‹ L'Évangile et les ÉvangilesChapitre 125 sur 177 · Jean, XXI · texte numérisé non relu

Jean, XXI

CPE

faussaire plein d’audace. Mais c’est là une solution désespérée. Car «le disciple que Jésus aimait » n'apparaît nullement dans le quatrième évangile comme un personnage inventé après coup. « Mêlé aux événements les plus importants de l’histoire évangélique, c’est un homme de chair et d’os, non une abstraction personnifiée ou une figure symbolique. Il intervient dans des épisodes concrets, témoigne de faits circonstanciés, joue un rôle qu'on ne peut détacher du récit sans en déchirer la trame entièrement 1. » Il est invraisemblable que, pour faire passer le quatrième évangile sous le couvert d’une autorité apostolique, un faussaire eût usé d’un anonymat si discret; il aurait donné un nom propre à Pauteur prétendu.

Le quatrième évangile éclaire une autre particularité de la physionomie du « disciple que Jésus aimait », ses relations- avec Simon Pierre. Non seulement il n’y eut point rivalité entre le chef du collège apostolique et l'ami du Seigneur, entre le privilégié de l'autorité et le privilégié de la tendresse divine, mais une étroite amitié les unissait l’un à l’autre.

Quand, à la dernière Cène, une anxieuse cu-

4. L. de Grandmaison, Jésus Christ, Paris, 1928, t. I, p. 140,

riosité pousse Simon Pierre à rechercher le nom du traître, 1l s'adresse au disciple bienaimé : celui-cise [prête à ce désir 1. C’est encore lui, vraisemblablement, qui profitant de ses relations dans l’entourage de Caïphe,

introduit Pierre au palais du grand-prêtre.

pendant la nuit de la Passion ?. Au matin de

la Résurrection, 1ls courent ensemble au sépulcre et constatent l’un après l’autre que Jésus n’y est plus 3%. Sur les rives du lac de Tibériade, lorsque le disciple que Jésus äimait, reconnaît le Seigneur ressuscité qui vient d’apparaître, Pierre est le premier à être instruit de la découverte : « C’est le Seigneur! 4 » Et à son tour, en cette même journée, Pierre, à qui le Maître a laissé entrevoir le martyre futur, s ’enquiert affectueusement du sort réservé à son ami 5, Ses interrogations n’ont pas grand succès; clés sont au moins le signe d’une cordiale solicithdes

Ces deux traits, intimité avec Jésus, amitié avec Simon Pierre, rapprochés des indices que fournissent les Synoptiques et le livre des Actes, permettent une désignation plus pré-

Jean, XIII, 24-26. Jean, XVIII, 16.

Jean, XX, 3-9.

Jean, XXI, 7.

Jean, XXI, 21-22.

SURNEOES EE

aise du « disciple que Jésus aimait ». Pierre étant mis hors de cause, puisqu'il est distinct

de l’évangéhste, c’est entre les fils de Zébédée, .

Jacques et Jean, qu’on est amené à choisir.

Dans la société des disciples de Jésus, les Zébédéides sont des privilégiés parmi les privilégiés. Non seulement, avec Simon et André, ils sont les premiers appelés de ces Douze qui jugeront les douze tribus d'Israël, mais, dans ce groupe élu entre tous, ils sont l’objet de prérogatives de choix. Les Synoptiques ne les mentionnent nommément qu’en un petit nombre d'occasions : presque toujours ils ont dessein de signaler la prédilection particulière dont le Seigneur les entourait. Saint Marc, dans sa liste des Apôtrest, les nomme aussitôt

après Simon Pierre, qu’il sépare de son frère .

André. Quand Jésus veut réserver à quelques intimes certains spectacles plus émouvants de puissance ou d’abaissement, Jacques et Jean sont toujours désignés avec Simon Pierre.

Appelé auprès de la fille de Jaïre, l’un des chefs de synagogue à Capharnaüm, Jésus « ne laissa personne entrer avec lui » dans la chambre de la morte, « si ce n’est Pierre et Jacques et Jean, le frère de Jacques ? ». Ils

1 Marc, III, 16-17, 2. Marc, V, 37.

sont les seuls, avec le père et la mère, à être témoins de la résurrection de l’enfant. Un peu plus tard, les trois mêmes disciples sont emmenés par Jésus sur une montagne écartée, où il se transfigure devant eux 1. Quand vient l'heure de l’agonie à Gethsémani, Jésus sépare à nouveau des autres Apôtres ce groupe ‘des trois intimes, comme si la présence de disciples chers entre tous devait lui apporter quelque. réconfort dans ses tristesses 2. | Maintenant, s’il s’agit de choisir, entre les deux fils de Zékédée, qui fut «le disciple bien-. aimé», auteur du quatrième évangile, le doute west pas possible : comme la tradition, suivie en cela par les critiques, place la composition du quatrième évangile après tous les autres, vers la fin du ref siècle, Jacques est exclu sans conteste, à cause de la date certaine de son martyre $,en l’an 44, pendant la persécution d’Hérode Agrippa Ier. Il ne reste done plus qu’à identifier le dernier de nos évangélistes avec l’apôtre Jean, fils de Zébédée, De celui-ei se vérifie encore, d’après les Synoptiques et les Actes, le second trait qui distingue le dis: ciple bien-aimé : son amitié avec saint Pierre. Le même jour, aux débuts de son ministère

Page 1