CHAPITRE GXVI
l’évangéliste, mentionnant Ponction des pieds de Notre -Seigneur, parfumés par la sœur de Lazare, parlait au futur et non au passé, de la dernière onction qui eut lieu avant la Pâque, -et non de celle qui était antérieure à la mort de Lazare.
D’autre part, quelques docteurs ont pensé que saint Luc ', décrivant une onction chez Simon le pharisien, et saint Jean 1 2 une onction chez Simon le lépreux, ont eu en vue une seule et même onction, chez un même hôte.
]■. 7. — Retournons en Judée : Eamus in Judœam. — C’est-à-dire allons de Bélhabara à Béthanie pour ressusciter Lazare. Le Christ prépare ses apôtres timides, encore peu fermes dans la foi; car ils craignaient de retourner en Judée, de peur des Juifs. Saint Chrysostome fait observer que c’est dans cette seule occasion que le Seigneur avertit ses apôtres du lieu où ils devaient aller. Us étaient dans une grande terreur, et ils auraient été trop troublés s’ils n’eussent été avertis par le divin Maître3.
f, 16. — Thomas surmommé Didyme : Thomas qui dicitur Didymus. — Thomas et Didyme sont un même nom : en hébreu, Thom ; en grec, A touao;, signifient jumeau s.
■jt. 17. — PfEPUIS QUATRE JOURS DANS LE SÉ- PULCRE : Quatuor dies jam in monumento . — Lazare y était depuis quatre jours. Le messager fut envoyé à Jésus, dit saint Chrysostome, le jour de la mort de Lazare; Jésus resta les deux jours suivants à Béthabara, et enfin alla le quatrième à Béthanie. Lazare avait donc passé quatre jours complets dans le tombeau ; et l’on était au cinquième depuis la sépulture, afin qu’il fût bien évident pour tout le monde qu’il n’était pas seulement mort, mais corrompu, que le miracle fût plus éclatant , et que les scribes ne pussent en aucune manière l’obscurcir ou le critiquer 5.
On trouve dans le docteur Sepp une relation fort intéressante du mode de sépulture des Juifs6. Trois heures après la mort on portait le
1 Lamy, Harmonie , II, xxxvi. — 2 ld., IV, xxxvi. —
3 Cornélius a Lapide. — 4 Lamy. — 5 Cornélius a Lapide.
— 6 Sepp, II, 213.
corps hors de la maison pour être enterré; on enlevait tous les sièges et les lits, car pendant sept jours on s’asseyait par terre; puis venaient la famille, les voisins, les amis...
Après qu’on avait descendu le cercueil dons le tombeau, onroulaitdessus unepierre...
Le temps des lamentations durait trente jours ; pendant tout ce temps on ne pouvait ni se raser, ni se peigner les cheveux ou la barbe, ni se laver les moins ou la tête, ni changer de vêtement. Les hommes déchiraient leurs habits, qui ne pouvaient plus être recousus pendant les trente jours '.
y. 18, 19. — Or Béthanie était... : Eral aulem Bethania. — L’évangéliste emploie le verbe était au passé, parce que cette bourgade avait été détruite dons une émeute vingt ans à peu près avant l’époque où saint Jean écrivait son Évangile, et avant la ruine totale de la Judée. En disant que Béthanie n’était éloignée que de quinze stades 2 (trois kilomètres) de Jérusalem , saint Jean montre la proximité de la bourgade et de la ville sainte, partant, combien dut éclater le miracle de la résurrection de Lazare.
Pour aller de Jérusalem à Béthanie, on sort par la porte de Saint-Étienne, on descend dans la vallée de Josaphat, et l’on trouve sous le jardin des Olives un chemin qui s’élève insensiblement jusqu’à la cime la moins haute du
< Sepp, II, 212.
2 Josèphe nous apprend que le chemin du sabbat est de cinq stades; d'un autre côté, les docteurs juifs lui donnent deux mille coudées: donc cinq stades égalent deux mille coudées, et un stade vaut quatre cents coudées. (Paucton, p. 160.) Or nous avons vu, ch. xxxm, que la coudée d’Égypte, servant à mesurer les grandes distances, est de cinq cent vingt-quatre ou cinq cent vingt- cinq millimètres. D’où le stade égale deux cent neuf mètres soixante centimètres.
D’Anville, d’après M. deSaulcy (II, 56), évalue le stade à cent quarante mètres; Andri veau-Goujon , dans sa bonne carte de la Palestine, le porte à cent quatre-vingt-dix-sept mètres soixante centimètres.
L’erreur de d’Anville tient à ce qu’il compte sept stades et demi au lieu de cinq pour la journée du sabbat.
Tombeau
près de Jérusalem.
MORT DE LyVZARE
mont des Oliviers. Après avoir monté encore | un quart d'heure, on voit à main droite, près du chemin, un petit champ au milieu duquel était le figuier maudit. Après un autre quart d’heure de chemin, on passe au-dessous de Bethphagé ; et après le’ même espace de temps on se trouve au point où commençait probablement autrefois le bourg de Béthanie. On y voit la maison de Simon le lépreux, et à trois cents pas de là celle de Lazare ’.
Le grand nombre de personnes qui étaient venues de Jérusalem à Béthanie montre que les deux sœurs occupaient une position sociale élevée. La résurrection n’en eut que plus d’éclat 2. «
y. 20. — Mais Marie était assise : Maria autem clomi sedebat. — Suivant sa coutume, Marie cherchait dans le silence et la prière une consolation à sa douleur. Le messager envoyé par le Christ vint à Marthe et non pas à Marie ; car Marthe était l’aînée, la maîtresse de la maison.
i Morison , p. 442. — 2 Lamy.
21, 22, 27. — On se demande pourquoi Marthe ne conserve pas le corps de Lazare, sans sépulture, mais entouré de parfums, jusqu’à l’arrivée du Christ, pour l’engager plus facilement à ressusciter son frère. C’est parce qu’il était d’usage d’ensevelir les Juifs dès le lendemain de leur mort ; que Marthe ne savait pas si le Christ ressusciterait ou non Lazare; que conserver un mort sans sépulture dans une maison aurait été insolite, et l’aurait exposée à des calomnies; enfin parce que l’ensevelissement ne pouvait empêcher d’obtenir de Jésus le miracle ’.
Le sépulcre de Lazare , que l’on voit encore , est assez semblable à celui de Jésus-Christ. C’est une petite grotte carrée, taillée dans le roc, ayant environ deux mètres trente dans œuvre, et autant de hauteur. Le lieu où fut étendu le corps de Lazare est creusé d’environ cinquante centimètres de profondeur, dans toute la longueur de la grotte, sur une largeur d’environ soixante-cinq centimètres 2.
1 Cornel. a Lapide Comment, in Joan. xi ,22. — 2 Morison, p. 444. — Voy. chap. cxvm.