasdonné à chacun. L'homme fuit la douleur. Quand il se passe des choses graves ou effrayantes, son premier mouvement est de partir. Vous connaissez cette tentative si ordinaire et si lâche : chercher à s'éloigner de ceux qui souffrent. Il y a une façon de parler qui a cours dans certaines contrées, et dont on se sert lorsqu'une grande infortune frappe une famille. On dit '.j'aimerais mieux
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ne pas les connaître. Cela est atroce, mais c'est humain.
Souvent les circonstances vous empêchent de vous éloigner. Les liens du sang ou la convenance vous retiennent; mais vous restez machinalement : C'est la pire des absences. Votre présence ne fait que mieux marquer tout ce qui vous sépare du malheureux frère qui souffre près de vous. Oh les distances intérieures, les abîmes creusés entre des hommes qui vivent sous le même toit, dorment dans la même chambre, mangent à la même table! Ils sont là côte à côte, leurs chemins se côtoient, ils respirent le même air, et leurs cœurs sont plus loin l'un de l'autre que les pâles étoiles ne le sont de la terre.
Mais vous n'êtes ni insensibles, ni égoïstes, ni incapables de ressentir ce qui se passe dans les autres. Votre crainte n'est pas de rester, mais de ne savoir quoi dire. N'en ayez pas si grand souci. Ce n'est pas là l'essentiel. Non pas que la parole soit inutile et sans force. S'il en est de méchantes
RESTE AVEC NOUS ! 3oi
qui se fixent au cœur comme une flèche empoisonnée, il en est de si bonnes! Paroles semblables à ces bienfaisantes substances qu'on inocule aux malades et qui vont, en circulant dans leurs veines, combattre partout les ferments funestes. Il est des paroles qui guérissent, qui rassurent, qui relèvent, qui frayent des issues, ouvrent des horizons, rendent la vie. Mais la parole n'est pas tout. Et d'abord tout le monde ne sait pas parler. Souvent aussi toute parole, la meilleure, est impuissante, parce que celui à qui elle s'adresse ne comprend plus. La maladie, le deuil, une trop vive souffrance, une agitation intérieure trop violente le rendent incapable de suivre un raisonnement. Puis, il y a des situations où les plus éloquents deviennent muets, parce que les événements leur ferment la bouche et que, en toute sincérité, ils ne savent plus quoi dire.
, Ce n'est pas une raison pour s'en aller; au contraire! Là où cesse le règne de la parole
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intelligible, le pouvoir de Dieu et de la miséricorde ne cesse pas. Si tu ne peux rien dire, taistoi, mais reste! Est-ce que les pauvres brutes savent parler, lier des raisonnements, aligner des preuves, exposer des doctrines, invoquer des motifs? Non. Pourtant, quand nous souffrons, et qu'elles viennent se poser près de nous, en fixant sur les nôtres leurs grands yeux muets, cela produit de l'effet. Qui jamais dira ce que la présence d'un être obscur, mais fidèle, qui partage nos dangers et ne veut pas se séparer de nous, a pu apporter de consolation et de courage à nos cœurs endoloris! Et qui nous dit que celui qui a envoyé les prophètes, les apôtres, les âmes au verbe enflammé, ne peut pas choisir un oiseau, un chien, la plus humble de ses créatures pour porter à ses enfants malheureux un message d'espérance. La Bonté qui se sert de si humbles instruments serait-elle impuissante à se servir de toi seul? Reste donc, et si ta sagesse n'est plus qu'une armeusée, si les yeux de ta
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foi voient trouble dans l'horrible nuit descendue, si ta voix ne perce plus les ténèbres, reste là! Reste comme une borne, avec toute ta résolution, avec une absolue sympathie, pose-toi sous le fardeau avec celui qu'il écrase. Le Christ n'a pas dit aux apôtres : Parlez-moi. Il leur a seulement demandé de rester, de veiller avec lui, afin qu'il les sache là, tout près. Ceux qui s'aiment n'ont pas besoin de paroles. Leurs silences aussi confondent leurs âmes. Plus les silences sont profonds, plus ils contiennent de mystérieux échanges. La présence d'un être ami est tout un monde de révélations. Entre son esprit et le nôtre, de discrets messagers se croisent sur des chemins invisibles.... Reste et tais-toi: le Dieu qui surpasse toute intelligence et défie toute parole, le Dieu du silence fera le surplus.
