C. Jésus dénonce la trahison de Judas
v. « Je ne dis pas ceci de vous tous; je sais qui j'ai choisi. » — Rien n'est caché aux regards de Jésus. Cstte pensée doit nous exciter à la vigilance et à la ferveur. — « II faut que celte parole s'accomplisse : Celui qui mange le pain avec moi, lèvera le pied contre moi. » — Est-ce seulement à Judas, que cette parole s'applique ?
v. 20. « En vérité, en vérité je vous le dis, celui qui reçoit celui que f aurai envoyé, me reçoit moi-même. » — Dignité des prêtres I... Ils sont les envoyés, les représentants de Jésus^ Christ ; il ne font qu'un avec lui ; leur mission fait partie de la sienne; c'est sa place qu'ils tiennent ; c'est son autorité qu'ils exercent; ce sont les fonctions de son sacerdoce qu'ils continuent.
v. 21. « Lorsqu'il eut dit ces choses, Jésus s'émut jusqu'au fond de l'âme. » — Les péchés des prêtres portent le trouble dans l'âme de Jésus.
M. v. 22. « Ils étaient vivement attristés, et ils commençaient chacun à dire : Est-ce moi, Seigneur? » — Nous devons tout craindre de notre faiblesse. Les justes eux-mêmes craignent toujours quelque mal secret caché au fond de leur conscience. — Si la grâce nous abandonnait, il n'est pas de crimes dans lesquels nous ne soyions capables de tomber.
Jo. 23 « Alors le disciple qui reposait sur le cœur de Jésus, lui dit : Seigneur, qui est-ce7: » — L'amour chasse la crainte, et nous inspire, à l'égard do Jésus, une douce familiarité, pleine de confiance.
Mc. v. 23. « Judas, celui qui le trahit, prenant aussi la parole : Est-ce moi, Maître, dit-il. Tu Vas dit, répondit Jésus. » — Cette demande prouve l'impudence et l'irrémédiable endurcissement de Judas. Il fallait qu'il fût bien exercé dans l'art de la dissimulation, pour conserver son sang-froid, pour ne laisser échapper aucune marque de trouble et de confusion, lorsqu'il se sentit frappé par les paroles de Jésus-Christ. Celui qui peut encore rougir n'est pas entièrement perdu. « Erubuit, salvus est, » dit Tertullien. — Admirable douceur de N. S. Jésus-Christ à l'égard du traître !
v. 28. « Aucun de ceux qui étaient à table ne comprit ce mot. » — La charité ne croit le mal que quand il lui crève les yeux.
v. 29. « Quelques-uns même pensaient que, comme Judas (irait la bourse, Jésus lui avait dit ; Achète ce dont nous avons besoin, pour la fêle, et donne quelque chose aux pauvres. » — Jésus, qui vivait de charité, la faisait lui-même.
y. 30. « Judas donc, ayant pris cette boucliée, sortit aussitôt. Or, il était nuit. » — Dans l'àme du pécheur que le démon possède, la nuit se fait, nuit effrayante! Toutes les bonnes pensées, toutes les lumières de l'esprit s'évanouissent ; tous les rayons de l'espérance disparaissent. Il marche vers l'abîme sans réfléchir, sans se demander où il va..., jusqu'à ce que l'abîme s'entr'ouvre sous ses pas, et se referme sur lui. Son visage lui-même s'assombrit, et perd sa sénérité.
D. Institution de l'Eucharistie.
Me. v. 26. « Tandis qu'ils étaient à table, Jésus prit du pain, le bénit et le rompit, et le donna à ses disciples, en disant : Prenez, et mangez, ceci est mon corps. » — A la veille de sa mort, Jésus ne pense qu'à nous; il veut nous donner encore une marque dernière et suprême de son amour, et tout en remontant vers le ciel, trouver le moyen de rester encore au milieu des hommes. C'est le testament de Jésus prêt à quitter la terre. — Une mère nourrit son enfant de son lait, de sa substance ; Jésus- Christ se donne lui-même tout entier à nous pour être la nourriture de notre âme. « Oui le Seigneur a perpétué la mémoire de ses merveilles ; il est le Dieu de bonté, le Dieu de miséricorde ; il a donne la nourriture, ou plutôt, il s'est donné lui-même pour nourriture, à ceux qui le craignent. » (Ps. ex, 4.)
Tous les prodiges que Jésus a opérés jusqu'ici ne sont rien auprès de celui-ci. Il renverse toutes les lois de la nature, sans que la nature soit dérangée; il multiplie, il prodigue les miracles, sans que l'œil puisse les apercevoir ; et ces miracles se perpétueront jusqu'à la fin des siècles.
Les pères donnent à leurs enfants, dans leurs testaments, leurs biens, leur succession, leur héritage ; mais J.-C, dans le testament qu'il fait avant de mourir, nous donne son corps, son sang, son âme, sa divinité, un bien infiniment plus précieux que tous les trésors de la nature et tous les empires du monde. Quel présent! Quelle prodigalité d'un Dieu à l'égard de sa créature ! Si ce Dieu de bonté avait permis à l'homme de lui demander tout ce qu'il eût voulu ou pu imaginer, l'homme aurait-il jamais osé porter jusque-là ses espérances? Ce Dieu, pour contenter les désirs de l'homme, auraitr-il pu trouver quelque chose de meilleur à lui donner? Non, dit saint Augustin, « Cùm sit divitissimus, plus dare non potuit. — De Deo toto dites, » dit saint Ambroise.
Oui, ô mon Sauveur, je crois, malgré le témoignage de mes sens, malgré l'étonnement de ma raison, que vous vous donnez tout entier à une pauvre créature comme moi dans la sainte
communion. Mes sens peuvent me tromper, mais vous êtes la vérité par essence. Rien n'est au-dessus de votre puissance, rien n'est au-dessus de votre amour.
v, 29. « En vérité, je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai de nouveau, dans le royaume de mon Père, arec vous. » — Le festin eucharistique est la figure, le gage et l'avant-goût de la félicité du ciel, de ce festin éternel d'amour, de cette communion où nous jouirons de Dieu pour l'éternité.
PROJETS HOMILÉTIQUES.