‹ L'évangile; études iconographiques et archéologiquesChapitre 310 sur 395 · CHAPITRE CLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLI

condamnés ne pouvaient jamais être exécutés le même jour chez les Juifs; bien moins encore trois , excepté lorsque le crime pour lequel ils mouraient leur était commun. L’exécution ne pouvait avoir lieu non plus avant le coucher du soleil : c’était d’ailleurs une coutume chez tous les peuples civilisés de laisser au moins un jour entre le prononcé de la sentence et son exécution; et même l’empereur Tibère avait prolongé ce temps jusqu’à dix jours, lorsque le sénat avait jugé la cause. Mais à la mort de l’Homme- Dieu aucune loi, aucune coutume ne devait être observée '.

y. 12. — Et ils le conduisirent au lieu appelé Golgotha : El perduxerunt ilium in Golgotha locum. — Pendant qu’ils le conduisaient au Calvaire, c’est-à-dire pendant la voie douloureuse, Notre-Seigneur tomba trois fois, ainsi que nous l’enseigne la tradition. Lorsqu’il arrive à la porte Judiciaire, où la troisième chute a lieu, il n’y a plus que cent mètres à parcourir; il tourne autour du Golgotha, laisse les trois Marie à la hauteur du sépulcre, et s’avance de vingt-quatre mètres au delà , jusqu’à l’endroit du supplice. La croix est posée à terre, la tête à cinq mètres du trou où elle doit être scellée; ce trou est à son pied, de sorte qu’en la redressant avec son divin fardeau , elle y tombe immédiatement, sans qu’on ait été contraint de la traîner à terrei 2.

y. 13. Cette boisson n’est pas la même dont parlent saint Luc et saint Jean, et qui fut donnée au Christ, quand il cria : Silio. Celle-ci a été donnée avant le crucifiement ; c’était du vin, l’autre était du vinaigre. Saint Marc dit que ce vin était mêlé de fiel, vinum myrrhatum, soit parce que la myrrhe fut mêlée au vin avec le fiel, soit parce que l'amertume de la myrrhe la fit appeler fiel. Dans tous les cas, cette myrrhe, pouvant s’employer par infusion , est différente de la gomme offerte par les mages , ou de celle qui fut employée par Nicodème pour l’ensevelissement de Notre-Seigneur.

Myrrhis, myrrha ou smyrrhiza , plante men-

i Dupin , Règles de droit et de morale tirées de F Ecriture

sainte. — Sepp, HT, 15. — 2 Inslr. de la Pass p. 236.

tionnée par les anciens. L’usage de son infusion dans du vin était utile pour se garantir des maladies contagieuses, pour guérir les morsures des araignées et autres animaux venimeux de cette classe. Pline donne au myrrhis le nom de cicutaria, le dit entièrement semblable au cicuta , excepté qu’il est plus bas et plus menu. L escandix odoratci , ou cerfeuil musqué, est le myrrhis des anciens

y. 14. — Tierce était : Erat auiem hora tertia. — Un des buts essentiels que nous nous proposons d’atteindre dans ces études sur l’Évangile est d’en déterminer, aussi exactement que possible, les faits matériels destinés à être représentés par les artistes, ou à faire sur l’âme des fidèles une impression plus forte, en leur offrant des images exactes. Nous attachons donc beaucoup d’importance à préciser les heures auxquelles se sont passées les scènes de la Passion, afin qu’en les combinant avec la disposition des lieux, les peintres éclairent leurs tableaux suivant des règles fixes, et sortent d’une fantaisie qui égare l’esprit.

L'heure du supplice a préoccupé des commentateurs qui ont cru y voir une contradiction entre les évangélistes. Saint Jean dit qu’il était près de sexte lorsque Pilate rendit son jugement : hora quasi sexta... et tradidit ut crucifîgerelur ; tandis que saint Marc indique l’heure du crucifiement par ces mots : et erat hora tertia , et cruciflgerunt eum. Or. dit-on, il ne peut être crucifié à tierce , tandis que le jugement n’était rendu qu’à sexte.

Ce serait une grande erreur de traduire les heures juives d’après nos usages. Les Hébreux et les Grecs comptaient d’après les diverses parties du jour celles que leurs sens pouvaient percevoir, c’est-à-dire le lever du soleil, l'instant où il est le plus élevé au-dessus de nos têtes, puis le moment où il se couche; de là les noms employés dans le Nouveau Testament : le matin, midi, et le soir.

Les Romains, comme les Juifs , ont coupé le jour en quatre quartiers, dont chacun se composait de trois de nos heures; avec cette différence que, chez nous, ces heures sont égales

i Spach.