Il est dit, dans l'Ancien Testament, qu'un prophète qui n'avait vu Dieu ni dans la tempête, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, le sentit passer dans une brise douce et subtile. N'est-ce pas là comme un symbole de la manière dont Dieu s'est approché de nous en Jésus? Par une transition très naturelle, les différents motifs que nous pouvons avoir de dire à nos semblables : reste avec nous, nous amènent donc au Christ, Jamais, à travers aucun autre messager, petit ou grand, la bonté éternelle ne nous a dit plus doucement : je suis là. Jésus, c'est Dieu avec nous. Dans les splendeurs de la création, comme dans ses forces déchaînées, Dieu se manifeste, mais il est extérieur, et il peut sembler loin. N'est-il pas loin aussi, lorsque nous croyons en lui sous cette forme majestueuse et glorieuse qui le place sur un trône mimuable, dans la lumière inaccessible, environné de puissance et de félicité? Regarder du fond de nos ombres vers cette radieuse divinité, sans doute, c'estencoreun avan-
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tage précieux. Mais peut-on s'empêcher dépenser: A lui la vie, à nous la mort; à lui la joie, à nous les larmes; à lui la victoire, à nous les luttes, les défaites et les incertitudes cruelles. Un Dieu semblable n'est-il pas trop olympien? Ne préside-t-il pas de trop haut et dans un calme trop idéal à nos destinées tourmentées? Et le cœur humain, dans ce qu'il a déplus légitime, ne pourrait-il pas trouver cette grandeur trop facile, et cette royauté trop superficielle? Quelque chose nous dit que, dans la souffrance qui se ramasse et veut espérer, dans le doute qui cherche, tâtonne, conquiert lentement des clartés plus parfaites, il y a plus de grandeur que dans la possession tranquille et la sérénité sans nuage. La misère humaine est plus touchante que la béatitude des anges. Ce qu'il nous faut, autant pour le secours direct que nous en espérons, que pour l'amour et l'adoration que nous lui devons, c'est un Dieu qui reste avec nous. Non seulement il doit voir les choses d'en haut, mais
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il doit les voir d'en bas. Non seulement il doit les voir, mais il faut qu'il y soit. La foi humaine a besoin de lui dire : Si je monte au ciel, tu y es; si je descends au sépulcre, t'y voilà. Il nous faut un Dieu qui pleure de nos larmes, soit saisi de nos angoisses, plie sous nos fardeaux, un Dieu qui souffre. Ce Dieu-là prend une figure d'homme, il s'abaisse vers nous qui ne pouvons monter vers lui. C'est le Dieu de l'Évangile, celui qui nous a visités en Christ; et voilà pourquoi le crucifié du Calvaire a plus de prise sur les cœurs meurtris, plus de puissance consolatrice, que tout ce que l'esprit humain peut concevoir de plus transcendant en fait de divinité. Ce qu'il faut souhaiter à chaque pèlerin sur les routes changeantes de la terre, c'est qu'il puisse garder près de lui ce compagnon, qui traduit le fond invisible des réalités divines en paroles humaines, en sentiments familiers, en actes tangibles, et qui fait dire des choses éternelles aux gestes, aux humbles devoirs, aux
RESTE AVEC NOUS! Soy
tristesses, comme aux joies de cette vie mortelle. La grande consolation dans tous les événements de l'existence est que le Christ a passé par là, en nous y montrant la trace de Dieu. Il n'y a plus de sentiers perdus, de recoms oublies, plus de gouffre désolé. Dans le malheur même, dans la mort, dans la gueule du monstre, Dieu par lui nous dit : ne crains rien, je suis là. S'apercevoir de cela c'est la grande chose, la seule nécessaire. Pourvu que celle-là nous reste; rien n'est perdu!
