‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 113 sur 359 · A. JÉSUS FAIT LA PAQUE AVEC SES DISCIPLES · texte numérisé non relu

A. JÉSUS FAIT LA PAQUE AVEC SES DISCIPLES

« Or, le jour des azymes, où la loi 'prescrivait de manger l'agneau pascal, les disciples de Jésus vinrent à lui, et lui dirent : Où voulez-vous que nous allions vous préparer ce qu'il faut, pour manger la Pâque? Jésus choisit deux d'entre eux, Pierre et Jean, et leur dit : Allez dans la ville, et, en y entrant, vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau; suivez-le dans la maison ou il entrera, et vous direz au maître du logis, » qui était, sans doute, un disciple de Jésus- Christ, peut-être Joseph d'Arimathie : « le Maître vous envoie dire : Mon temps est proche : c'est chez vous que je ferai la Pâque arec mes disciples : où est le lieu où je pourrai manger avec eux l'agneau pascal1. Et il vous montrera un grand cénacle, orné de tains; préparezvous là ce qu'il faut.

« Pierre et Jean s'en allèrent à Jérusalem, trou irren t les choses comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. Sur le soir, Jésus vint avec les douze, et

Mt. XXVI. 17. Prima autem die azymorum. — LXXII. 7. In quâ

necesse crat ooeidi Pascha, Mt. accesserunt discipuli ad Jesum, dicentes : Ubi vis paremus tibi comedere Pascha? — Mr. 43. Et mittit duos ex discipulis suis, (M. 8. Petrum et Joannenv, et diciteis : Mr. Ite in civitatenL L. Et introeunlibus vobis, occurret vobis homo quidam amphoram aquoe portans; sequimini oum in domum, in quam intrat. — 44. Et dicetis patri familiâs domûs : Dicit tibi Magister : M'. Tempus meum prope est : apud te facio Pascha cum discipulis mois : L. ubi est diversorium ubi pascha cum discipulis meis nianducem? Mr. Et ipse vobis demonstrabit cœnaculum grande, stratum ; et illic parate vobis. — 16. Et abiorunt discipuli ejus, et venerunt in civitatem; et invenerunt sicut dixerat illis, et paraverunt Pascha.

118 l'évangile EXPLIQUÉ, DÉPENDU, médité.

l'heure » du crépuscule, où l'on avait coutume de manger la Pâque, « étant arrivée, il se mit à talle avec eux, puis, il leur dit : J'ai désiré, d'un grand désir, de manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir; car je vous le dis, je ne la mangerai plus, désormais, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie dans le royaume de Dieu, » où la victime qui va bientôt être immolée, et qui est moimême, deviendra la Pàque du peuple nouveau, où le festin eucharistique succédera à la Pâque figurative, et en sera l'accomplissement : « Et ayant pris le calice, » la coupe que le Maître du festin bénissait en cérémonie, dont il buvait, et qu'il passait ensuite à tous ceux qui étaient à table, et qu'il ne faut pas confondre avec le calice eucharistique, « il rendit grâces, et dit : Prenez, et partagez entre vous. »

La fête de Pâque avait été instituée pour perpétuer, parmi les Juifs, le souvenir de leur délivrance de l'esclavage d'Egypte, du passage (c'est le sens du mot pasclia, héb. pesach,) de l'ange exterminateur à travers l'Egypte, épargnant les maisons teintes du sang de l'Agneau, et frappant de mort les premiers nés des Egyptiens. Cette fête, d'une obligation étroite pour tous les Israélites, commençait le 15 nisan, c'est-à-dire le 14 nisan soir, et finissait le 21. On l'appelait aussi la fête des Azymes, ou pains sans levains, parce que, durant tout ce temps, il était défendu de manger du pain fermenté, en souvenir du pain sans levain que leurs ancêtres avaient mangé dans leur prompte fuite de l'Egypte. Le 14 nisan, la veille de la fête, et, chez les Galiléens, dès le 13 nisan, tout pain fermenté devait disparaître de la maison. On la parcourait tout entière, à la lueur d'une lampe, et tout le pain fermenté que l'on trouvait devait être livré aux flammes. De là le nom de premier jour des azymes, donné au 14 nisan.

Mr. 47. Vesperè autem facto, venit cum duodecim. — L. 4 4. Et cùm facta esset hora, discubuit, et duodecim apostoli cum eo. — 45. Et ait illis : Desiderio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum, antequam patiar. — 46. Dico enim vobis, quia ex hoc non manducabo illud, doive impleatur in regno Dei. — 47. Et accepto calice, gratins egit, et dixit ; Accipite, et dividite inter yos,

Le mois de nisan était, pour les Juifs, le lor mois de l'année ecclésiastique.

