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LA PRIORITÉ DE L'ÉVANGILE ORAL

L'Église est l'épouse du Christ; les évangiles sont ses joyaux, le trésor que garde son amour vigilant. L’épouse est plus précieuse que sa parure; les évangiles disparaîtraient que l’Église serait encore l’Église.

Car l'Église a existé avant les évangiles, l'esprit avant la lettre, la religion d’autorité avant la religion d’un livre, si haut qu’on le place. L'Église n’est pas fondée sur les évangiles écrits; ceux-ci sont nés, alors qu’elle rayonnait déjà de jeunesse et de vie. Elle n’a d'autre pierre angulaire que la personne

… même du Christ, d’autre fondement, après le

Maître divin, que saint Pierre et les Apôtres. Aux yeux des admirateurs de Luther, son principal titre de gloire est d’avoir ramené le

- fidèle à l’évangile primitif, en supprimant

tout intermédiaire : plus de prêtres, plus

d’évêques, plus de pape, plus de sacrements.

Pas n’est besoin d’un magistère ecclésiastique, d’une hiérarchie catholique. Prenez

l’évangile, lisez l’évangile; vous y trouverez

toute la religion du Christ.

En agissant ainsi, les protestants se flattent,

de restituer à la So chrétienne sa pureté

originelle, comme on fait d’un diamant qu'on

débarrasse de ses scories. Cette présomption n’est qu’une lamentable er1eur, une double erreur, psychologique et historique. , Erreur psychologique : car qu’y a-t1l de plus pitoyable que tout ce qu'il y a de plus haut dans le monde, de plus sacré, soït ainsi livré au caprice et à la fantaisie de chaque individu? Etait-ce vraiment la peine que Dieu descendît personnellement sur terre pour

nous révéler les mystères de sa vie intime, si

ces vérités devaient être ensuite livrées aux interminables disputes des hommes, sans une autorité qui pût trancher les différends, décider du sens authentique des paroles du Christ? MIE

Erreur historique : la religion du Christ n’a pas commencé par être une religion du hvre; elle a été, en son premier essor, une Église vivante, qui prêchait de vive voix la doctrine tombée non de la plume, mais des lèvres du Maître. Elle n’a pas commencé par être une

simple académie d’égaux, interprétant cha- -cun à sa guise un recueil de pensées écrites, comme auraient pu le faire des disciples de Platon et d'Anistote; elle a été, à ses toutes premières origines, une société hiérarchique, présidée par saint Pierre et le collège des Apôtres. Leur doctrine n’était pas une écriture, mais une parole, « la parole de Dieu 1 », « la parole dusalut? ». Eux-mêmes se présentaient comme « les serviteurs de la Parole 8 ». Et donc prétendre qu’à supprimer l’Église et sa hiérarchie pour ne garder que la Bible, on retrouve la quintessence primitive de la religion chrétienne, c’est contredire l’histoire la plus certaine.

Quand on y réfléchit, cette économe du plan divin se révèle admirable, et l’on comprend pourquoi Jésus-Christ lui-même n’a pas écrit, pourquoi les évangiles n’ont pas été composés au lendemain de sa mort, mais lorsque l'Église était sortie de son berceau et qu'elle avait porté son ardeur conquérante à travers la Judée, la Samarie, l’Asie-Mineure, la Grèce, jusqu’au cœur même de l'Empire, jusqu’à la Rome des Césars.

Ce que Jésus-Christ venait établir en ce

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