CHAPITRE GXLIX
jr. 9. — Se repentit : Pœnilentia ductus. — * Ce ne fut pas un repentir sincère ; le désespoir s’empara aussitôt du coupable*.
Avant la condamnation définitive, le traître avait déjà rendu l’argent qu’il avait reçu , et il alla se pendre avant le commencement des procédures chez Pilate. C’est pourquoi saint Matthieu , voulant dire à la fois tout ce qui concerne Judas, parle de Jésus conduit devant le tribunal de Pilate, avant de s’occuper du traître '.
jr. 11. — Après les mots : alla se pendre , la version éthiopienne porte : Et il mourut. Judas ajoute au crime de sa trahison le crime de son désespoir; car s’il fût venu sincèrement demander son pardon au Christ, même déjà condamné, il l’eût obtenu, et n’eût pas été précipité au fond des enfers. En se pendant, il donnait le plus éclalanl témoignage de l’innocence de Jésus A
jr. 12. — Dans ee trésor : In curbonam. — C’était, d’après Josèphe 3, le trésor sacré. On ne pouvait rien offrir au Seigneur qui provînt d’une source impure. On lit dans le Deutéronome 4 : « Vous n’offrirez point dans la maison du Seigneur votre Dieu la récompense de la prostituée, ni le prix du chien , quelque vœu que vous ayez fait, parce que l’un et l’autre est abominable devant le Seigneur votre Dieu. » Les juges regardaient donc comme honteux le gain de Judas. Mais pourquoi honteux, s’il avait fait livrer à la mort un vrai coupable5?
jr. 13. — La sépulture des étrangers : Sepulluram peregrinorum. — Les Juifs ne voulaient pas que le corps d’un païen fût placé dans le tombeau d’un Juif; il y avait un lieu spécial pour la sépulture des gentils6.
Ce champ était acheté pour les étrangers ou autres qui venaient de la Judée ou d’ailleurs à Jérusalem, et y mouraient; car ceux de Jérusalem avaient, comme nous venons de le dire, leurs lieux de sépulture.
Saint Chrysostome dit que si les Juifs eussent
* Lamy. — 2 Cornélius a Lapide. — 3 De Bell. lib. II, c. vin. — 4 xxm, 18. — 5 Lamy. — 6 Ici.
remis l’argent dans le trésor, le fait de la trahison eût été moins évident ; mais, en ayant acheté un champ, ils le manifestaient à la postérité.
jr. 14. — Haceldama, ou le champ du potier, est situé au sud-est de Jérusalem , au fond de la vallée, au pied de la montagne du Mauvais-Conseil. Sainte Hélène en a fait enclore la partie centrale de quatre murs dans une longueur de 24 mètres, et une largeur de 16 mètres. Il est creusé en partie dans le roc. La voûte qui le couvrait autrefois est aujourd’hui sans toiture et comblée de pierres b On y trouve une grande quantité de têts ou morceaux de vases de terre cassés, qui indiquent la profession de son propriétaire au temps de Notre-Seigneur2. Les Arméniens en ont acheté des Turcs une portion qu’ils ont couverte d’un petit bâtiment, composé de quatre murs et de la voûte percée de trous par où ils descendent leurs morts. Les corps , rapporte Doubdan, s’y sèchent sans pourrir, alors on les enlève pour en mettre d’autres 3.
En supposant que sainte Hélène ait fait couvrir la totalité du terrain, d’après les dimensions de l’enclos , on trouve pour la surface du champ au moins 384 mètres. Or nous avons vu 4 à l’occasion du prix de la trahison de Judas, qu’en admettant la valeur la plus grande pour les 30 pièces [argentei) , et les prenant pour des livres, nous arrivions à une somme de 1980 fr. , ce qui donne S fr. par mètre du terrain, prix qui n’a rien que de très -modeste aux environs de Jérusalem, tandis que 30 sicles ne mettraient le terrain qu’à 12 centimes environ par mètre, ce qui n’est pas croyable.
Morison conclut, comme nous, que les 30 pièces d’argent qui furent le prix du champ n’étaient pas de petite valeur.
A Pise et à Rome deux cimetières sont composés de la terre provenant de ce champ s. On en avait également apporté à Paris dans le cimetière des Innocents.
jr. 13. — Le prophète Jérémie : Per Jeremiarn prophelam. — Cette prophétie n’est pas
i Robinson, p. 119. — 2 De Géramb, I, 333. — 3 Doubdan , p. 199. — D. Calmet. — 4 Ch. cxxxv. — 5 Morison, p. 411.