Quand vous étiez enfants, l'obscurité vous effrayait, vous trembliez devant les formes étranges que revêt l'ombre, et dont elle tourmentait votre jeune imagination. Et vous disiez à votre mère : reste avec moi. Elle près de vous, la nuit n'avait plus rien d'ennemi. Cette présence rassurante vous conciliait les ténèbres ellesmêmes, conjurait toute hostilité, apprivoisait les ' mauvais génies.
Nous restons enfants toute la vie, désarmés et
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tremblants en face des puissances inconnues auxquelles nous sommes livrés dans le monde. Il nous faut cette présence maternelle qui fait taire les flots, les cris menaçants, les doutes, tout ce qui provoque l'insécurité.
Toujours, le soir descendra sur nos routes, toujours, pour quiconque est un homme, les heures sonneront où la lumière du jour nous dit adieu, où les clartés raisonnables deviennent insuffisantes, où la force nous quitte, où le plus ferme et le plus clairvoyant confesse qu'il ne sait plus où il en est. Toujours, le vieux péché, l'antique souillure nous suivront comme une ombre; toujours, la misère et le malheur nous guetteront; toujours, la mort nous rejoindra. La figure de ce monde change, mais au fond combien peu a changé la vie! Puisque nos ennemis restent là, ne nous quitte pas, puissance amie! Puisque le mal demeure, demeure aussi, toi qui as été avant le mal, qui as vaincu le mal, et qui seras quand il ne sera plus!
RESTE AVEC NOUS ! Soç
Reste avec nous, bonté clémente, qui espères tout et sais tout pardonner; reste avec nous, amour pour qui rien n'est difficile; paix divine au sein des orages, reste avec nous. Reste avec nous, courage invincible des saintes batailles. Quand nous serons aux prises avec les tentations, ne nous abandonne pas; quand le péché nous aura vaincus, ne nous rejette pas, reste avec nous! Quand nous pleurerons sur les tombeaux, reste avec nous: celui qui te regarde retrouve ce qu'il a perdu. Quand nous entrerons dans la mort, reste avec nous: celui qui te donne la main n'a plus peur de l'ombre.
(Réimpression.)
DISCOURS PRONONCE A LA CONSECRATION AU SAINT MINISTÈRE DE M. X. KœNIG
I Rois 2, 2.
Mon cher jeune Ami,
Mes BiEN-AiMÉs Frères en Jésus,
Cette solennité appelait une voix plus autorisée que la mienne. Si j'ai consenti, pourtant, à monter dans cette chaire, c'est pour céder au désir d'une amitié déjà ancienne. Nous avons étudié, cherché, travaillé ensemble, dans ce champ de Dieu où la beauté et l'austérité des préoccupations communes donnent, aux rapports entre collaborateurs, je ne sais quel charme sévère. Nous avons appris à nous affectionner et
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à nous estimer. Votre départ imminent (comment m'empêcher de penser que vous partez ce soir même) mettra fin à l'intimité de nos relations, sans en altérer le fond. Nous travaillerons encore dans le même champ, et sous le même rayon béni; mais nos sillons ne se confondront plus. — Cette collaboration, ces souvenirs, cette séparation, rendent ma tâche également touchante. Puis-je oublier d'ailleurs, qu'en exprimant mes sentiments, j'exprime en même temps ceux de vos amis, si nombreux dans cette assemblée? Leur présence vous soutient, leurs vœux vous accompagnent. — Vous partez, votre coeur vous pousse, et le devoir vous appelle. La charrue vous attend là-bas avec ses obscurs labeurs et ses joies intenses. Allez! ne nous oubliez pas; mais ne regrettez rien, n'emportez dans la poitrine que des sentiments qui fortifient et réconfortent. J'ai hâte même, de peur d'accentuer une note mélancolique, de m'arracher aux impressions personnelles, pour gagner les hau-
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teurs, sur lesquelles, en cet instant, nous voulons méditer sous le regard de Dieu.
