‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 189 sur 359 · B. PRIÈRE DE JÉSUS POUR SES DISCIPLES · texte numérisé non relu

B. PRIÈRE DE JÉSUS POUR SES DISCIPLES

« J'ai manifesté votre gloire aux hommes que vous m'avez donnés » sur la terre, que vous avez séparés « du monde » pour me les attacher, pour en faire mes disciples, et comme les prémices de mon Eglise. « Ils étaient vôtres; » ils croyaient en vous comme de fidèles Israélites, « et vous me les avez donnés; » je les ai reçus de votre main comme un don précieux, comme ma propriété la plus chère, comme le prix de mon sacrifice, « et ils ont fidèlement gardé votre parole. Maintenant, » grâce aux instructions qu'ils out reçues de moi, « ils ont connu, que tout ce que vous m'avez donné est de

opus consummavi quod dedisti mihi ut faciam. — 5. Et nunc clarifica mo, tu Pater, apod temetipsu», claritate quam habui, priusquam mundus esset, âpud te. — G Manifestavi nomen tuum hominibus, quos dedisti mihi de mundo. Tui erant, et mihi eos dedisli; et sermonom tuum servaverunt. — 7. Nunc cognoverunt quia omnia quœ dedisti mihi abs te sunt.

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vous » que ma parole était votre parole même, que ma mission était divine et mon origine céleste, « parce que les paroles que vous m'avez données, je les leur ai données à mon tour; » la doctrine que j'ai reçue de vous, je la leur ai communiquée, « et »ces paroles, «ils les ont reçues, » avec respect et avec foi, « et ils ont connu que je suis vraiment sorti de votes, » que je suis votre Fils unique et consubstantiel, «et ils ont cru,» d'une foi sincère, «que votes m'avez envoyé » pour instruire et sauver le monde ; ils ont reconnu en moi le Messie Rédempteur annoncé par les prophètes. « Et moi, je prie pour eux. Ce n'est pas pour le monde (a) » pour les hommes obstinés, corrompus, qui ferment volontairement les yeux à la lumière, « que je vous implore » en ce moment. Bien qu'ils ne soient pas absolument exclus de mes prières et des grâces de la rédemption, en ce moment solennel, ce n'est pas pour eux que je prie, mais, pour mes fidèles disciples, « pour ceux que vous m'avez donnés, parce qu'ils sont à vous, » que déjà ils vous étaient unis par la grâce sanctifiante. Oui, ils sont à la fois à vous et à moi, « car tout ce qui est mieti est vôtre, et tout ce qui est vôtre est mien; » tout est commun entre vous et moi, qui n'avons qu'une même nature et une même divinité, « et j'ai été glorifié en eux, » par leur foi sincère. Je vous les recommande d'autant plus instamment que « je touche au moment ou bientôt je ne serai plus de ce monde, » pour veiller sur eux et les

8. Quia verba quae dedisti mihi, decli eis; et ipsi acceperunt, et cognoverunt verè quia à te exivi, et crediderunt quia tu me misisti. — 9. Ego pro eis rogo; non pro mundo rogo, sed pro his quos dedisti mihi : quia tui sunt. — 10. Et mea omnia tua sunt, et tua mea sunt; et clarificatus sum in eis. — W. Et jam non sum in mundo,

(a) Jésus ne prie pas pour le monde, car ce serait prier pour le mal môme; il ne prie pas pour autoriser et tranquilliser te monde dans ses désordres, et pour lui en épargner la juste punition, s'il y perse ère jusqu'à la fin : mais il prie pour tous les hommes qui sunt du monde, pour qu'ils cessent d'en être: pour tous ceux qui, se séparant d'un monde corrompu, concourent, dans la suite des âges,' à ne combattre l'empiré. 11 n'est pas permis de conclure de ce texte que Jésus n'a prié et n'a ofïefl le prix de sa mort que pour le salut des seuls élus, car c'est une hérésie formellement condamnée par l'Eglise.

protéger, « et eux resteront dans le monde, » au milieu du moude ennemi, corrompu, persécuteur, « tandis que moi, » forcé de les abandonner, « je vais à vous, » je retourne vers vous, « Père Saint, » Dieu de sainteté et d'amour, qui ne haïssez que le péehé; remplacezmoi auprès d'eux, et protégez-les de votre main puissante, « conservez dans votre nom, » dans la connaissance de vos divines perfections, dans la loi, vivifiée par l'amour qui les unit à vous, « ceux que vous m'avez donnés, » afin qu'unis ensemble par la charité que l'Esprit-Saint répandra dans leurs cœurs, ils n'aient qu'un cœur et qu'une âme, « et soient un comme nous, » unis par la grâce, comme nous le sommes par la nature. (Il n'y a qu'un Dieu qui puisse dire, en parlant à Dieu : Sicut et nos.)