Dès le 10 nisan, chaque père de famille mettait à part un jeune bélier ou un bouc, âgé d'un an et sans tache, qui devait servir d'agneau pascal et être immolé le 1 4 nisan, entre les deux vêpres, c'est-à-dire., entre trois heures de l'après-midi et six heures du soir, devant l'autel du temple, où le prêtre devait en répandre le sang au pied de l'autel. On le transperçait longitudinalement et horizontalement avec deux broches de bois, de manière à figurer une croix, et on le faisait rôtir. Les Israélites devaient se réunir en nombre convenable pour pouvoir manger l'agneau tout entier en une seule fois, car, on ne devait laisser aucun reste, et on devait brûler les os, ainsi que ce qui pouvait rester.

On ajoutait à l'agneau pascal un plat d'herbes amères, laitue, cresson, etc., en souvenir de la dure servitude de l'Egypte, ainsi qu'une espèce de bouillie ou crème, appelée chiroset, composée avec des dattes, des figues, des amandes, des noix, et autres fruits, écrasés et cuits avec du vinaigre et assaisonnés de canelle et autres épices, et dont la couleur brune rappelait les briques d'Egypte.

Le repas commençait à la nuit tombante. Le père de famille, ou celui qui en tenait lieu, commençait par bénir une coupe pleine de viu rouge, souvenir du sang égyptien, versé au jour de la délivrance, en disant"? « Ceci est le signe de notre liberté, et le mémorial de la sortie d'Egypte. Béni soit le Seigneur notre Dieu. Soyez béni, Roi de l'univers, vous qui avez créé le fruit de la vigne; » puis chacun y participait à la ronde. Après avoir bu, on se lavait les mains, et chacun se mettait à table. Les convives ne mangeaient pas debout, ni assis sur des chaises, mais, suivant l'usage d'alors, couchés sur des lits (a), te coude gauche appuyé sur la table, afin de pouvoir manger avec la main doite.

(a) «Etiam pauperrimus Israelila, est-il écrit dans le Thalmud, ne comedat, anlcquàm accumbat. Mos servornm est, ut edant slantes; ac nunc, comedunl accumbentes, ut dignoscatur exitse eos à servitute in libertatem.» (Voy. Lightfoot, Hor. heb.)

On apportait alors sur la table l'agneau rôti et les autres plats. On mangeait d'abord des herbes amères, puis, l'un des fils de la famille demandait ce que cela signifiait, et le père l'expliquait, en racontant l'histoire de la sortie d'Egypte. On récitait les psaumes 183 et 114, qui ont rapport à ce sujet, puis, on vidait, à la ronde, une seconde coupe de vin. Le père de famille se lavait de nouveau les mains, prenait des pains azymes, plats et ronds, les brisait en deux morceaux, et les plaçait l'un sur l'autre, en disant : » Soyez béni, Seigneur, Roi de l'univers, qui avez fait sortir le blé du sein de la terre. » Alors, il partageait le pain entre les convives, de sorte que chacun en recevait un morceau égal à la moitié d'un œuf, et chacun le mangeait ou sec, ou trempé dans le ehiroset. Alors, on mangeait l'agneau, en récitant des prières particulières. Le père de famille se lavait de nouveau les mains, et buvait avec les convives une troisième coupe, qu'on appelait la coupe de l'action de grâces, à cause des prières que Tony joignait.. On chantait ensemble les psaumes 117 et 118, puis on buvait la quatrième coupe, puis on chantait les cantiques do louange, ou les psaumes, 120-137, et une cinquième coupe terminait le repas. C'est de cette manière que dut avoir lieu la Pàqueque Jésus fit avec ses disciples, et où il dut remplir les fonctions du père de famile. Etendu sur un tridinium ou divan, le bras gauche sur un coussin, il avait à sa droite saint Jean, le disciple bien-aimé, à sa gauche, saint Pierre. La première place, chez les Hébreux, était à gauche, c'est-à-dire à la tête de l'hôte qui occupait le milieu de la table; mais Jean était mieux placé pour parler au divin Maître. Les douze Apôtres étaient en demi-cercle autour de lui. L'autre côté de la ta] île, dit l'hémicycle, restait libre pour ceux qui servaient.

Page 1