Marc, VIII
faciles à retenir que des logia égrenés comme des perles sans fil, et le groupement des enseignements de Jésus sur un même point était aussi de nature à faire plus d'impression sur l’auditoire.
Mais cette transmission orale de l’enseignement du Seigneur suscite aussitôt dans nos esprits modernes un point d'interrogation.
Habitués que nous sommes à recevoir, couchées sur le papier, les pensées de nos devanciers, nous nous demandons s’il était possible aux apôtres de garder le souvenir exact de la doctrine du Christ et d’en assurer la conservation fidèle. Qui essaye de faire revivre les circonstances concrètes où se produisit le ministère du Christ, comme aussi la première prédication apostolique, n’hésitera pas à répondre : ou. [1 n’est pas question, cela va sans dire, d'attribuer aux apôtres la répétition mot pour mot des paroles du Seigneur,
‘un décalque « ne vartietur » : inutile de faire
intervenir le miracle là où 1l n’a pas de raison d’être. Mais il n’est pas exagéré de revendi-
quer pour les premiers disciples une fidélité
qui en sauvegardant le fond et le sens du message évangélique, en a respecté la forme dans ses traits les plus caractéristiques et a
. souvent transmis la parole du Christ toute
proche de sa teneur originelle, Jésus a prêché
le royaume de Dieu à un peuple où la tradition orale était le grand moyen d’instruction, où c'était « par le canal de Poreille que l’enseignement ou la révélation arrivait jusqu'au cœur, siège de l'intelligence 1 ». Une telle méthode suppose et développe l'exercice de la mémoire. Renan a rappelé ce fait d’expérience, précisément à propos de la conservation des sentences du Seigneur dans l’Église primitive : (On a remarqué mulle fois que la force de la mémoire est en raison inverse de l'habitude qu’on a d'écrire. Nous avons peine à nous figurer ce que la tradition orale pouvait retenir aux époques où l’on ne se reposait pas sur les notes qu’on avait prises ou sur les feuillets que l’on possédait. La mémoire d’un homme était alors comme un livre; elle savait rendre même des conversations auxquelles on n’avait point assisté ?. » L’un des critiques les plus pénétrants de l’école radicale d’Outre-Rhin, Johannes Weiss, s’inspirait des mêmes considérations pour justifier la valeur historique de l’enseignement de Jésus, tel que les évangiles nous Pont transmis. € Il ne faut pas oublier que les auditeurs
1. P. Dhorme, L'emploi métaphorique des noms de. parties du corps en hébreu et en akkadien, Paris, 1923, p. 89.