« Quand j'étais avec eux » sur la terre, je veillais sur eux, comme le bon Pasteur sur ses brebis, « je les conservais dans » la connaissance de « votre nom. J'ai gardé » fidèlement « ceux que vous m'avez donnés, et pas un d'eux n'a péri, hors le fils de 'perdition, » le malheureux Judas, qui s'est perdu lui-même, par sa malice obstinée, que l'enfer réclame comme sa proie, « et en qui» les prophéties contenues dans « V Ecriture sainte » (Ps. xl, 10. « L'homme de ma paix, de ma confiance, qui mangeait à ma table, s'élève insolemment contre moi. » Ps. lxxiv, 3, etc.), « doivent trouver leur accomplissement. Mais maintenant, » il faut que je les abandonne, car, a je retourne vers vous; » c'est à vous de me suppléer auprès d'eux, « et je votes fais cette prière, sur le point de quitter le monde, pour qu'ils aient en eux la plénitude de ma joie, » pour que la joie toute céleste que je fais goûter à mes fidèles disciples, clans l'intimité de mon amour, ne s'éteigne pas en eux, qu'elle augmente au contraire, et s'épanche dans leur cœur dans toute sa plénitude. Ils ont besoin de ces consola-

et hi in mundo sunt, et ego ad te venio. Pater sancte, serva eos in nomine tuo, quos dedisti mihi; ut sint unum sicut et nos. — 42. Cùm essem cum eis, ego servabam eos in nomine tuo. Quos dedisti mihi, custodivi; et nomo ex eis periit, nisi filius perditionis, ut Script ui a impleatur. — 44. Nunc autem ad te venio; et hase loquor in mundo, ut habeant gaudium meum impletum in semetipsis.

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tions célestes, car, « je leur ai annoncé votre parole, et le monde, » à qui cette parole est odieuse, « les a eus en haine farce qu'ils ne sont point du monde, » qu'ils n'ont point les pensées ni les affections corrompues du monde, qu'ils sont appelés à combattre, « comme moi-même, je ne suis pas du monde, » héritant ainsi de la haine que le monde porte à leur Maître. « Toute fois, je ne demande pas que vous les étiez, » dès ce moment « du monde, » pour les recevoir, à ma suite, dans la gloire céleste, car il faut qu'ils restent dans le monde, cour le convertir, le régénérer, le ramener à la foi ; « mais je voies demande que vous les sauviez du mauvais, » de Satan, de celui qui est mauvais par essence, et le principe de tout mal, que vous les sauviez de la rage de Satan, conjuré contre eux. « Ils ne sont point du monde, comme moi-même, je ne suis point du monde; » ils n'en n'ont ni la malice, ni la corruption; mais, faites plus encore, que de les préserver du mal, et, c'est la seconde prière que je vous adresse pour eux, « santifiez-les dans la vérité; » grâce à l'Esprit-Saint qu'ils recevront, que la véritédivine s'enracine dans leurs cœurs, qu'elle les pénètre, les transforme, et les élève à une sainteté parfaite, qui les rende capables de remplir leur mission apostolique et de convertir le monde ; « car, de même que vous m'avez envoyé dans le monde, moi aussi, je les envoie dans le monde. Et pour eux, je me sanctifie, » je me dévoue, me sacrifie, je fais de moi une victime sainte, immolée pour le salut du monde, « afin qu'ils soient eux-mêmes sanctifiés dans la vérité, » afin que, par les mérites de mon sacrifice, ils reçoivent le Saint-Esprit, qui leur donnera la véritable sainteté.

