CHAPITRE CXLVII
qu’on lit dans les trois autres : Avant que le coq ait chanté , c’est-à-dire avant le chant du coq, le gallicinium du matin. C’est cependant exprimer de deux façons différentes la même chose , puisque le coq se fait entendre une fois avant l’heure matinale appelée gallicinium ,
le chant du coq, où il chante d’une manière plus éclatante h
La question du chant du coq a été traitée avec toute l’étendue qu’elle comporte par Matthieu Poli 2.
i Menochius. — Ferretti, 11, 173. — 2 Synopsis crilica.
NOTES ICONOGRAPHIQUES
Cette particularité humiliante de la vie du prince des apôtres se trouve représentée sur un certain nombre de sarcophages de l’Italie. Deux exemples seulement nous sont connus dans la Gaule : sur un tombeau de Marseille, et au musée lapidaire de Lyon.
On remarque ordinairement que Nolre-Seigneur n’a pas la main disposée comme pour la bénédiction ou la simple allocution, mais qu’il étend vers saint Pierre sa main renversée, dont trois doigts se détachent, comme pour exprimer les trois négations.
Saint Pierre porte l’index de la main droite à ses lèvres, geste négatif, qui semble protester qu’aucune parole contraire à la fidélité qu’il doit à son Maître ne sortira plus de sa bouche 1 .
Cette description s’applique parfaitement au grand sarcophage que nous avons dessiné au bas de la galerie de l’escalier au Latran 2.
Le sarcophage de Junius Bassus , an 359, un des monuments les plus remarquables de ce musée, présente sur les deux faces latérales, avec un relief beaucoup moins prononcé, d’une part la Chananéenne, de l’autre le Reniement de saint Pierre3. (Fig. 2 de la pl. LXXXI.J
Notre-Seigneur imberbe, saint Pierre portant la main à sa bouche, et, entre eux deux, le coq sur une colonne, composent toute cette scène. Au fond une riche architecture.
La figure l est tirée du sarcophage de Sainte- Maric-Majeure3, dont elle n’occupe qu’une place restreinte à côté de la Résurrection de Lazare.
I Martigny. — 2 PI. LXXXI, fig. 3.
;i Voir la note p. 239.
M. l’abbé Martigny reproduit dans ses planches une fresque du cimetière de Cyriaque découverte en 1863. Ici saint Pierre ne porte pas son doigta ses lèvres; mais il recule d’effroi à la vue du visage de son Maître empreint d’une expression d’énergique sévérité, et de ces trois doigts élevés dans l’intention de peindre à ses yeux sa triple infidélité.
VH SIÈCLE
Dans la série des mosaïques de Saint -Apollinaire à Ravenne , nous voyons deux sujets consécutifs représentant le reniement de saint Pierre1. Dans le premier, Notre-Seigneur prédit sa défaillance au prince des apôtres. Il est, comme dans tous ces tableaux, vêtu d’une robe, violette et accompagné d’un apôtre. Saint Pierre, à qui il parle, tunique et manteau blancs avec bandes de pourpre, cheveux blancs. Au milieu un pilastre sur lequel est un coq destiné à préciser le fait.
Le second tableau, fig. 2, se compose seulement de deux figures placées dans une cour audevant de la porte fermée par un rideau, comme on voit encore partout en Italie et dans le midi de la France. Un vieillard en cheveux blancs, vêtu comme saint Pierre dans le tableau précédent, recule et fait un geste négatif. L’autre personnage est une femme richement parée, portant un bandeau sur la tête, collier, manteau brun et robe rouge. Malgré ce luxe, dû à la fan-
i Pl. LXXXII , fig. I et 2.
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LE RENIEMENT DE SAINT PIERRE
laisie de l’artiste, il faut bien y reconnaître la portière parlant avec animation à saint Pierre.
VII® SIÈCLE
A la porte Sainte- Sabine Notre -Seigneur parle à saint Pierre, qui ouvre les bras en signe d’étonnement et de négation, au moment où son Maître lui prédit qu’il le reniera. Un coq sur une colonne complète la scène , représentée ici dans toute sa simplicité.
IX» SIÈCLE
La couverture en ivoire - d’un manuscrit de la Bibliothèque nationale i * 3 , au milieu de deux au- Ires sujets évangéliques, reproduit le Reniement de saint Pierre. La servante lui parle. On aperçoit la tête du coq, dont le corps est caché par un rideau. A côté, le grand prêtre assis interroge
i PI. LXXXI, fig. 4. — 2 pi. LXXXII, fig. 4.
3 Ce manuscrit, conservé sous le numéro 9388, est d’une belle calligraphie, accompagnée de quelques lettres peintes très-grossièrement, et ne contenant aucun sujet évangé-
lique. 11 appartient au xc siècle. L’ivoire qui le recouvre, évidemment œuvre grecque, rappelle, par sa beauté, le manuscrit numéro 9393, que M. Labarte attribue au vic ou au vne siècle. Comme ce dernier, il est relié en velours bleu, et provient de l’Église de Metz. La couverture en ivoire, de dix cent, sur dix-huit cent., est divisée sur la hauteur en trois compartiments, où se trouvent, en haut le Baiser de Judas, composé de cinq personnages, sur un fond d’arcades, et Jésus conduit par deux hommes. Au milieu, le
Jésus, tandis qu’un valet lève la main pour le souffleter.
XIe SIÈCLE
Une des plus jolies miniatures de Vévangéliaire n. 74 est le Reniement représenté à quatre moments différents ’. On voit d’abord saint Pierre, une servante et un serviteur devant un grand foyer dont le dessus, peint en rouge, simule un brasier. La servante, robe blanche richement brodée en or. Le serviteur, tunique bleue. Saint Pierre, dans les quatre phases de sa faute, porte une tunique d’or et un manteau brun. A la suite, il parle à un serviteur en tunique rouge et caleçon noir. Dans la troisième partie, il s’adresse à un homme en manteau bleu. Dans la quatrième, enfin, il a le coude appuyé sur un socle et la tête dans la main. Il semble pleurer près d’une colonne surmontée d’un coq.
Reniement de saint Pierre. Au bas, Jésus -Christ crucifié au milieu des deux larrons, attachés sur des arbres fourchus. On y voit la sainte Vierge, saint Jean, deux soldats avec la lance et l’éponge.
Ces trois petits bas-reliefs, dont nous offrons celui du centre, grandeur de l’original, sont sculptés sur une même plaque d’ivoire; les fonds décorés d’une riche architecture dont tous les vides sont dorés.
Le tout est entouré de beaux enroulements, d’une manière antique. Les raies de cœur qui sertissent les trois petits bas-reliefs, et qui appartiennent à la même pièce, déterminent l’âge de ce monument.
t PL LXXXII, fig. 3