A notre époque, au sein de cette société et particulièrement dans cette Eglise réformée de France à laquelle nous appartenons, que convient-il de dire au jeune pasteur, à l'entrée de sa carrière pratique? Une seule chose, la plus simple et la plus difficile, la plus évidente et la plus méconnue : il faut lui dire : Sois un homme. C'est à développer cette parole, qui doit être votre devise, que nous allons consacrer cette heure. Dieu veuille bénir les méditations de ses serviteurs!
Sois un homme ! Écartons tout d'abord d'un mouvement vigoureux une conception fausse, caricature haïssable du grand idéal que fait
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entrevoir cette parole, et qui tend à confondre l'homme avec l'homme de parti. Ne soyez pas un homme de parti! Sans doute, je le sais^ votre désir, ici, s'accorde avec mon conseil. Le souffle d'enthousiasme qui anime votre jeunesse n'a rien de commun avec les ardeurs malsaines de l'esprit exclusif. Vous vous sentez uni de cœur à quiconque, sur cette terre, et peu importe dans quel milieu, travaille à l'œuvre divine; vous n'avez pas donné pour mesure à votre fraternité le cadre, toujours étroit, d'une tendance ecclésiastique. Et cependant, je maintiens mon avertissement, et j'y insiste. A cette heure de désagrégation sociale, de morcellement politique, d'émiettement religieux, où ce qui nous fait le plus défaut, dans toutes les sphères de l'activité humaine, c'est un peu d'équité, un peu de justice envers l'adversaire, nous sommes guettés tous les jours par un ennemi terrible, et si, par malheur, notre vigilance vient à se relâcher, il fait de nous sa proie certaine. Cet ennemi, je vous
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le signale, c'est l'esprit de parti. Gardez- vous de son levain impur. S'il s'infiltrait dans votre âme, il vous empêcherait à tout jamais de devenir un homme.
Pour devenir un homme, il faut commencer par un grand acte d'abnégation.
Il est nécessaire de rompre, et sans retour, avec tout ce qu'il y a dans la vie de factice, de superficiel, de conventionnel, pour retourner aux sources pures et profondes de l'humanité résUe; il est nécessaire d'abandonner tout ce qui divise les hommes et en fait des adversaires, pour rechercher ce qui les unit et en fait des frères. L'évolution intérieure à laquelle je fais allusion n'a rien de fantaisiste, ni qui puisse inspirer de la méfiance par sa nouveauté. Elle
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est possible, véritable, et date de loin. Lorsque le Christ, au milieu des innombrables désignations, par lesquelles ses contemporains s'honoraient ou se stigmatisaient entre eux, prenait le titre de Fils de Phomme, il indiquait et réalisait du même coup cette transformation essentielle. Lorsqu'il exigeait de ses disciples de renaître, de devenir des hommes nouveaux, il montrait, avec une insistance que personne ne peut méconnaître, la nécessité de mourir à toutes les vieilles choses. Saint Paul, au sortir de la crise qui fit de lui un chrétien, s'écrie, et ce cri est comme le cri du sang de la fraternité retrouvée : «En Christ il n'y a ni maître, ni esclave, ni juif, ni grec, mais une nouvelle créature!» — Nous sommes par conséquent sur le bon terrain et dans la bonne tradition. La parole de notre texte, quoique choisie dans l'Ancien Testament, n'est nulle part mieux à sa place que sur les lèvres mêmes du Fils de l'homme. Il nous semble l'entendre dire à tous les siens, et en particulier
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à ceux qui aspirent au redoutable honneur de devenir Bergers d'Jwmmes: Soyez des hommes! — Après avoir consommé le grand sacrifice, et rompu avec toute vaine distinction, pour devenir un homme, il faut conclure une alliance nouvelle. Il faut refaire le vieux pacte avec le Père et avec les frères, et s'efforcer de réaliser le double idéal que nous allons essayer de tracer et qui consiste à être un homme de Dieu et un homme du peuple.
