CHAPITRE CXXXII
rieur, voste massif de pierres brutes liant, de quinze coudées (environ trente mètres)
Le temple se composait de constructions divisées en deux cours. La première à l’est, environnée de portiques, était ouverte au peuple, qui y trouvait un abri contre les intempéries de la saison. La seconde cour, à l’ouest, séparée de la première par des bâtiments , était accessible aux prêtres seuls, et renfermait le sanctuaire, et, en avant, l’autel des holocaustes, dont nous venons de parler, la mer d’airain, etc. Les sacrifices faits dans cette partie pouvaient être vus par le peuple, quoiqu’il n’y pût pas entrer.
Le sanctuaire était lui-même partagé en deux parties, l’une, appelée en hébreu héchal , et en latin sanction, où les prêtres seuls pouvaient entrer, et remplissaient trois fonctions tous les jours. Le matin et le soir ils y brûlaient des encens en l’honneur de Dieu ; ils allumaient les sept flambeaux dans le candélabre; enfin, tous les sabbats, ils plaçaient sur la table des propositions douze pains nouveaux, et enlevaient les anciens.
La seconde partie du temple, en hébreu debir, et en latin oraculum ou sanction sanctorum, était accessible au grand prêtre seul, unefois par an, à la fête de l’Expiation. Ces deux parties du temple étaient réservées aux prêtres, de la tribu de Lévi. Le Christ, de la tribu de Juda, ne pouvait y entrer, et devait s’arrêter à la première cour.
Le temple avait trois portes, au nord et au sud, et une seule à l’orient, par laquelle ceux qui étaient purs pouvaient entrer dans la première cour.
La façade du sanctuaire, de cent coudées de largeur sur cent vingt de hauteur, était construite en grosses pierres dures et blanches de vingtcinq coudées de longueur, huit de hauteur et douze de largeur : les deux extrémités plus basses que le milieu, qui pouvait s’apercevoir à plusieurs stades de distance. La porte en occupait presque toute l’étendue, décorée de tapisseries de couleurs variées, embellies de fleurs de pourpre entremêlées de colonnes brodées, dont les chapiteaux étaient réunis par des pampres de vigne d’or avec leurs grappes et leurs
l Vogüé, Temple de Jérusalem , p. 56.
raisins si merveilleusement travaillés, que l’art ne le cédait pas à la matière.
La surface de la première cour était de quatre mille neuf cents mètres ; celle de la cour des prêtres, de cinq mille huit cents mètres; celle du sanctuaire , de mille sept cent cinquante mètres, et celle des autres bâtiments qui l’entouraient, de neuf mille six cent quarante mètres.
« Le toit du temple bâti par Hérode, comme aujourd’hui la mosquée d’Omar, était couvert de pointes pour empêcher les corneilles de venir s’y poser et de le salir. En communication avec le toit, et les faces du temple ornées de lambris en bois de cèdre, de nombreux tuyaux conduisaient l’eau des toits dans des citernes creusées sous le parvis. Ainsi, toutes les conditions exigées dans la construction des paratonnerres étaient remplies; aussi, malgré son élévation et son isolement, il n’a jamais été fait mention que le temple ait été frappé par la foudre '. »
Les trésors qu’on trouva dans le temple et dans les maisons de Jérusalem, après sa prise par Titus, furent si considérables, que la valeur de l’or diminua de moitié 2.
j-, 5. — Il n’y restera pas pierre sur pierre : Non relinquetur lapis super lapident. — Cette expression proverbiale, qu’il ne resterait pas pierre sur pierre, paraîtrait hyperbolique si la prédiction ne s’était pas miraculeusement accomplie. Le temple, en effet, fut tellement détruit, que toutes les pierres, malgré leur grandeur, ont disparu, comme si elles avaient été réduites en poussière. Josèphe, ainsi que nous l’avons vu , déclare que la ville et le temple ont été détruits de fond en comble. Les Juifs disent que Turnus Rufus, qu’ils nomment souvent avec horreur, y fit passer la charrue. Cet homme paraît être le même que Terentius Rufus, que Titus laissa à Jérusalem comme commandant des troupes3. Ce qui est remarquable, c’est que, malgré les ordres formels de Titus, qui ne voulait pas incendier le temple, les soldats 4 , ne respectant pas ses ordres, et comme poussés par une force surnaturelle, y mirent le feu. Sous Julien l’Apostat, les Juifs eux-mêmes arrachèrent
i Mislin, II, 413. — 2 Id., II, 3S9.
;î Joseph. De Dell. VJ, vu. — 4 Id., VIII, ix.
RUINE DU TEMPLE DE JERUSALEM PREDITE
ce qui restait des ruines dans les anciennes fondations, pour en jeter de nouvelles. Dieu se servait d’eux pour accomplir la prophétie de Jésus- Christ. Mais ils ne purent y parvenir, malgré les trésors que l’empereur mettait à leur disposition.
« Lorsque Alypias s’efforçait de réédiller le temple, en obéissant aux ordres de Julien, d’effrayants globes de feu , s’échappant des fondements par des secousses fréquentes, rendirent la place inabordable aux ouvriers, qui souvent furent brûlés; et les travaux ne purent se conti-
nuer. » Ces paroles sont d’Ammien Marcellin, auteur païen, qui n’aurait pas fait un mensonge pour être favorable aux chrétiens. Ce miracle es! rappelé par saint Ghrysostome , saint Ambroise , saint Grégoire de Nazianze. Autrefois Aggée, parlant de la construction du temple, avait employé cette expression : Avant que la pierre fût posée sur la pierre clans le temple du Seigneur. Jésus- Christ se sert de la même locution pour parler de sa destruction : Il ne restera pas pierre sur pierre .
Porte Dorée, vue intérieure restaurée.
y. 11. — Plusieurs viendront en mon nom : Multi renient in nomine meo. — Il y eut bientôt beaucoup de faux prophètes, entre autres Theudas, sous Euspius Fadus ', et cet Égyptien , dont il est fait mention dans les Actes des apôtres2. Cent ans après la mort de Jésus - Christ, Ben -Costa, qui se faisait appeler Ben- Cocaba, c’est-à-dire fils de l’étoile, disait qu’il était l’étoile qui devait sortir de Jacob. Le Seigneur prédit donc qu’il viendrait des hommes qui oseraient se dire le Christ, et annoncer la délivrance du peuple 3.
Josèphe. XX, u. — - Acl., xxi, 38. — 3 Lamy.
jr. 14. — Et IL Y AURA DES TREMBLEMENTS DE
terre... : Et erunt terrœmotus . . . — L’histoire rapporte que dans ce temps il y eut en divers lieux des tremblements de terre. Quant aux pestes et aux famines, que les Grecs nomment à peu près de même, parce que souvent, en effet, elles sont réunies, on peut voir dans les Actes 1 qu’une grande famine eut lieu sous l’empereur Claude, après avoir été prédite par Agabus. On vit dans le ciel une lance menaçant la ville; des flammes parurent dans le temple , dont les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes ; des chars et des pha-
< Acl , xi , 28.