A. COMMANDEMENT NOUVEAU. — JÉSUS PRÉDIT LA CHUTE DE SAINT PIERRE
Lorsque Jésus-Christ eut terminé l'institution du sacrement de son corps et de son sang et du sacrifice non sanglant de la nouvelle alliance, avant, de se séparer, pour la dernière fois, de ses Apôtres, il voulut épancher son cœur dans un dernier entretien. « Mes enfants ~bienaimés, » leur dit-il, vous que j'aime avec la tendresse d'une mère, «je n'ai plus que feu de temps, » à peine quelques heures, « a rester avec vous; » car je vais terminer l'œuvre de rédemption pour laquelle'jc suis venu sur la terre, et après l'avoir accompli, retourner vers mon Père, jouir de la gloire qui m'est réservée. « Vous me chercherez; » vous désirerez ma présence, et je manquerai à votre amour; « mais, ce qu'autrefois je disais aux Juifs » (J. vu, 34), je vous le dis à vousmêmes, quoique dans un autre sens : « vous ne pouvez venir où je vais; » l'heure n'est pas venue pour vous de mourir, et de me suivre dans la gloire éternelle, « du moins, pour le moment. »
Mais, avant de vous quitter, j'ai une dernière recommandation à vous faire. Après avoir institué le sacrement de l'Amour, par lequel vous ne faites tous, en quelque sorte, qu'un même corps avec moi, «je roi' s donne, » pour une alliance nouvelle, « un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres; aimezvous comme je vous ai aimés. » Aimez-vous, non plus seulement, comme les créatures du même Dieu, comme
J. XIII. 33. Filioli, adhûc modicùm vpbiscum sum. Quaeretis me; et sicut dixi Judaeis, qup ego vado, vos non potestis \ cuire; et vobis dico modo : — 34. Mandatum novum do vobis :
descendants d'Abraham, votre père commun, mais aimez-vous comme des frères, comme enfants de l'Eglise mon épouse, comme membres du même corps dont je suis le chef. Je ne vous dis plus seulement, comme le Décalogue de la loi ancienne : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même; » l'amour que tu as pour toimême sera la règle de ton amour pour le prochain ; tu éviteras de faire aux autres ce que tu ne voudrais pas que l'on te fît à toi-même; mais je vous dirai : « Aimezvous les uns les antres comme je vous aimés moi-même, » jusqu'au sacrifice de vous-mêmes, jusquà donner votre propre vie pour sauver la cause de vos frères. « C'est à ce signe que tous connaîtront que vous êtes mes disciples. » Frappés d'admiration à ce spectacle inouï jusque là sur la terre, les païens s'écrieront : Voyez comme ils s'aiment les uns les autres; oui, il y a là vraiment, dans ce sublime spectacle de la charité fraternelle, comme un rayonnement, un reflet du ciel, quelque chose de divin, de supérieur à l'humanité; ce sont vraiment les enfants de Dieu.
« Simon Pierre, » frappé des paroles de Jésus-Christ qui annonçaient qu'il allait les quitter, et par lesquelles il semblait leur faire ses derniers adieux, « lui dit, » plein de trouble et d'anxiété : « Seigneur, où allezvous^. » pourquoi parlez- vous de nous quitter, et à quels périls voulez-vous vous exposer, sans vos fidèles disciples? « Jésus répondit : Où je vais, tu ne yeux me suivre à présent, tuais tu me suivras plus tard, » quand tu subiras la glorieuse mort du martyre. « Pierre, » toujours impétueux, toujours ardent à s'abandonner aux premiers mouvements de son cœur, «lui dit : Pourquoi ne puis-je vous suivre à présent? » » Ce ne sont pas, du moins, les dangers à courir qui peuvent m' arrêter : « je donnerai ma vie "pour vous. Jésus lui dit, »
Ut diligetis invicem, sicut dilexi vos ; ut et vos diligatis invicem. — 35. In hoc cogno?cent omnes quia discipuli mci cstis, si dilectionem habueritis ad invicem. — 36. Dicit ei Simon Petrus : Domine, quo vadis? Respondit Jésus : quo ego vado, non potes me modo sequi ; sequeris autem posteà, — 37. Dicit ei Petrus : Quarè non possum te sequi modo? animam meam pro te ponam. 38. Respondit ei Jésus:
en le regardant avec tristesse : « Tu donneras ta vie pour moi? » Pauvre aveugle, que tu connais peu ta faiblesse, et que bientôt ta présomption va être mise à une cruelle épreuve ! » En vérité, en vérité, je te le dis, Je coq ne chantera point, que tu ne m'aies renié trois fois. »