Uti homme de Dieu. On appelait ainsi les prophètes d'Israël Y aurait-il quelque prétention à s'inspirer de leur esprit et de leur oeuvre, que le Christ est venu accomplir? Non. Si le plus humble brin d'herbe de la vallée peut être touché du même rayon qui éclaire les sommets les plus élevés, pourquoi celui qui alluma, à travers
les siècles, les grandes âmes des prophètes comme autant de phares lumineux, ne pourraitil pas faire descendre, jusqu'en nos abîmes, une étincelle du feu qui les embrasa?
Ce qui caractérise les prophètes, c'est qu'ils tiennent leur foi robuste de première main. Ils ne sont pas croyants de confiance ou par procuration, mais d'inspiration et par contact immédiat. Plus respectueux que personne du passé religieux de leur peuple, ils le vivifient en se l'assimilant. Ils unissent dans leur personne, en une harmonie étroite, ces deux choses qu'on ne rencontre, d'ordinaire, qu'opposées l'une à l'autre : la yîfl'^'///^ à /a tradition, lien organique à travers lequel chacun se rattache à ses origines religieuses, comme on se rattache par l'hérédité à ses origines matérielles; et la spontanéité, l'originalité qui rend la croyance vivace et neuve, en la faisant jaillir avec puissance de l'individu luimême. En un mot, ils sont de libres croyants, portant en eux la preuve que le Dieu qui avait
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parlé auxpères parle encore aux enfants. — Il faut que, dans ce même sens, chacun de nous soit un homme de Dieu. Nous ne pourrons jamais aimer ni vénérer assez tout ce passé religieux, par qui la suc et le sang de notre vie morale nous furent transmis. Jamais, en nous arrêtant devant ces monuments et ces symboles, où l'humanité raconte ses larmes, ses chutes, ses recherches^ ses combats, comme sa paix, sa réconciliation, ses victoires spirituelles ; jamais en nous inclinant sur ces pages sacrées, toutes brûlantes d'amour, tout imprégnées d'un souffle de Dieu, nous, les derniers venus de leurs enfants, nous ne pourrons assez vénérer, pour toutes leurs peines, nos pères sur la terre, ni adorer assez,, pour ses miséricordes immortelles, le Père qui est aux cieux! Mais la meilleure manière de démontrer notre gratitude, c'est de faire fructifier tout ce capital religieux, et de continuer, en l'adaptant au présent par un patient labeur intérieur,, la grande œuvre divine des siècles. Celui-là
comprend le mieux le présent et le sert le mieux, qui le sert et le comprend à la lumière du passé. Celui-là sait le mieux apprécier le passé, qui le sent revivre en lui, sous la secousse frémissante du présent. Voilà qui impose de grands devoirs à tout homme religieux, mais surtout au pasteur qui veut être un initiateur, un gardien des choses saintes.
