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RECONSTRUCTION DU TEMPLE

PAR H ÉRODE

Le temple ayant subi des avaries et des ruines, Ilérode voulut le réparer et le reconstruire par parties, pour s’en faire un mérite auprès de sa nation; il employa mille chars au transport des pierres , réunit de toutes parts des ouvriers des plus habiles au nombre de dix mille, sans compter mille prêtres connaissant l’art de travailler le bois ou la pierre. Il mit huit ans à construire la partie principale de l’édifice, dont les parties accessoires furent continuées par ses successeurs *. Ilérode fit de plus construire un souterrain, conduisant de la tour Antonia à la porte orientale du temple, qu’il fortifia d’une tour. Ce passage avait pour objet de permettre au roi d’arriver en secret à la tour, en se mettant à couvert des révoltes populaires 2.

Ces données historiques et l’étude approfondie et quelquefois contradictoire de MM. de Saulcy, de Yogüé, Mislin et d’autres sur les ruines du temple , nous mettent en mesure de présenter approximativement l’état de cet admirable édifice au temps de Notre-Seigneur.

Il ne peut y avoir de doute sur l’enceinte extérieure, bâtie par Salomon. On voit encore les assises salomoniennes, la base du grand mur au sud, la roche taillée horizontalement pour la recevoir, et les additions d’Hérode, notamment à la porte Dorée, à l’est, et aux portes double et triple de l’enceinte méridionale.

Ilérode ne refit que les fondations du naos , et ne toucha pas aux bases des grands murs de soutènement, dont quelques pierres avaient jusqu’à vingt-cinq coudées de longueur.

On est d’accord sur les portiques qui surmontaient ces murs. Ils entouraient le parvis qui occupait tout le mont Moriah. Ceux du nord, de l’est et de l’ouest étaient doubles; celui

i Voir chap. lu. — - Joseph. Antiqu. jud. VIII, n.

RUINE DU TEMPLE DE JÉRUSALEM PRÉDITE

du midi , au-dessus d’une profonde vallée , était triple.

Le mur à l’est, de quatre cent soixante - dix mètres de long, était percé d’une porte double en face du temple , et qu’on appelait la porte Dorée. La tradition rapporte que c’est là que le boiteux a été guéri par Notre -Seigneur.

Au nord , le portique , de trois cent quinze mètres de long, était continué par une forteresse, bâtie dans l’angle nord-ouest par les rois asmonéens , qui exerçaient en même temps le sacerdoce et le pouvoir souverain. Elle s’appelait autrefois Baris , et conservait le dépôt de la robe du grand prêtre, que l’on y prenait pour les fonctions sacrées. Elle fut encore fortifiée par Hérode, qui lui donna le nom d’Antonia, en mémoire de son ami Antoine.

A l’ouest, la façade du mur, de quatre cent soixante-quinze mètres de long, était percée de quatre portes, dont l’une s’ouvrait sur un pont reliant le portique du sud au mont Sion et au palais du roi, et dont on voit encore les arrachements *. Deux autres portes conduisaient aux faubourgs , et la dernière à la ville. En sortant par cette porte, on descendait par des degrés au fond de la vallée, et l’on remontait ensuite pour arriver à la ville, qui se présentait en amphithéâtre en face du temple. C’est le long de ce mur que se trouve le lieu où les Juifs viennent pleurer. On y remarque un linteau carré d’une porte évidemment percée dans l’enceinte salomonienne. Ce linteau énorme, dont on ne voit pas la porte , quoiqu’on soit certain de son existence, montre bien que la construction date de Salomon. On lit, en effet, au Ie1' livre des Rois2, que toutes les portes du palais de Salomon étaient carrées : ces trois portiques couvraient ensemble une surface de dix- sept mille cinq cents mètres.

Le portique du sud, ou la basilique, était le plus grand de tous. Il s’étendait dans tout l’espace, depuis le portique de l’est jusqu’à celui de l’ouest. Sa longueur mesurait deux cent soixantequinze mètres. C’était un des plus beaux ouvrages dus à la main des hommes. La vallée qu’on avait à ses pieds était si profonde, qu’on ne pouvait la regarder sans avoir le vertige. Trois

1 Saulcy,- Mer Morte, II, 132. — 2 vu, 3.

rangs de quarante et une colonnes isolées, et un rang engagé dans le mur extérieur portaient les plafonds des portiques, en formant trois galeries d’ensemble quarante - cinq pieds de large. Les colonnes , d’ordre corinthien , avaient un mètre soixante -dix de diamètre; leur fût, de neuf mètres de hauteur, était décoré d’une double spirale. Les lambris de ces galeries étaient couverts de figures magnifiquement travaillées. Le plafond de la galerie du milieu s’élevait plus haut que les deux autres. L’abbé Michon a vu les colonnes du temple par tronçons dans les murs de reconstruction arabe du rempart oriental; quelques fûts sont en marbre d’une grande beauté ’. Le portique du sud couvrait une surface de huit mille huit cents mètres.

Une partie du portique, à l’est, en face du temple, s’appelait le portique de Salomon. Les anciens rois l’avaient décoré, et y suspendaient les dépouilles des barbares. Hérode y ajouta les trophées enlevés aux Arabes. C’est là que Notre- Seigneur se promenait, après être entré par la porte Dorée, du côté du Cédron. Il y passait souvent, soit qu’il vînt de Béthanie, soit qu’il retournât prier au jardin des Oliviers.

Tels étaient les portiques qui environnaient le temple, dont ils étaient séparés par un vaste espace, ou parvis, d’environ sept hectares, où les gentils pouvaient être admis. Une clôture ou barrière intérieure empêchait les profanes de s’approcher du temple. Elle comprenait une surface de quatre hectares et demi.

L’emplacement du temple est naturellement indiqué par la roche saillante, élevée sur la terrasse sur laquelle est construite la [mosquée d’Omar. Cette terrasse est de cinq mètres audessus du parvis environné de portiques. Elle constituait l’enceinte interdite aux gentils. La roche saillante, ou pierre sacrée, est au centre de la mosquée, et devait se trouver dans l’axe du temple, ou sous l’autel des holocaustes, ou , comme quelques-uns le pensent, dans le saint des saints. Celle roche occupe tout le centre de la mosquée d’Omar. C’est un bloc de calcaire naturel , dont la hauteur varie de un à deux mètres au-dessus du pavé de la mosquée. M. de Vogüé pense qu’elle faisait partie de l’autel cxlé-

i Michon , II , 1 9.3.

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