B. LE LAVEMENT DES PIEDS
(Jo. xin, 1-47.)
La dernière Pâque que Jésus-Christ devait célébrer avec ses Apôtres avant de les quitter, le repas solennel qui devait mettre fin à l'ancienne alliance, était terminé ;
une Pâque nouvelle devait succéder à la Pâque ancienne et inaugurer une nouvelle alliance; la réalité devait succéder à la ligure, et le véritable Agneau pascal devait être la nourriture de nos âmes. Mais Jésus voulut préparer ses Apôtres à l'institution de l'Eucharistie par une cérémonie imposante, symbole de la purification intérieure, qui devait les rendre dignes de participer au festin de l'Agneau.
Jésus venait de dire à ses disciples qu' « il ne mangerait plus la Pâque avec eux jusqu'à ce qu'elle fût accomplie dans le royaume des deux; » il leur annonçait, par là, l'établissement prochain du royaume messianique, c'est-à-dire, de son Eglise. Ces paroles de Jésus- Christ, mal comprises, réveillèrent dans l'esprit des Apôtres leurs anciennes idées d'un royaume temporel, et, à cette occasion, à ce que nous apprend saint Luc, se laissant aller, de nouveau, à des pensées ambitieuses, « il s'éleva parmi eux une contestation, » qui n'était pas nouvelle pour eux, « pour savoir lequel d'entre eux devait être estimé le plus grand, » qui, d'entre eux, devait avoir les premières places, les places d'honneur, dans le nouveau royaume, dont leur maître leur annonçait le prochain avènement. Jésus voulut étouffer, une dernière fois, ces germes funestes d'ambition et de jalousie, et, par l'admirable exemple qu'il allait leur donner, imprimer dans leur esprit, d'une manière ineffaçable, la vertu fondamentale qu'il exigeait de ses disciples, l'humilité.
« Jésus » donc, « sachant que l'heure était vernie de passer de ce monde à son Père, » de terminer sa carrière terrestre, en se sacrifiant pour les hommes sur la croix, « comme il avait aimé les siens qui étaient en ce monde, il les' aima jusqu'à la fin, » et voulut leur donner une dernière et suprême marque de son amour. « Et, le souper fini, » la manducation de l'Agneau pascal étant terminée, « lorsque, déjà, le diable avait mis dans le
L. XXII. 24. Facta est autem et contentio inter eos, quis eorum vidoretur esse major. — Jo. XIII. \. Ante diem festum Paschae, soiens Jésus quia venit hora ejus ut transeat ex hoc mundo ad Patrem, cùm dilexisset suos qui erant in mundo, infinem dilexit eos. — -2. Et eœnâ factâ, cùm diabolus jam misisset
Dehaut. L'Evang. — T. IV. 11
cœur de Judas Iscariote » la résolution arrêtée « de le trahir, sachant que le Père avait tout remis entre ses mains, » avait remis entre ses mains le sort entier de l'humanité, « et que, sorti de Dieu » pour venir sur la terre, « il allait, » sa mission accomplie, « retourner à Dieu, » vers son Père céleste, il ne dédaigna pas de donner à ses disciples un exemple éclatant de la plus profonde humilité en s'abaissant jusqu'à remplir auprès d'eux l'humble fonction d'un esclave (a).
« Il se leva de table t ôta ses vêtements, » son manteau de dessus, ne se réservant que sa tunique, « et ceignant ses reins d'un linge, il mit de Veau dans un bassin, et commença de laver les pieds de ses disciples, en les essuyant avec l'extrémité du linge dont il s'était ceint. » Il commença par Pierre qui se trouvait, comme nous l'avons dit précédemment, à la première place, à sa gauche. Celui-ci ne put supporter la pensée de voir son Maître à ses pieds, se disposant à remplir, à son égard, un si vil ministère ; « Quoi, Seigneur, lui dit-il, vous me lavez les pieds? Jésus lui répondit : » Ce n'est pas sans motifs sérieux que j'agis ainsi ; vous avez besoin de l'exemple d'humilité que je vous donne; « ce que je fais, vous ne le comprenez pas maintenant, mais vous le comprendrez plus tard. Pierre, » toujours entraîné par l'impétuosité de son caractère, « lui répondit: Non, » Seigneur, je ne le permettrai pas; « jamais vous oie me laverez les pieds; » ce serait à moi, au contraire, à laver les vôtres. « Jésus lui répondit : Si je oie les lave, vous oi'aurez point de part avec moi; » Si vous ne vous
in cor ut traderet eum Judas Simonis Iscariotge : — 3. Sciens quia omnia dédit ei Pater in manus, et quia à Deo exivit, et ad Deum vadit; — 4. Surgit à cœnâ, et ponit vestimenta sua; et cùm accepisset linteum preecinxit se : — 5. Deinde mittit aquam in pelvim, et cœpit lavare pedes discipulorum, et extergere linteo quo erat prœcinctus. — 6. Venit ergo ad Simonem Petrum. Et dicit et Petrus : Domine, tu mihi lavas pedes? — 7. Respondit Jésus et dixit ei : Quod ego facio, tu nescis modo, scies autem posteà. — 8. Dicit ei Petrus : Non lavabis mihi pedes in œternum. Respondit ei Jésus : Si non Iavero te, non habebis partem mecum.
