I. Histoire de V institution
1) Elle eut lieu le jeudi-saint, la veille de la mort de Jésus-Christ, après qu'il eût mangé avec ses disciples l'agneau pascal : « Ccenantibm eis... V espère autem facto, discumbebat cum discipulis. » — 2) Jésus prit le pain, le bénit, le rompit, le distribua à ses disciples, en leur disant : « Prenez et mangez, ceci est mon Corps : Accepit Jésus panem, etc. » — 3) Puis, prenant le calice, il rendit grâces, et le leur donna, en disant : « Buvez en tous, car ceci est mon Sang, le Sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour un grand nombre, pour la rémission des péchés : Et accipiens calicem, etc. » — 4) Il ajoute ensuite : « Faites ceci en mémoire de moi : Hoc facite in meam commemorationem. »
II. Qu'est-ce que l'Eucharistie, telle que l'institua Notre Seigneur Jésus-Christ ?
C'est, 4) le changement du pain au Corps de Jésus-Christ, et du vin en son sang, et par suite, la présence réelle de Jésus-Christ sous les apparences du pain et du vin. C'est ce qui résulte nécessairement des paroles de Jésus-Christ citées précédemment : « Hoc est Corpus meum. ; hic est sanguis meus-.., qui j)ro vobis effundetur, etc. » — Présence, a) véritable, et non symbolique : « Caro mea verè est cibus..., sanguis meus verè est pot us » (J. vi, 57); b) réelle, et non une simple figure : « Hoc est Corpus meum » [Voy. la Polémique qui précède...); persistante, tant que durent les espèces du pain et du vin : « Panis quem frangimus, nonne parlicipatio corporis Domini est? » (i. Cor. x, '16; d) sous les espèces du pain et du vin (transubstantiation), et non mêlée avec le pain : « Qui manducat meam earnem, et bibit meum sanguinnn, in me manet..; qui manducat me » (Jo. vi, 57-58). — 2( Un sacrement institué pour être la nourriture de nos âmes. On y découvre tous les caractères essentiels du sacrement, a) Le signe sensible; les espèces du pain et du vin, qui représentent extérieurement la grâce intérieure qui nourrit et fortifie notre âme; 6) la matière, qui consiste dans le pain et le vin; c) la forme qui consiste dans les paroles de la consécration; d) la grâce intérieure, qui conserve et augmente la vie surnaturelle de notre âme : « Ego sum panis vitœ... Si quis manducaverit ex hoc pane, vivet in œternum; » e) l'institution, par Notre Seigneur Jésus-Christ : « Hoc facile in meam commémorât ionem. »
3) Un sacrifiée, qui doit remplacer tous les sacrifices de l'ancienne loi : sacrifice, a) véritable : « Uni pro robis effundetur; » b) le même que celui de la croix : « Quipro vobis, etc. » — Il n'y a de changé quo la manière dont il s'offre ; c) universel et perpet
rpétueï : « I» omni loco
sacrificatur et offertur nomini meo oblatio munda. » (Malach., i, 11); d) nécessaire, pouvant seul satisfaire à Dieu, et l'honorer d'un culte digne de lui : « Oblatio munda ; » e) réunissant tous les caractères des anciens sacrifices; aa[ le plus parfait des holocaustes,^ seul capable de rendre à Dieu une gloire infinie : « Qui cùm in forma Dei esset, non rapinam arbitrants est esse se œqualem Deo : Secl semetipsum humiliavit, etc. » (Ph. ii, 6-8); bb) sacrifice eucharistique, où Jésus-Christ lui-même se charge d'acquitter la dette de notre reconnaissance...; ce) sacrifice propitiatoire : « Qui peccata nostra ipse pertidit in corpore suo super lignum...; ut peccatis mortui, justitiœ vivamus » (iTPet. h, 24(; dd) sacrifice impétratoire : « Advocatum habemus apud Patrem Jesum Christum » (i. Jo. n, 1); f) source des grâces les plus abondantes : « Quanto magis sanguis Christi.., emundabit conscienliam nostramt » (Heb. ix, 13-14).
III. Desseins de Jésus-Christ dans l'institution de l'Eucharistie.
Il a voulu : 1 ) offrir à l'homme une source abondante de grâces : « Qui manducat meam carnem, etc. » — L'Eucharistie produit dans l'âme de ceux qui la reçoivent dignement les effets les plus précieux : a) elle nourrit et fortifie en eux la vie spirituelle, la foi, l'espérance, la charité (Jo. vi, 54-58) ; b) elle nous délivre des fautes vénielles et nous préserve des fautes mortelles (ibid.); c) elle nous unit intimement avec Jésus-Christ : « Qui manducat meam carnem in me manet, et ego in eo » (Jo. vi, 57). — Jésus-Christ s'unit à nous aussi intimement que la nourriture que nous prenons s'unit à notre corps; d) elle unit les chrétiens par les liens de la charité fraternelle : « Unus panis, unum corpus multi sumus, qui de uno pane participamus » (i. Cor., x, 1 7) ; e) elle est un gage de la résurrection future, et de la vie éternelle : « Qui manducat meam carnem..., habet vitam œternam, et ego ressuscitabo eum in novissimo die » (Jo. vi, 55).
2) Manifester l'amour infini qu'il a pour les hommes, en se donnant à eux, en trouvant le moyen de rester au milieu d'eux : « Memoriam fecit mirabilium suorum...; escam dédit timentibus se » (Ps. ex, 3-5).
« Totus in nostros îisus impensus Non relinquam vos orphanos. »
— L'amour infini de Jésus-Christ s'est manifesté, dans ce sacrement . a) dans la manière dont il se donne aux hommes, obscurcissant l'éclat de sa majesté sous le voile du sacrement, afin que nous n'en soyons pas opprimés..., et que nous puissions approcher de lui sans crainte : « Deliciœ meœ esse eum filiis hominum » (Prov. vm, 31); b) dans les pirincipales circonstances, qui ont accompagné l'institution de l'Eiucharislie... : aa) Il l'a établie la veille de sa mort, comme son dernier testament..., afin de perpétuer le souvenir de ce qu'il a souffert pour nous; bb) il prit le pain et le vin, pour marquer qu'il était pour nous le pain dévie, la nourriture de notre âme, une source de force, de joie et de consolation..., le gage de la vie éternelle... : « Caro mea verè est cibus... Calix inebrians quam prœclarus est! » (Ps. xxii, 5).