PORTEMENTde CROIX PL.LXXXV

Latran Sarcophaôe de la Résurrection

Ravenne

LE PORTEMENT DE CROIX. — LE CRUCIFIEMENT

toute l’année, et que chacune est la vingt-quatrième partie de la révolution diurne; tandis que chaque heure, romaine ou juive, était le douzième du temps que le soleil reste sur l’horizon. En conséquence, le soleil restant visible plus longtemps l’été que l’hiver, les heures d’été étaient plus longues que les heures d’hiver. La première commençait avec le lever du soleil , la sixième à midi, et la douzième se terminait au coucher du soleil. C’est pour cela que Notre-Seigneur disait : « Est-ce que le jour n’a pas douze heures? »

L’inégalilé des jours en Judée était moindre que chez nous, qui sommes plus éloignés de l’équateur. Il n’y avait donc pas une très-grande différence entre les jours d’été et ceux d’hiver. Les plus longs à Paris sont de seize heures ; à Jérusalem ils sont de treize.

Les Hébreux distinguaient deux soirs : le premier, après midi, commençait lorsque le soleil s’incline vers l’horizon, et durait jusqu’à son coucher; le second soir commençait au coucher du soleil. On appelait entre les deux soirs le temps qui s’écoule entre le milieu de sa course et son coucher.

Ils divisaient de même la nuit en quatre parties ou veilles , dont chacune était composée de trois heures. La première partie s’appelait la tête des veilles, caput vigiliarum; la seconde, la veille du milieu, c’est-à-dire jusqu’à minuit; la troisième durait de minuit à trois heures du matin; enfin la dernière, dite la veille du matin, durait de trois heures à six heures. Ces veilles, dans l’Ecriture , s’appellent le soir, minuit , le chant du coq, et le matin L

On a aussi compté prime du lever du soleil jusqu’au quart de la journée, tierce de ce moment à midi, sexte de midi aux trois quarts de la journée, none et vêpres de ce moment au coucher du soleil.

Dans la parabole du père de famille et des ouvriers, saint Matthieu rappelle toutes les heures du jour : mane , hora terlia, nona, et undecima. Exiit primo mane , de grand matin, c’està-dire au lever du soleil, à six heures. Egressus circa horam tertiam, vers tierce, quand tierce va commencer, à neuf heures. Ilerum exiit circa

sexlam et nonam horam, c’est-à-dire quand sexte et none vont commencer, midi et trois heures. Circa undecimam , vers la onzième heure, c’est-à-dire une heure avant la fin du jour, pendant none. Le mot circa, qui accompagne toujours les indications d’heures dans la parabole, montre- une approximation qui n’existe point dans la Passion. Là l’heure est précisée. Erat hora tertia, tierce était, sous-entendu, achevée; donc il était midi. Quant au jugement, il est dit qu’il fut rendu hora quasi sexta, il était presque sexte, c’est-à-dire, presque midi; l’auteur inspiré a dû comprendre ce que nous appelons onze heures.

Il n’a pas fallu plus d’une heure entre le prononcé du jugement de Pilate, c’est-à-dire le moment où il a livré Jésus, et l’arrivée au Calvaire; car il n’y avait guère plus de cinq cents mètres à parcourir, et les bourreaux, stimulés par les Juifs, précipitaient la marche, pour n’être pas retardés par les affreux incidents de la voie douloureuse.

Lorsqu’ils le crucifièrent : El crucifîxerunt eum. — Dans la description que j’ai donnée ailleurs des instruments de la Passion, j’ai fait voir la forme de la croix de Notre-Seigneur , la nature du bois, qui était du pin, bois résineux, de la famille des conifères. On a vu que la tige avait quatre mètres cinquante centimètres de longueur; la traverse, deux mètres vingt-cinq centimètres, et que quatre clous avaient été employés pour le supplice. Dans un travail essentiellement archéologique, je me suis abstenu de faire même allusion à aucun des faits surnaturels qui ont été quelquefois invoqués à ce sujet. Cependant, comme on m’a objecté, contre le nombre des clous, des révélations que Dieu a accordées quelquefois à ses saints, je crois pouvoir me placer sur ce terrain pour y répondre.

On voit, il est vrai, au 25 mai, Vie de sainte Madeleine de Pazzi 1 , une figure du cœur de sainte Claire de Monllaucon, où sont tracés les instruments de la Passion, et où l’auteur a indiqué trois clous. Mais, en supposant que l’image fût exacte, ce qui aurait eu besoin de contrôle, nous trouvons, dans le même ordre

1 Lamy.

i Bolland., I. V, p. 712.

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