La préparation théologique, par laquelle vous arrivez à la carrière pastorale, a pour but de vous aider à mieux remplir ces devoirs. Leur importance est telle que nul labeur opiniâtre, nulle lutte avec les vieux textes et les traditions antiques, nul problème ardu ne doivent vous paraître trop pénibles. Parfois, au cours de tout ce travail, il survient des états d'âme délicats, des crises spirituelles, des hésitations, des doutes. Quelques-uns se sont demandé si Is genre d'études auquel vous vous astreignez servait la foi, ou la contrariait? On en est venu jusqu'à suspecter ces études, etpresque à les con-
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damner. Grave erreur! Coûte que coûte il faut passer par là ! Il peut y avoir (qui donc en doute, les faits sont là), il peut y avoir une foi ardente, féconde en œuvres, chez les simples, comme il peut se rencontrer de courageux soldats, des matelots intrépides, parmi ceux qui ne connaissent ni stratégie ni science navale; mais autre chose est le devoir du soldat, autre celui du chef; autre la fonction du matelot, autre celle du pilote. Les temps, d'ailleurs, en changeant tout, transforment nos devoirs. Dieu, autrefois, appela Amos du milieu de ses troupeaux, pour en faire un prophète en Israël; mais nos réformateurs, et Luther tout le premier, pour devenir les prophètes de leur temps, durent se frayer à travers la Bible et les traditions humaines un chemin dur à gravir. Ce n'est qu'à ce prix qu'ils purent retirer du fourreau, où la rouille le couvrait, le vieux glaive du verbe divin, et le 'fourbir pour de nouveaux combats.
Le chemin qu'ils ont choisi est le nôtre; rien
ne saurait nous dispenser de le suivre aussi. Dieu merci, d'ailleurs, ce travail d'interprétation, d'assimilation du passé religieux, a derrière lui sa période la plus difficile, et nous ajouterons la plus ingrate! Dieu merci, nous n'en sommes plus à penser que l'étude critique des livres sacrés soit une des pires façons de leur manquer de respect ! Dieu merci, nous n'en sommes plus à ce point désolant de la route, où la lassitude vous prend et devient mauvaise conseillère! Nous avons compris, enfin, que la vérité religieuse n'est pas en deçà des formes où le passé l'enfermait, dans une sorte de réduction misérable, de piteux minimum, mais au delà, infiniment au delà. Bien loin d'en dire trop, les pères n'en ont pas dit assez. Les saintes réalités que la foi nous fait entrevoir au fond des mystères où nous vivons^ sont si belles et si grandes que leurs enveloppes les plus riches, leurs formules les plus majestueuses, ressemblent à des bégaiements d'enfant, que le Père seul peut com-
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prendre. La joie de croire, de vivre et de construire est revenue dans nos cœurs. Un de nos maîtres a pu dire que nous sommes aujourd'hui mieux outillés pour comprendre les prophètes et le Christ lui-même, que leurs contemporains les plus immédiats, et il avait raison. Nous devons cela à cette science patiente, obstinée, scrupuleuse, qu'on appelle la théologie historique. Rien n'égale l'honneur qu'elle mérite, si ce n'est le mal qu^on en a dit; mais pour la venger de tout ce mal et l'honorer dignement, il n'est qu'un seul moyen: colliger, employer les matériaux qu'elle nous met tout taillés sous la main, afin de continuer à édifier et à cimenter ce temple de Dieu dont nos pères jetèrent en sol profond les fondements indestructibles, et où, un jour, l'écho de leurs vieux psaumes se mêlera à nos chants nouveaux.
Mais ce n'est pas seulement par les pieuses études que le pasteur doit être un homme de Dieu; il doit l'être aussi par sa vie religieuse intime. Ici je ne dirai que peu de mots : au sanctuaire du cœur, le silence et la discrétion seuls conviennent. Mais je vous dirai encore : Sois un homme Hjnhomvcie par l'humilité, par le sentiment douloureux du péché, sainte meurtrissure sans laquelle il n'est donné à personne de connaître le salut; un homme par la solidité du sentiment religieux, exempt de toute fantaisie malsaine et de toute rêverie sans virilité; un homme par la droiture, par le courage d'être seul, par cette indépendance de conviction et cette absence de respect humain que procure la crainte de Dieu ; un homme dans la tentation, dans le mal-
heur, dans les misères et les sacrifices endurés sans murmure, pour une cause toujours attaquée; un homme par la joie de vivre et la simplicité d'accepter la mort; un homme par la résignation et l'abandon à Celui qui, seul, connaît toutes choses; un homme par la prière, cette fonction royale de l'humanité divine ; un homme, un homme de Dieu, un chrétien, enfin, par cette vie intérieure où régnent la sérénité, la clémence^ la paix, et où se réfugie, en attendant que le monde veuille la recevoir, la sainte image de l'Eglise universelle.
