DU PRÉTOIRE AU CALVAIRE
jr. 2. — L’emmenèrent pour le crucifier : Educunt ilium ut cruciflgeretur. — L’Évangile dit simplement qu’ils le conduisirent au Calvaire. Quant à la route qu’il suivit , elle a été fixée à l’époque des croisades par les stations du Chemin de la croix. Il fut alors impossible de les placer aux lieux précis où les événements qu’elles devaient rappeler s’élaient passés, à cause des modifications profondes que douze siècles avaient apportées dans cette malheureuse ville, si souvent saccagée de fond en comble. On dut les établir dans une voie publique , en se rapprochant à chacune le plus possible du lieu de l’événe-
ment. Nous allons donc suivre la voie douloureuse, telle qu’on la suit encore aujourd’hui, avec un voyageur du xvnc siècle, naïf, mais bien intelligent.
« A soixante pas du prétoire , Notre-Seigneur passe devant le palais d’ITérode; à cent pas plus loin il rencontre la sainte Vierge; à cinquante pas au delà, dans un carrefour, Simon de Cyrène l’aide à porter sa croix. Aussitôt , à main droite, il rencontre les filles de Sion. En tournant au sud, Notre-Seigneur passe devant la maison du mauvais riche, ce qui montre que la tradition considère cette histoire comme véritable. Cette maison est vis-à-vis d’une rue droite qui conduit au Calvaire.
« A cent vingt pas se trouve la maison de la Vé-
LE PORTEMENT DE CROIX. — LE CRUCIFIEMENT
ronique; à soixante pas, en allant toujours au couchant, il arrive à la porte Judiciaire, qui est la plus ancienne de la ville ; elle est actuelle- i ment murée dans le bas ; le cintre seul est à jour. Il existe encore quelques ruines du mur d’enceinte. On va au Calvaire par une pente moyenne à côté de celle-ci. En sortant, Notre- Seigneur tourne à gauche vers le midi , puis au couchant en tournant la montée du Calvaire, i et après avoir l'ait quelque deux cents pas, il arrive au lieu du supplice L »
Les stations du Chemin de la croix sont en général indiquées par quelques signes , comme des fragments de colonnes. Les deux plus remarquables sont l’arc de VEcce liomo , dont nous parlerons plus loin, et une église dite du Spasimo de la Vierge, située à l’angle de la rue de Josaphat, et qui était déjà ruinée du temps de Quaresmius.
« Il est probable que le cortège de la croix dut éviter les rues de la ville, nécessairement étroites, et choisir la rue qui longeait le mur d’enceinte, et qui devait être assez large pour le service militaire. D’après cela, la voie douloureuse, côtoyant le mur en ligne droite de l’est à l’ouest jusqu’à la tour d’angle, se serait retournée là à angle droit avec le mur, en continuant à le suivre du nord au sud jusqu’à la porte Judiciaire ou d’Ëphraïm ; enfin, en sortant de la ville, aurait monté la colline jusqu’au Calvaire i 2. »
Moïse avait ordonné que les supplices eussent lieu hors du campement: Nabor fut conduit hors de la ville pour y être exécuté 3.
Les bourreaux enlevèrent à Jésus le manteau, et, laissant la couronne d’épines, le couvrirent de ses vêtements , tant pour s’en emparer ensuite que pour que Jésus- Christ fût reconnu de la foule. Un joueur de flûte précédait le cortège, suivant l’usage des Romains, pour faire venir le peuple. Le Christ était fatigué par les fréquentes allées et venues de la nuit et du matin, du cénacle au mont des Oliviers . aux maisons d’Anne et de Caïphe, au prétoire, au palais d’IIérode, encore au prétoire, puis enfin au Calvaire.
jf. 3. — Au heu nommé Calvaire : In locum
i Doubdan, p. 1 88. — - Mémoire sur les instruments
de la Passion, p. 283. — 3 m Rois, xxi, 13. — Lamy.
qui vocatur Calvariœ. — Le nom de Calvaire vient, dit-on, des crânes et des ossements des criminels qui y avaient été exécutés.
y. 4. — Simon... père d’Alexandre et de Rufus : Simonem patrem Alexandri et Ru fi. — On croit que les fils de Simon étaient des disciples du Christ. Il est fait mention d’Alexandre dans les Actes *, et de Rufus dans l’épître aux Romains 2. Cyrène est une ville de Libye, cheflieu d’une contrée qui en a pris le nom de Cyrénaïque, et que convertit saint Marc. Rufus fut d’abord évêque deTortose, en Espagne. L’Église célèbre sa fête le 12 novembre; saint Polycarpe en fait mention. Alexandre est placé dans le martyrologe au 1 1 mars.
D’après les notes du bréviaire, Simon pourrait bien être le même dont il est question dans les Actes 3, qui s’appelait le Noir, et qui accompagna Paul et Barnabé4.
jr. 5. — Porter la croix... derrière Jésus: Crucem portare post Jesum. — Ils forcèrent Simon à porter la croix derrière Jésus, post tergum , sans la lui enlever entièrement. On peut croire que Simon, plus petit que Jésus, qui était d’une haute stature , se plaça alors derrière , mais tout près; l’inclinaison de la croix, dont le bout traînait à terre, la rapprochait de l’épaule de Simon, qui pouvait ainsi soulager Jésus en partageant son fardeau 5.
6. — Il était suivi d’une grande foule : Sequebatur multa turba. — Une foule de femmes et de peuple le suivait. L’Évangile ne parle pas d’une femme qui essuya avec son voile la face de Notre-Seigneur, baignée de sueur, et le retira empreint de son image. Ce voile est conservé à Rome; mais l’image en est fort effacée. Il est probable même qu’à l’origine elle dut être très - confuse ; car de tout temps on a manqué d’un type pour représenter Jésus- Christ.
1 1. — On emmenait aussi... deux malfaiteurs : Ducebanlur et alii duo nequam. — Deux
i Act., xix, 33. — - Rom., xvi, 13. — 3 Acl., xm, 1
— 4 Cornélius a Lapide in Mallh. xxvn, R 32, p. 32. —
— r> Instr. de la Pass., p. 70.