44. Ego dedi eis sermonern tuum; et mundus eos odio habuit, quia non sunt de mundo, sicut et ego non sum de mundo. sed ut serves eos à malo. — 16. De mundo non sunt, sicut et ego non sum de mundo. — 17. Sanctifica eos in veritate. Sermo tuus veritas est. —

18. Sicut tu me misisti in mundiun, et ego misi eos in mundum. —

19. Et pro eis ego sanctifteo me ipsum, ut sint et ipa sanrtiticati in veritate.

Dehaut. L'Evang— T. IV. *9

c. prière pour l'eglise.

Mais, «je ne prie plus pour e»x seulement, mais pour tous ceux qui, » éclairés, convertis, a par leurs paroles, » par la prédication évangélique, « croiront en moi, afin que tous, » ne formant qu'un même corps, dont je suis le chef, « ils soient un, » dans l'unité d'une même foi, d'une même espérance, d'un même amour, « comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous, afin qu'eux aussi, il s soient un en nous, et qu'ainsi le monde,-» frappé par le divin spectacle de leur charité fraternelle, et de leur vie toute céleste, soit forcé de reconnaître dans l'établissement de l'Eglise une œuvre divine et surhumaine, « et croit que vous m'avez envoyé » pour sauver le monde.

« Et la gloire que vous m'avez donnée, » comme homme, d'être, en vertu de l'union hypostatique, votre fils unique et consubstantiel, «je la leur ai, » en quelque sorte, « communiquée, » je ies en ai rendus participants, en les élevant à la sublime dignité d'enfants et d'héritiers de Dieu {Divine consortes natures ivPet. 1-6), « afin qu'ils soient un, comme nous sommes un. » Par cette communication de la vie divine, est produite l'union intime des hommes avec Dieu, et ainsi se manifeste l'amour infini, ineffable, sans mesure que Dieu leur porte. « Je suis en eux, » je fais en eux ma demeure, je leur suis entièrement uni par la charité que le Saint- Esprit répand dans leurs cœurs; on peut ajouter encore, par la participation au banquet eucharistique ; « et votes êtes en moi, » par l'unité d'une même essence, « pour qu'ils soient consommés dans l'unité, » ne formant tous qu'un même corps, dont je suis le chef, qu'une même famille, la grande famille des enfants de Dieu, « et que le monde, » s'il ne veut s'aveugler volontairement, soit

20. Non pro eis autem rogo tantùm; sed et pro eis qui creditur* sunt per yerbum eorum in me. — 24. Ut omnes unum sint, sicut tu, Pater, in me, ego in le, ut ipsi in nobis unum sint ; ut credat mundus quia tu me misisti. — 22. Et ego claritatem quam dedisti mihi, dedi eis; ut sint unum sicut et nos unum sumus. — 23. Ego in eis, et tu in me : ut sint consummati in unum, et cognoscat mundus.

forcé de « reconnaitre que vous m'avez envoyé, et que vous les avez aimés, » d'un amour immense et sans mesure, « comme vous m'avez aimé » moi-même.

Cette union intime, ineffable, des fidèles avec Jésus- Clirist, commencée dès ici-bas, par la foi et l'amour, doit avoir sa perfection, sa consommation dans le ciel; d'où la prière suivante où Jésus-Christ demande pour les fidèles l'éternelle félicité : « Mon Père, ceux que vous m'avez donnés, je veux » (c'est un fils qui demande avec assurance, comme ayant le droit d'être exaucé), « que, là où je suis, ils y soient aussi avec moi, pour qu'ils voient la gloire que vous m'avez donnée, » et qu'ils y participent eux-mêmes, « parée qu'avant que le monde fût, vous m'avez aimé. Père juste, » qui donnez à chacun ce qu'il mérite, « Je monde ne vous à point connu ; » par son incrédulité coupable, il s'est rendu indigne de l'éternelle félicité des élus; « mais moi, je vous ai connu, » et fait connaître aux hommes, « et ceux-ci, » pour lesquels je "vous prie, « ont connu que vous m'avez envoyé. Et je leur ai fait connaître votre nom, » vos divines perfections, votre sainteté, votre miséricorde, votre amour ineffable, etc; « et, » par l'envoi de l'Esprit-Saint, * je le leur ferai connaître encore » davantage, « afin que, » vous connaissant plus, ils vous aiment plus, et deviennent de plus en plus dignes de votre amour, et qu'ainsi, « l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux, » que vous aimiez en eux les images de votre Fils bien-aimé, les membres du corps mystique dont je suis le chef, « et que je sois en eux moi-même, » que j'habite en eux par l'Esprit-Saint. C'est par ces paroles que le Sauveur termina son entretien.