Et cependant, si le pasteur n'était qu'un homme de Dieu, par l'étude, la vie intérieure, la foi libre et puissante, l'adoration. Userait incomplet. Que dis-je? il ne saurait être cet homme-là sans être en même temps un homme du peuple.
Ici aussi, dès le commencement, écartons la contrefaçon de Tidéal qui nous inspire. Des jouets du peuple, des flatteurs de la foule, des excitateurs de ses plus malsaines passions, ce n'est pas là ce qu'il nous faut. Des personnalités pareilles, le besoin ne s'en fait pas sentir, nous en sommes encombrés!
Que le pasteur soit un homme du peuple : cela veut dire qu'il ne soit pas l'homme d'une caste, d'un groupe isolé et renfermé en lui-même, où se développent des intérêts factices, où ce qui finit par passionner les initiés est peut-être une chose indifférente au bien général. Que le pasteur vive de la vie de tous ! Le peuple d'ailleurs pour lui n'est pas une classe particulière. Est peuple et populaire ce qui est commun à tous, ce qui va d'un bout de l'humanité à l'autre et fait vibrer tous les cœurs, qu'on soit lettré ou illettré, puissant ou misérable, opulent ou indigent. — Sans doute, le pasteur doit être, avant tout, l'homme des petits et des vamcus, de tout ce qui est écrasé,
souffrant, perdu; de tous ceux qui font le mal et se souillent sans savoir ce qu'ils font, et pour lesquels, d'âge en âge, monte vers le ciel la prière du Sauveur expirant : Père! pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font! Il faut que les rivages de son âme soient battus nuit et jour par les grandes vagues des douleurs humaines. Qu'il se souvienne que c'est Dieu qui souffre dans ses pauvres enfants, puisqu'il nous dira au dernier jour : J'ai eu faim, j'ai eu soif, et que tous, le pasteur surtout (c'est Jésus qui le dit), seront jugés selon qu'ils auront été miséricordieux ou impitoyables. Mais, malgré cela, il est indispensable que, pour le pasteur, le pauvre et l'ignorant n'existent pas seulement comme l'être souffrant dont on doit avoir pitié, dont on doit plaider la cause, défendre les droits, réparer les maux, mais comme homme et enfant de Dieu. Il faut oublier parfois cet accident, la pauvreté, pour se souvenir de cette substance: l'humanité.
33o l'évangile et la vie
Le plus grand bien qu'on puisse faire à l'être isolé, méprisé, affaissé sur lui-même, c'est de le traiter en frère, sans air de protection et sans bassesse, mais simplement, et en toute vérité. Celui qui sait faire cela, avec le tact et l'esprit que comporte l'occasion, accomplit un acte qui vaut bien des paroles. Nous dirons donc au pasteur : avec le pauvre, l'ignorant, le misérable, sois un homme, un frère. Et nous ajouterons : sois un homme, un père pour l'enfant malheureux!
C'est ici, j'ose le dire, sans craindre de blesser Celui qui appelait à lui les petits, le côté le plus touchant du devoir pastoral. L'enfant du peuple, l'enfant abandonné, l'enfant qu'on scandalise et corrompt, l'enfant infirme! Si nous pouvons deviner le cœur du Dieu Père à travers nos propres émotions paternelles, d'autant plus vives qu'elles sont éveillées par des êtres plus souffrants, nous sommes obligés d'en conclure que le point de ce vaste univers où se concentrent
SOIS UN homme! 33 1
le plus de rayons de la pitié divine doit être, bien certainement, la tête humble et oubliée de l'enfant du peuple. Je vous le recommande. En le voyant faible et sans défense, à la merci de tout, parfois^ vous songerez à ceux que Dieu nous amena des chaumières et des demeures obscures, pour les faire grands dans son royaume; vous songerez surtout à l'enfant du charpentier de Nazareth, ce pauvre à qui nous devons toutes choses; et mieux que dans les splendeurs de la création et les richesses de la vie intérieure, vous comprendrez l'évangile du Fils de l'homme, en le contemplant et en le servant dans ces petits avec lesquels il s'est identifié.