(a) « Quisquis émit seruum, id facit, ut ipsum lavent, ungant, vestiant, lucem. prœferent, » etc. (Kidd. fol. 22, 2.)
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préparez à la nouvelle Pàque que je vais instituer, par une grande pureté de conscience, dont ce lavement des pieds est l'expression symbolique, si la grande leçon d'humilité que je vous donne, ne fait pas pénétrer cette vertu dans votre cœur, vous n'êtes pas dignes d'être du nombre de mes disciples, ni de participer à la manducation de mon corps.
« Simon Pierre, » toujours plein de feu, et voulant faire maintenant plus qu'on ne lui demandait, s'écria : « Seigneur, » s'il en est ainsi, « lavez-moi, non-seulement les pieds, mais encore, les mains et la tête. » Jésus lui répondit : « Celui qui est déjà lavé, » celui, qui, (comme c'était alors la coutume), avant de prendre part à un repas, s'est purifié par un bain, ou du moins s'est lavé les mains et la face^ « n'a plus besoin que de se laver les pieds pour être entièrement pur, » c'est-à-dire, dans le sens spirituel, celui qui, comme vous, est déjà en état de grâce, n'a plus besoin que de se purifier des taches légères qui défigurent son âme, et c'est ce que je me propose de faire à votre égard, par cette action symbolique du lavement des pieds, à laquelle est attachée votre purification spirituelle. Oui, « vous êtes purs, mais vous ne Vêtes pas tous. » Je découvre, au milieu de vous une triste et funeste exception : « il savait, en effet, qui devait le trahir, » il connaissait le traître qui se cachait parmi eux; « c'est pourquoi il disait, » d'un ton plein de tristesse : « vous êtes purs, mais vous ne l'êtes pas tous. »
« Après qu'il eut lavé les pieds » de ses Apôtres, « il reprit son vêtement de dessus, se remit à table, » et leur expliqua le sens de l'action symbolique qu'il venait d'accomplir, de l'exemple d'humilité qu'il venait de leur donner. « iSavez-vous, leur dit-il, ce que je viens de faire, » et dans quel but? quelle leçon j'ai voulu vous
9. Dicit ei Simon Petrus : Domine, non tantùm pedes meos, sed et manus et caput. — 10. Dicit ei Jésus : Qui lotus est, non indiget nisi ut pedes lavet, sed est mundus totus. Et vos minuit estis, sed non omnes. — 11. Sciebat enim quisnam esset qui traderet oum : proptereà dixit : Non estis mundi omnes. — 12. Postquam ergo lavit dëdes eorùra, et accepit veslimenta sua, cùni recuijuisset iterùm, dixit eis : Scitis quid i'ecerim Yobis?
donner en agissant ainsi ? « Vous m'appelez Maître et Seigneur (b), et vous dites bien; » vous avez raison de m' appeler ainsi; « car je le suis » réellement. « Si donc je vous ai lavé les pieds, » je me suis humilié jusqu'à remplir à votre égard l'office d'un esclave, « moi qui suis votre Seigneur et votre Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres, » vous devez, à mon exemple, vous rendre les uns aux autres les plus humbles services, « car, je vous ai donné l'exemple., afin que, comme je vous l'ai fait, vous le fassiez aussi. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son Maître, ni l'Apôtre plus grand que Celui qui l'a envoyé. » Vous devez donc vous abaisser, être humbles et petits, à mon exemple : « Heureux, si vous comprenez cela, et si vous le faites. »