On peut bien dire que jamais, d'aucune bouche humaine ne sortirent des paroles d'une si pénétrante

quia tu me misisti, et dilcxisti cos sicut et me dilexisti. — 24. Pater, quos dedisti mihi, volo ut ubi sum ego, et illi sint meeum ; ut videant claritatem mcam quam dedisti mihi : quia dilcxisti me ante constitutionem mundi? — 25. Pater juste, mundus te non cognovit ; ego autem te cognovi; et hi cognoverunt quia tu me misisti. — 26. Et notum feci eis nomen tuum, et notum faciam ; ut dilectio quâ dilexisti me in ipsis sit, et ego in ipsis.

onction que cette prière de Jésus, au moment où il va mourir. Il semble, qu'avec lui, quittant la terre, on s'élève en ces régions sereines, où les âmes, après le temps du labeur, se reposent des fatigues d'ici-bas. — Il est impossible de lire ce discours sans se dire à soimême : Non, cela ne vient pas de l'homme, cela ne peut venir que du ciel; il n'y a qu'un Dieu qui puisse parler ainsi. Avec quelle tranquillité, ou plutôt, avec quelle joie triomphante, Jésus parle de son dernier sacrifice, de sa mort si affreuse et si prochaine! Quelle tendresse ineffable s'exhale de toutes ses paroles, et à laquelle le coeur le plus endurci ne pourrait rester insensible! « Mes petits enfants, je ne veux- plus vous appeler mes serviteurs, mais mes amis. Nul ne peut avoir un plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis... Ceux qu*> vous m'avez donnés, je veux que là où je suis, ils y soient avec moi, que l'amour dont vous m'avez aimé sôit en eux, et que je sois en eux, etc., etc. » — L'homme aurait-il jamais pu concevoir une telle tendresse, un tel héroïsme d'amour, de la part d'un Dieu, pour sa créature? Si Jésus-Christ ne nous l'avait révélé, la pensée ne nous en serait jamais venue.

Il est également impossible de ne pas admirer la sagesse toute divine qui brille dans tout ce discours. Rien ne lui est caché, tous les secrets de l'avenir sont à découvert à ses yeux ; il annonce sa passion, sa mort, le court triomphe cle ses ennemis, la chute de saint Pierre, sa résurrection, la descente du Saint-Esprit, les persécutions qui attendent les Apôtres, les miracles qu'ils opéreront, le martyre qui couronnera leur vie , la confusion des ennemis de l'Eglise, la destruction de l'empire de Satan, les succès de la prédication évangélique, et il n'y a, évidemment, qu'un Dieu, qui puisse parler ainsi de l'avenir, comme nous parlons du passé. Qui n'admirerait encore l'étonnante simplicité avec laquelle Jésus expose, sans aucune marque d'étonnement, comme s'il s'agissait de choses tout ordinaires, les mystères les plus relevés et les plus sublimes de la science divine, l'unité de la nature, avec la distinction des personnes, ses rapports avec le Père et le Saint- Esprit, desquels il parle comme on parle de ses égaux

(« pour qu'ils soient un comme nous sommes un ») le mystère de la rédemption, l'élévation de l'homme à la vie surnaturelle, etc. Rien de plus simple et de plus clair, à la première vue, que les paroles de Jésus- Christ, et les génies les plus sublimes ne peuvent en sonder toute la profondeur.