Il vous tendra la main, il marchera près de vous, il vous soutiendra; vous ne serez plus qu'une âme par la pitié, la charité, la soif d'aimer, de souffrir et de consoler.
Mais le pasteur se doit, dans une mesure égale, aux lettrés, aux puissants, à ceux que le
monde appelle, hélas ! les heureux. Le plus grand malheur des rois est que ceux qui leur parlent n'oublient jamais qu'ils parlent au roi. Il faut que, par une série d'efforts, le pasteur tâche d'arriver à ce point optique où l'on ne voit plus devant soi la puissance, la richesse, la science, pas plus qu'on n'apercevait tout à l'heure l'ignorance et la misère, pour ne regarder que Vhomme. Au fond, par la grandeur et l'indignité, par les vestiges de vie divine et par les ravages du péché, nous sommes tous les mêmes, et nous portons, sous nos haillons ou sous notre splendeur, le même cœur altéré.
Heureux le pasteur qui connaît le sentier des cœurs, et vient à eux, messager de Dieu, apporter, selon ce que l'heure demande, la sévérité ou la clémence, l'avertissement pressant, ou le verre d'eau vive qui réconforte et fait renaître.
Comme le Christ, son maître, qui fut le médiateur, le pasteur doit s'appliquer à être médiateur à son tour. Qu'il élargisse son horizon,
qu'il regarde la vie, qu'il en sonde les leçons, qu'il se renseigne à droite, à gauche, en bas, en haut, et que, partout fraternel, et impersonnel partout, il soit une puissance de concorde; qu'il pleure avec ceux qui pleurent, et se réjouisse avec ceux qui sont dans la joie. — Que parfois aussi il sache retrouver le front d'airain des vieux prophètes, et qu'en face du mal triomphant, impudent, il apparaisse, fort de sa conscience, comme un roc irréductible. Qu'il comprenne, enfin, la noblesse d'un ministère, unique au monde, où, étant le serviteur des serviteurs, on ne dépend que de Dieu seul.
En étant cet homme, en faisant cette œuvre, vous serez un berger fidèle, et le Berger suprême vous bénira.
Car enfin, disons-le hautement, de quoi s'agitil à l'heure où nous sommes? D'établir la puis-
sance d'une Église ? de résoudre des problèmes de philosophie? de vider, peut-être, un vieux différend théologique ou ecclésiastique? Nonl mille fois non!
Il fait nuit dans l'âme humaine, nuit noire presque partout, et ce dont il s'agit, c'est de faire pénétrer dans cette obscurité un rayon de lumière divine. Comment y parvenir? Pour ceux qui prêchent, parlent, sèment, il est des moments de grande lassitude, de découragement profond. Il semble que plus rien ne prenne ni ne morde sur le fonds ingrat que nous travaillons. Que faire alors? Voici : Ce siècle a parcouru le cycle des raisons et des systèmes; il a épuisé toutes les phases de la vie spirituelle représentative. Il ne se convertira plus à la foi et à l'espérance pour des motifs rationnels. La seule chance de salut qui nous reste est de le convaincre par l'action, en étant des hommes. Aussi, à tous ceux qui se sont fatigués en appels, en discours, à toutes les voix dans le
désert, nous voudrions crier: ne parlez plus, agissez! taisez-vous et soyez des iiommes! « Si vous voulez faire revivre l'Evangile, soyez l'Evangile vivant ! d Une vérité domine de bien haut tout ce qui est relatif aux révélations de Dieu, qu'elles nous arrivent par la Bible, l'histoire du monde ou nos expériences intérieures :