‹ L'Évangile et les ÉvangilesChapitre 27 sur 177 · Luc, XV · texte numérisé non relu

Luc, XV

Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie Que d’être jeté avec tes deux pieds dans la géhenme, Dans le feu qui ne s’éteint point.

Et si ton œil est pour toi une cause de chute, Arrache-le; Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume d ï (Dieu Que d’être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, Où leur ver ne meurt pointetoülefeunes’éteintpointi. »

Paroles à l’emporte-pièce qui, après dixneuf siècles, gardent encore vivante l’empreinte du Maître qui les a frappées. Les grandes vagues de la tradition les ont roulées, jetées de ci, de là, agglomérées ou dissociées : comme les galets de l'Océan, elles sont demeurées solides, résistantes, infrangibles. Par leurs outrances mêmes, elles piquent notre curiosité, provoquent nos méditations, secouent notre torpeur, nous font plus grands que nous-mêmes; car si certaines de ces paroles ne sont pas à prendre partout et toujours à la lettre, 1l y a des heures, où, l’honneur de Dieu et le bien commun étant saufs,

4. Marc, IX, 43-48, — J, Weiss fait cette remarque, . que tout professeur d'exégèse du Nouveau Testament confirmera : lorsqu'il s’agit de faire apprendre des textes du Nouveau Testament à des enfants et à des étudiants, ils retiennent beaucoup plus facilement les Discours évangéliques que l’Épître aux Romains ou aux Hébreux.

+ on peut et on doit les prendre ainsi, où il faut laisser les morts ensevelir les morts, ou à celui -qui vous a frappé sur la joue droite, on tend l'autre joue, et ces heures-là, ce sont les heures d’héroïsme et de sainteté.

Faute d’avoir compris ce caractère hyper- . bolique des sentences de Jésus, il arrive que des Occidentaux, — un Oriental s’y trompe moins, — sont déconcertés par la lecture de l'Évangile. Ils éprouvent de l'inquiétude et comme un vague malaise devant ces paroles qu projettent la lumière sur un seul aspect de la réalité comme s’il n’y en avait pas d'autre. Et quand ils comparent le Discours sur la montagne avec la morale chrétienne, telle que la propose l’Église d’aujourd’hui en des formules sages et mesurées, il leur semble qu'il y a non pas développement harmonieux, mais déviation ou plutôt rectification, que l'Église corrige plutôt qu’elle ne continue l'Évangile, Et pourtant, non, l’Église n’a pas à corriger l'Évangile; elle l'interprète, elle ne le change pas. Les hmitations nécessaires sont données par Jésus-Christ lui-même; elles sont dans l'Évangile, mais dans l'Évangile pris en son intégrité. À côté d’une formule qui semble absolue en un sens, vous en avez une autre absolue dans une direction opposée.

Mettez-les en regard; elles s’équilibrent, se

limitent, s'expliquent l’une l’autre. De leur rapprochement antithétique se dégagera leur véritable interprétation.

Veut-on des exemples de ces formules qui s’éclairent et se limitent les unes les autres? Jésus enjoint à ses disciples d’édifier le pro-

chain, afin de l’amener à glorifier le Père

céleste, « Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos œuvres bonnes

et rendent gloire à votre Père qui est dans les

cieux.» Et à ces mêmes disciples Jésus donne cet avertissement : « Prenez garde de ne pas pratiquer votre justice devant les hommes pour être regardés par eux; sinon, vous n'aurez pas de récompense auprès de votre Père qui est dans les cieux ?, » Autre chose est de pratiquer le bien, en vue de rendre et de faire rendre gloire à Dieu; autre chose, d’accomplir avec ostentation des œuvres extérieurement bonnes, pour s’attirer les regards et les louanges des hommes.

Qu’on prenne de même ce qui est dit des

persécutions et l’on verra comment la comparaison des diverses sentences résout les anti-

nomies apparentes. « Les disciples du Christ

n’ont pas à redouter ceux qui ne peuvent tuer.

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