CHAPITRE CL
neurs d’emmener leurs femmes dans les provinces dont ils avaient le commandement. Mais cette loi fut rapportée sous Tibère 1 .
La femme de Pilate s’appelait Claudia Procula; elle est placée dans le ménologe grec au nombre des saints, et c’est peut-être la même que Claudia dont parle saint Paul à Timothée 2 , lorsqu’il lui dit : Salutant te Eubulus, et Pudens, et Linus , et Claudia. Le nom, le temps, la religion et le lieu sont d’accord ; car la lettre de saint Paul a été écrite dans la ville même où demeurait l’épouse de Pilate; lorsque celui-ci fut envoyé en exil à Lyon, il est vraisemblable que Claudia ne l’aura pas accompagné3.
On a dit que Pilate s’était converti ; mais d’après- l’historien Josèphe 4, au bout de quelques années Pilate fut envoyé par Vitellius , président de la Syrie, à Rome, pour répondre devant César des crimes dont les Juifs l’accusaient. N’ayant pu se disculper, il fut privé de tous ses honneurs, et relégué à Vienne, dans la Gaule, où il se donna la mort, essayant de trouver, en abrégeant sa vie, un remède à ses maux C
j. 20. — Lavant ses mains : Lavil manus. — Laver ses mains était une ancienne coutume
1 Sepp, II, 417. — 2 II, iv. — 3 Cornélius a Lapide.
Antiqu., xviii, S. — 5 Cornélius a Lapide, p. SU.
juive pour témoigner qu’on n’avaiL rien fait de mal. Ainsi Dieu l’avait ordonné dans le Deutéronome 1 : (( Les anciens de la ville viendront près du corps de celui qui aura été tué; ils laveront leurs mains sur la génisse qu’on aura fait mourir dans la vallée. » De là un fréquent proverbe chez les Juifs, lorsqu’ils voulaient se montrer innocents : Lavi inter innocentes manus meas 2 .• Lavabo inter innocentes manus meas3. Tous les gentils avaient l’habitude, après un meurtre, de se laver au moins les mains avec de l’eau. Ainsi Pilate se lava les mains, soit en suivant les coutumes romaines, soit en imitant celles des Juifs
y. 21. — Que son sang soit sur nous : Sanguis ejus super nos. — Cette locution revient souvent dans l’Écriture. On lit dans Josué 5 : Sit sanguis in caput ejus. Cette parole ne fut pas prononcée en vain; car eux-mêmes et leurs descendants continuent d’expier leur forfait.
jr. 24. — Il le leur livra pour qu’il fût crucifié (par les soldats), après avoir été battu de verges, ainsi que saint Jean l’a exposé plus en détail, en nous apprenant ce que les autres évangélistes avaient passé sous silence li.
i .\.\i ,6. — 2 ps. lxxxii , 13. — Ps. xxv, 6. — Lamy.
5 il , 19. — (> Lamy.
NOTES ICONOGRAPHIQUES
IV» SIÈCLE
Nous avons eu maintes fois l’occasion de constater que les premiers chrétiens , voulant rappeler dans leurs monuments les scènes de la Passion, choisissaient celles dont la représentation devait causer le moins d’horreur. Aussi voit-on constamment sur les sarcophages Pilate se lavant les mains. Parmi les innombrables exemples qu’on en trouve, et dont beaucoup sont
rapportés par Bosio, Aringhi, d’Agincourt, etc., nous en avons choisi trois tirés du musée de Latran.
Le premier, qui appartient au sarcophage déposé actuellement ' dans la cour du palais de Latran 2, autrefois placé sous le grand autel de la basilique Saint-Paul hors les murs3, montre
1 Avril 1870. — 2 Aringhi, 1, 423. — 3 PI. LXXXI1I,
fig. 1.
PILATE se LAVE les MAINS PL.LXXX1V
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Fig'. 2 . XI e S.
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BARABBAS DELIVRE. — PILATE SE LAVE LES MAINS
Pilate assis vers la droite , et reconnaissable au bandeau qui lui ceint la tête : tunique et chlamyde ; un serviteur tient une aiguière et se dispose à verser de l’eau dans une coupe déposée sur une petite table; par derrière, trois figures debout. Cette scène est empreinte d’une tranquillité que les anciens savaient mettre dans leurs œuvres de la plus belle époque '.
