DES GENTILS DEMANDENT A VOIR JÉSUS
à qui s’adressaient les sacrifices de Jérusalem1 Il.
Jésus-Christ enseignait dans le parvis destiné aux Juifs, et de là ne pouvait être vu des gentils, qui n’avaient pas le droit d’y entrer, et qui demandaient à voir le Sauveur. La renommée de Jésus avait déjà franchi les limites de la Judée, et s’était répandue jusque dans la Phénicie, la Syrie, les provinces arabes2, d’où on lui apportait des malades. Eusèbe deCésarée, dans son Histoire ecclésiastique (an 315), rattache ce désir de voir Jésus à l’histoire d’un roi d’Arménie nommé Abgar; il raconte que ce puissant roi envoya à Jésus des députés qui le prièrent de venir le guérir. Le Christ , ne pouvant y aller lui -même, lui promit de lui envoyer un disciple qui lui rendrait la santé. En effet, saint Thomas alla à Édesse, où régnait Abgar, et il y prêcha l’Évangile. Eusèbe a vu les archives de la ville écrites en syriaque qui en font mention, et relatent la lettre d’Abgar et la réponse que Jésus dicta à saint Thomas.
Le passage d’ Eusèbe fut cité avec éloge par saint Jérôme, et la chose acceptée comme authentique pendant plus de mille ans. La critique du xvii0 siècle rejeta ceci comme légendaire , sous prétexte qu’on n’en trouvait pas de trace ailleurs.
Mais voici une preuve de la véracité d’Eusèbe : on a retrouvé le texte syriaque de l’histoire d’Arménie, écrite par Moïse de Corène3. Wiston l’a publié à Londres en 1736, avec une traduction latine reproduite en 1831 à Venise, en français, par Levaillant de Florval.
L’Histoire d’Eusèbe et celle de Moïse de Corène s’écrivant en même temps , et les deux auteurs n’ayant rien de commun, ni dans leur but ni dans leur objet, le contrôle de l’un par l’autre est plein d’intérêt. Le nom syriaque du prince était Avagaïr, que les Grecs et les Latins, dit Moïse de Corène, ont transformé en celui d'Agbar ou Abgar, pour éviter la difficulté de la prononciation. Célèbre dans tout l’Orient par sa clémence, sa modération, sa justice et les longues prospérités de son règne, Avagaïr, fils d 'Arsamès, roi d’Arménie, monta sur le trône à l’époque où le Sauveur naissait à Bethléhem.
1 Lamy. — 2 Mallh., iv, 24. — Marc, ni, 8. — 370-450.
Son armée, jointe à celle d’Arétas, infligea au meurtrier de saint Jean -Baptiste la sanglante défaite de Machéronte.
M. l’abbé Darras, dont nous avons tiré ces renseignements, donne sur ce roi d’autres détails intéressants, qui sortent de notre sujet, et qu’on peut lire dans son Histoire de Jésus- Christ 1 . Abgar avait envoyé des députés au proconsul romain auprès duquel on lui avait nui; et c’est en revenant de voir le proconsul que les trois députés passèrent par Jérusalem , où ils furent témoins des miracles que Jésus -Christ opérait. Avanus, le cursor du roi, apporta à son maître la lettre de Jésus-Christ avec l’image du Sauveur qui, d’après une croyance peu fondée, existerait encore aujourd’hui à Édesse.