‹ L'évangile; études iconographiques et archéologiquesChapitre 292 sur 395 · CHAPITRE CL · texte numérisé non relu

CHAPITRE CL

NOTES ARCHÉOLOGIQUES

ET EXÉGÉTIQUES

jr. 1. — Le livrèrent a Pilate : Tradiderunt Pilato. — Le vrai motif pour lequel les Juifs n’ont pas mis eux-mêmes le Christ à mort, mais l’ont livré à Pilate, c’est, que les Romains, après avoir vaincu et soumis les Juifs, leur avaient ôté le droit de vie et de mort et s’en étaient emparés 1 .

f. 2. — Dans le prétoire : In prœtorium. — On appelait préteur tout magistrat qui disposait de la force armée. Ainsi Pilate était préteur, et le palais qu’il habitait et dans lequel se rendait la justice était le prétoire. On était au matin de la Pâque ; or les Juifs considéraient comme impurs non-seulement les gentils, mais encore leurs maisons. On voit dans les Actes 2 quelle abomination c’est pour un homme juif de fréquenter ou même d’approcher un étranger. Ils n’entrèrent donc pas dans le prétoire , pour n’être pas souillés et obligés de remettre au mois suivant la célébration de la Pâque 3.

La maison de Pilate, ou le prétoire, sur la rue de Josaphat , qui conduit de la porte Saint- Étienne au saint sépulcre, était occupée en 1650 par le gouverneur de Jérusalem. A l’entrée de la porte, il y a une montée faite de telle façon, qu’on peut y aller à cheval; mais on voit, aux côtés des murailles, qu’anciennement il y avait un escalier, duquel les degrés de la sainte Montée qui est à Rome sont tirés, ainsi que le raconte Pietro délia Valle, qui voyageait en Palestine de 1650 à 1653. Au lieu des traces de vingt -huit marches , il n’y en a plus que onze. En haut de l’escalier on entre dans une cour de dix-huit à vingt pas en carré, pleine de ruines et de gravas. Ces marches étaient probablement encastrées d’un bout dans un mur élevé, et portées de l’autre sur un mur en degrés. En descendant du prétoire par cet escalier, et tournant à

l’ouest , on trouve à droite une petite rue de soixante pas de long vers le nord , fermée à l’autre bout par le palais d’Hérode1.

y. 5. — Il ne nous est pas permis de mettre personne a mort : Non nobis licet interficere. — Beaucoup d’auteurs, d’après ces paroles, pensent que Pilate leur avait dit par dérision de juger eux-mêmes , quoiqu’ils n’eussent plus depuis longtemps le droit de glaive. C’est ce que confirme Josèphe lorsqu’il raconte que le pontife Ananus, ayant, d’accord avec le conseil, et sans le consentement du gouverneur romain , fait mettre à mort saint Jacques, frère du Seigneur, et quelques autres avec lui , fut destitué de son pontificat. Lorsque les Juifs lapidèrent saint Étienne et voulurent souvent lapider le Christ, c’était dans des émeutes populaires et sans aucune apparence de légalité.

Au temps d’Auguste, une plus grande partie de la Judée fut réduite en province romaine, et le pouvoir du grand sanhédrin était fort diminué. Alors, tout en conservant un certain pouvoir judiciaire, les Juifs avaient besoin, pour une exécution capitale , du consentement du gouverneur.

y. 6. — Afin que fut accomplie la parole que jésus avait dite : Ut sermo Jesu implereiur. — Cela se fit pour accomplir la prophétie de Jésus, qui avait dit qu’il serait livré aux gentils et crucifié. Or le crucifiement, étant un supplice romain et non juif, ne pouvait être appliqué que par les Romains. Ainsi la figure du serpent exalté sur la croix fut réalisée, et Jésus immolé en même temps que les agneaux dans le temple. Cela ne pouvait avoir lieu que par une main étrangère; caries Juifs n’auraient pu en même temps crucifier le Christ et immoler la pàque.

1 Cornélius a Lapide. — - x, 28. — J Lamy.

i Doubdan, p. 176.

Page 1