La fig. 2 est tirée du beau sarcophage à colonnes déposé au musée de Latran sous le ciborium. Ce marbre fut trouvé dans le cimetière du Vatican 2. Il a été longtemps chez les PP. Théatins , puis à la villa Panfili 3. 11 représente une colonnade octostyle. Dans l’entre-colonnement du milieu , un peu plus large que les autres , Jésus-Christ, les pieds sur une tenture portée par une figure qu’on ne voit qu’à mi-corps, donne un volumen à un apôtre placé à la gauche, dans l’entre-colonnement voisin, et qui paraît être saint Paul. Les deux travées suivantes sont occupées par Notre-Seigneur debout devant Pilate , assis sur son tribunal ét se lavant les mains. Les trois entre-colonnements à la droite du Christ sont remplis par des apôtres et par le Sacrifice d’ Abraham. Ce sarcophage, inférieur au précédent, est d’une conservation parfaite.
Sarcophage de la Résurrection. — - Enfin, la figure 3 de cette planche rappelle un monu-
1 Ce sarcophage, autrefois placé sous le grand autel de la basilique de Saint -Paul hors les murs, provenait du cimetière de Lucine , et renfermait quelques restes des saints Innocents, qui furent transportés avec le sarcophage, sous le pontificat de Sixte V (1383-1590], dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure en 1386.
Il a un mètre dix cent, de hauteur, un mètre quatrevingt-dix-huit cent, de longueur, et quatre-vingt-dix cent, de profondeur. Divisé en deux rangs, il comprend les sujets suivants : 1° la Résurrection de Lazare, et Sainte Marthe baisant la main du Christ; 2° Jésus- Christ annonçant à saint Pierre qu’il le reniera ; un coq est à ses pieds; 3° Moïse recevant les tables de la loi d’une main qui est dans le ciel; 4° le Sacrifice d’Abraham, de l’autre côté d’un grand médaillon qui occupe le centre du rang supérieur, et dans lequel se trouvent les bustes de deux hommes; 5° enfin Pilate se lavant les mains,
Au rang inférieur, on voit: 1° Moïse frappant le rocher; 2° le Christ pris par les Juifs ; 3° Daniel dans la fosse aux lions; 4° Zachée dans le sycomore; 5° la Guérison de l’aveugle; G1 la Multiplication des pains; tous sujets ne présentant que des images douces et consolantes.
La composition est digne des plus beaux temps de l’antiquité, et tous ces sujets variés sont liés entre eux de manière à éviter toute confusion.
2 Aringhi , 1 , 317. — » Pl. LXXXIII , fi g. 2.
ment où la croix apparaît pour la première fois. Cette circonstance et l’infériorité très -évidente de la sculpture, quand on considère les deux précédentes, la rapportent à une époque plus avancée. Un seul rang de figures occupe cinq entre-colonnements séparés par des colonnes à spirales portant une arcade au milieu, deux frontons brisés aux extrémités et deux platesbandes intermédiaires. Dans l’arcade centrale, un symbole de la résurrection 1 , et dans les deux travées à gauche, le Portement de croix et la Couronne d’épines *. Enfin, les deux autres présentent Jésus- Christ accompagné d’un soldat portant une lance, et Pilate qui se lave les mains, en détournant la tête, comme dans le premier sarcophage que nous venons de décrire. La place nous manquant, nous avons rapproché les personnages en supprimant le soldat et la colonne entre Jésus-Christ et Pilate.
VU SIÈCLE
Nous retrouvons notre sujet dans un ivoire du musée du Vatican au vie siècle, qui comprend le Portement de croix et saint Pierre.
Les mosaïques de Saint - Apollinaire à Revenue 3 nous montrent la même disposition que les sarcophages. La tunique de Pilate blanche, manteau violet, siège blanc. L’esclave, tunique violette, bottes noires. Jésus-Christ, tout en violet, est debout devant un prêtre dont le manteau blanc est coupé par des bandes violettes. Par derrière, un petit personnage chauve porte un manteau verdâtre et une tunique blanche.
VID SIÈCLE
Au viic siècle, la porte de Sainte- Sabine se rapproche de la simplicité des catacombes.
XIe SIÈCLE
Le xi° siècle, à Sant-Urbano , à droite de l’entrée ', multiplie les figures et remplace les symboles par la réalité. On voit Notre-Seigneur
< Ch. clvii, pl. XC1I , fig. 2.
- Ch. cliii, pl. LXXXV, fig. 1. — Muni, sur les inslr. de la Passion.
Pl. LXXX1V, fig. 1. — < Ibid., fig. 2.