Horae Synopticae, 2e édit., Oxford, 1909, p
prohibitions : ne pas thésauriser, ne pas juger, ne pas livrer aux chiens les choses saintes (Matth., VI, 19- VII, 6); trois recommandatons de ne pas être anxieux (Matth., VI, 25, 31, 34); trois commandements sous forme positive : demander par la prière, entrer par la porte étroite, se défier des faux prophètes (Matth., VII, 7-23).
Quiconque ht l’ouvrage de saint Matthieu, avec les yeux ouverts sur cetaspect traditionnel et sémitisant, ne peut manquer d’y reconnaître un évangile de facture palestinienne, tenant par de multiples adhérences au monde juif d’avant la grande commotion de lan 70.
Ce conservatisme, ce goût du terroir, ce respect du passé s’alhent en Matthieu à un esprit de progrès, de rénovation religieuse, et il le faut bien, puisque l’évangile, en continuant Palin Testament, le dépasse et achève.
Le danger pour les chrétiens issus du judaïsme était, dans leur vénération pour le passé, de ne pas distinguer suffisamment le caduc et le permanent, le provisoire et le définitif, en particuber, de ne pas séparer assez nettement la révélation authentique de l'Ancien Testament et le magistère qui, au
temps du Christ, s’était attribué la mission de l'expliquer, scribes et pharisiens assis dans la chaire de Moïse. Saint Matthieu connaît l’ascendant que le pharisaïsme exerce sur les Juifs, tout particuhèrement dans les cercles fervents. Les pharisiens ont pour eux le prestige de la science, telle qu’on la concevait en ce temps-là; ils connaissent toutes les subtilités qu'ont imaginées les scribes des âges précédents, dans l’interprétation de la Loi; ils sont la tradition vivante, les trésors de la sagesse. Le menu peuple leur donne du « Rabbi », du « Docteur », et s’inchine devant eux avec autant de révérence qu'aujourd'hui les petites gens devant un médecin célèbre.
Ils ont aussi le prestige de la piété; 1ls jeûnent deux fois par semaine, avec des airs funèbres, font de retentissantes aumônes, portent de larges phylactères où s’étalent les textes de la Loi : de quoi donner aux âmes simples la nostalgie de la Synagogue.
Saint Matthieu prémunit les néophytes contre cette attraction avec une insistance que mi saint Marc écrivant pour les chrétiens de Rome ni saint Luc s’adressant aux Grecs ne porteront au même degré. « À chaque pas, a-t-on pu dire, nous sentons que Matthieu écrit pour des gens aux yeux desquels le Judaïsme pharisaïque reste encore une force
très réelle et puissantet. » L’évangéliste a recueilli les paroles de Jésus qui marquaient la continuité du Vieux Testament et de la Loi nouvelle, qui le reliaient, lui et sa doctrine, aux Prophètes et à Moïse. Mais cette continuité n’est pas permanence des superfétations rabbiniques et des traditions pharisaïques, doctrine et commandements d’origine purement humaine. Toutes ces additions et ces subtilités de casuistes juifs sont abrogées. Jésus personnellement . n’en tient pas compte : il ne s’astreint pas aux jeûnes des Pharisiens et il en libère ses disciples ?; il n’observe pas les prescriptions minutieuses dont ils ont entouré la garde du sabbat #; loin de fuir les publicains et les pécheurs, il fraye avec eux en vue de leur salut 4; il déchire avec indignation le réseau d’observances, inventé par les scribes, avec leurs distinctions raffinées du pur et de limpur 5.
À la question que lui posent les disciples de Jean : « Pourquoi, alors que nous et les Pha-
1. B. H. Streeter, Oxford Studies in the Synoptic Problem, Oxford, 1911, p. 220.