CHAPITRE CX L V
viers, fécond en huile; ce nom signifie pressoir à huile, et vient de geth, pressoir, et d escémen, huile La grotte de l’Agonie est presque la seule que le pieux vandalisme qui a défiguré tous les autres sanc tuaires ait respectée, età quiilaitlaissé sa physionomie naturellei 2. Quaresmius l’appelle 'magnum et illustre anirum ; c’est, en effet, un antre taillé très -grossièrement dans le rocher calcaire, mais singulièrement majestueux. La roche inégale qui en forme le plafond porte sur d’énormes piliers naturels, ménagés lors du travail primitif de cette grande excavation. C’était au temps de Jésus -Christ une ancienne citerne abandonnée. Le trou rond pratiqué en haut, comme celui de toutes les citernes antiques, qui y fait pénétrer un peu de lumière, et la profondeur au-dessous du sol, disent nettement la destination d’un tel travail. On descend dans la grotte par neuf degrés. Sa plus grande longueur est de 17 mètres, et sa plus grande largeur de 1 1 mètres 3.
y. 4. — Il y avait la un jardin : Ubi erat hortus. — Huit gros oliviers désignent encore aujourd’hui la place du jardin où s’arrêta Notre- Seigneur au bas de la montagne ’. Ces oliviers sont probablement les mêmes qui existaient au temps de Jésus-Christ. Deux ont8 mètres détour. On sait comme l’olivier vit longtemps et est lent à croître et à prendre son développement3. Les oliviers près de Gethsemani sont d’une extrême décrépitude. Robinson croit qu’ils peuvent être les rejetons de ceux à l’ombre desquels Notre- Seigneur se reposa souvent. On ne doit pas s’étonner d’ailleurs de la longévité de certains arbres. Un bûcheron a trouvé des vases et des monnaies romaines dans un vieux chêne des Ardennes, ce qui lui donne 1500 à 1600 ans. Le plus grand olivier cité en Italie par Picconi esté Pescia. Il a 1 mètre 70 cent, de circonférence, et doit avoir 700 ans d’existence. On a trouvé en Angleterre des ifs dans beaucoup de cimetières ; ils ont un grand diamètre et de 1000 à 3000 ans. La tradition attribue à un figuier ( ficus in-
i Cornélius a Lapide. — - Vogüé, Églises de Terre-
Sainte, p. 313. — 3 Michon , Voyage, II, 42. — L’amiral
Paris, Jérusalem et la Terre-Sainte, collection de chro-
molithographies, 1853. — 4 Sepp , II, 383. — 5 Mislin, II, 190.
dica ), près de Nerbadda dans l’Inde, l’âge de 2500 ans L
On ne doit rien couper de ces oliviers , sous peine d’excommunication. L’huile sert à entretenir des lampes dans le saint sépulcre, et quand elle y a un peu brûlé, on la distribue comme des reliques.
f. 12. — Etant tombé en agonie : Faclus in agonia. — 11 tomba en agonie (lv ày&ma), en combat, étant soumis à une douleur plus poignante. Chez Hesychius, le mot àywv(« exprime surtout l’effort d’un homme combattant dangereusement dans la palestre 2.
y. 13. — Mon Père : Abba Pater. — Les Juifs hellénistes semblent avoir conservé le mot syriaque abba, dont les enfants se servent naturellement en s’adressant à leur père. Les Juifs, dans le Talmud, au traité Berahhot, ch. xi, remarquent que ni les esclaves ni les servantes ne pouvaient se servir du mot abba 3.
jr. 14. — * 11 y avait en Jésus -Christ deux volontés, la volonté divine et la volonté humaine*.
y. 15. — Une sueur comme des gouttes de sang : Sudor, sicul guttæ sanguinis. — Saint Jérôme, au livre II contre les Pélagiens, rapporte que plusieurs osaient rejet er entièrement la sueur de sang et l’assistance de l’ange , parce que les ariens abusaient de ce passage pour nier la divinité du Christ. Comme s’il n’était pas possible qu’une si grande tristesse affligeât la nature humaine, bien qu’elle fût personnellement unie à la Divinité 4 !
C’est réellement, sans image et sans hyperbole, que Jésus -Christ a éprouvé une sueur de sang. On ne peut lui appliquer ce dicton : Suer du sang, qui s’applique à un homme dans une grande angoisse ou une grande affliction. Saint Athanase prononce l’anathème contre ceux qui nient que le Christ a réellement sué du sang. Aristote, d’ailleurs, dit que les hommes, dans une grande douleur, peuvent naturellement suer du sang. Il se forme en gouttelettes en coulant par les pores vers les extrémités du corps 3.
i Mislin, II, 555. — - Lamy. — 3 Id. — ^ kl. — r> Cornélius a Lapide.
AGONIE DE JESUS DANS LE JARDIN DES OLIVIERS
Parmi de très -nombreux exemples cités par M. Lefèvre R nous en retiendrons un qu’il trouve dans Florentinus Lendanus : « Dans une ville prise d’assaut, une religieuse... en éprouva une
i Lefèvre, Élude médicale sur les stigmates; Louvain, 1870.
si grande frayeur qu’elle mourut d’une sueur de sang en présence des soldats. »
Une sueur de sang n’a donc rien d’imaginaire; mais si elle peut s’expliquer naturellement dans les circonstances spéciales indiquées par M. Le- | fèvre, elle n’en est pas moins miraculeuse en j Jésus, ces circonstances ne se présentant pas ! dans l’agonie du Christ.