« Simon, Simon, voilà que Satan fa demandé pour te cribler comme le froment. » — Il s'apprête à diriger toute sa fureur contre le chef de mes Apôtres, de mon Eglise, persuadé que sa chute entraînera tout le reste. « Mais moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point, » que ta chute serve à t'humilier, à te guérir d'une présomption funeste, mais non à te perdre sans retour : « et toi, » à ton tour, « quand tu seras converti, affermis tes frères. » Oh! oui, une épreuve terrible vous attend tous. « Je serai pour vous tous, cette nuit, 'une occasion de scandale » et de chute, « car il est écrit, » dans le prophète Zacharie, si ce n'est littéralement, du moins, quant au sens (Zach. xm, 7) : a Je frapperai le pasteur, et les brebis seront dispersées, liais, une fois ressuscité, je vous précéderai dans la Galilée. »
« Pierre, » incorrigible dans sa présomptueuse confiance en lui-même, « s'écria de nouveau : Quand tous vous abandonneraient, je ne me séparerai jamais devons : Seigneur, je suis prêt à aller avec vous, même en prison, même à la mort. » Tu veux mourir pour moi, reprit de nouveau Jésus, « en vérité, je le te dis » encore une fois, « aujourd'hui même, et cette nuit » où nous allons entrer, « avant que le chant du coq se soit fait
Animam tuam pro me poncs? Amen, amen dico tibi : non cantabit gallus, donec ter me neges. — L. XXII, 31. Ait autem Dominus : Simon, Simon, Satanas expetivit vos ut cribraret sicut triticum. — 32. Ego autem rogavi pro te ut non deficiat fides tua; et tu aliquando conversus confirma i'ratres tuos. — M>. XXVI. 31. Omnes vos scandalum patiemini in me, in istâ nocte; scriptum est enim : Percutiam pastorem, et dispergentur oves gregis. — 32. Postquam autem resurrexero, preecedam vos in Galilœam."— 33. Respondens autem Pctrus, ait. illi : Etsi omnes scandalizati fuerint in te, ego numquam scandalizabor. L. Domine, tecum paratus sum et in carcerem et in mortem ire. — M''. 30. Et ait illis Jésus : Amen dico tibi, quia lu hodiè, in nocte hâc, priusquam gallus
Dehaut. L'Evang.— T. IV. 14
deux fois entendre, » (les Juifs distinguaient un triple chant du coq, le premier vers minuit, le second vers les trois heures du matin), « tu me renieras trois fois. » Non, Seigneur, cela ne sera pas, répéta de nouveau Pierre alarmé, « quand même il faudrait mourir avec vous, je ne vous renierai 'pas. Tous les autres disciples dirent la même chose. » Il le pensait comme il le disait; sa chute seule pourra humilier et abattre sa présomptueuse confiance en lui-même.
« Jésus leur dit encore : Quand » autrefois «.je vous ai envoyés » prêcher l'Evangile, « sans tâtons, sans lesace et sans chaussures, » vous remettant aux soins de la Providence qui devait veiller sur vous du haut du ciel, la Providence vous a-t-elle fait défaut? « Quelque chose vous a-t-il manqué? » n'avez-vous pas trouvé partout une hospitalité attentive à pourvoir à tous vos besoins? — Non, « répondirent-ils , rien » ne nous a manqué. Eh bien « maintenant, » reprit Jésus-Christ, il n'en sera plus ainsi. Vous touchez à un temps d'épreuves, de périls et de persécution. Ce ne sera plus seulement d'un bâton qu'il faudra vous munir, mais d'une épée ; « quiconque a un Mton, qu'il le prenne, et sa besace; et que celui qui n'en a point, vende sa tunique, et achète une épée. » Jésus parle ainsi, non pour conseiller à ses disciples de recourir, pour se défendre, à des armes défensives; bientôt, il le leur défendra expressément; mais, par une sorte de langage figuré, propre à leur faire sentir plus vivement qu'une guerre à outrance allait leur être déclarée. « Car je vous le dis, il faut que cette parole de l'Ecriture (Isa. lui, 12) s'accomplisse en moi : Il a été mis an nombre des scélérats. Tout ce qui a été ]}ropliétisé de moi est au moment de s'accomplir. »
Les Apôtres, prenant les paroles précédentes de
vocem bis dedcrit, ter me es negalurus. — 31 . At ille ampliùs loquebatur : Et si oportuerit me simul comnu»ri tibi, non te negabo. Similiter autom et omnes (discipuli) diccbant. — L. Et dixit eis : 35. Quando misi vos sine sacculo, et perâ, et ealceamentis, numquid aliquid défait vobis ? — 36. At illi dixeriint : Nihil. Dixit ergo eis : Sed nimc qui habet sacculuiu tollal; similiter et peram; et qui non habet,
Jésus, « qu'il vende sa tunique, et achète une épée, » dans leur sens grossier et littéral, « lui disent : Seigneur, il y a ici deux glaives, et les voici. C'est assez, leiir répondit Jésus, » avec un doux sourire, c'est beaucoup plus qu'il ne faut, pour l'usage que vous devez en faire.