POLÉMIQUE RATIONALISTE

Nous faisions remarquer, tout à l'heure, la joie triomphante avec laquelle Jésus courait en quelque sorte au devant de la mort. Strauss se sert de cette circonstance pour attaquer la véracité des Evangélistes, mettant en opposition le récit de saint Jean avec celui des Synoptiques, qui rapportent la tristesse et les angoisses de Jésus-Christ au jardin des Olives. « Da?^s le discours de Dieu, que rapporte Jean, dit ce critique, Jésus parle tout-à-fait du ton d'un homme qui a déjà pleinement vaincu, dans son âme,, la souffrance prochaine; d'un point de vue où la nuit dis parait dans les rayons de la glorification qui la suit; dans une tranquillité divine pleine de sérénité, parce qu'elle est certaine de ne pouvoir être ébranlée, Comment, sans transition, cette tranquillité peut-elle se perdre dans les émotions les plus violentes, cette, sérénité se changer en une affliction mortelle, et comment put-il, après la victoire déjà remportée, retomber dans cette lutte d'une issue incertaine, où il eut besoin d'être fortifié par un ange?... Deux dispositions aussi opposées ne sont pas séparées par quelque événement enrayant, survenu dans l'intervalle; elles ne le sont que par le court espace de temps qu'il a fallu pour sortir de Jérusalem, traverser le Cédron, et arriver à la montagne des oliviers ; tout comme si Jésus avait perdu dans ce ruisseau, comme les âmes dans le Léthé , le souvenir du discours qu'il venait de prononcer, et des sentiments qui venaient de l'animer... Dans le fait, après les discours d'adieu, et surtout, la prière finale, où est exprimée la certitude de la victoire déjà remportée, c'eût été retomber d'une manière humiliante, que de retomber dans la lutte pleine d'angoisse que décrivent les Synoptiques. Celui

qui ne juge pas cela conforme au caractère de Jésus, se trouvera facilement conduit au dilemme que, ou bien le discours d'adieu, ou bien la scène de Gethsémani, ne peuvent être historiques. »

A cette longue accusation, nous nous contentons de répondre que Jésus ne retomba pas, lors de son agonie dans le jardin des Olives, dans une fuite d'une issue incertaine ; que, malgré les révoltes de la nature, sa volonté fut toujours, intérieurement, soumise à la volonté de son Père; que son agonie dans le jardin des Olives était le premier acte de sa passion; que, pour la rendre plus méritoire, il voulait subir, au milieu des ombres de la nuit, délaissé de ses Apôtres, toutes les défaillances de la nature humaine ; qu'il permit que le spectacle des souffrances horribles, de la mort infâme, qui l'attendaient, se peignît à son imagination, avec une vivacité effrayante, et qu'à cette vue, la nature humaine se soulevât tout entière, afin de triompher de cette nouvelle épreuve, de cette nouvelle et dernière tentation... Pendant son discours d'adieu, il avait principalement devant les yeux la gloire de son Père, celle de son humanité sainte, et le grand œuvre de la rédemption du genre humain, et à cette vue s'évanouissaient les terreurs de sa passion; mais, maintenant, son esprit n'aperçoit plus que celles-ci, et elles l'assaillent de toutes leurs horreurs; qu'y a-t-il d'étonnant qu'il tremble, et qu'il demande du secours? — Il n'y a rien là de contraire aux lois de la physiologie humaine. D'ailleurs, on peut penser, avec les saints Pères, que ce fut bien moins la perspective des souffrances qu'il allait subir, que le fardeau énorme des péchés du monde dont il se voyait chargé et qui lui apparaissaient dans toute leur horreur, qui plongea son âme dans les angoisses de Yagonie.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

Jésus-Christ se manifeste à nous, dans cette prière d'adieu, a) comme le souverain Prêtre de la loi nouvelle, offrant à Dieu son sacrifice pour le salut du monde, b) comme le Prophète par excellence, dont le regard pénètre tous les secrets de l'avenir,

tous les mystères de la divinité, c) comme le Roi messianique, à qui tout pouvoir est accordé sur toute chair, pour le salut du monde. — Cette prière présente un abrégé de toute la théologie. On y trouve le mystère de la sainte Trinité, de l'Incarnation, de la Rédemption, la constitution, l'unité de l'Eglise, l'union mystique de l'unie avec Dieu par la vie surnaturelle, l'éternelle félicité réservée aux élus, la condamnation du monde, etc., etc.

Jo, XVII, v. 1. « Jésus ayant dit ces choses, leva les yeux au ciel, et dit : » — Jésus, admirable modèle de la manière dont nous devons prier. Toutes nos actions doivent commencer et s'achever par la prière. Dans la prière, nos yeux et nos cœurs doivent s'élever vers le ciel. — « Père, l'heure est tenue. » — Tout a son heure, dans les desseins de Dieu. Tout ce qu'il a décrété arrive au temps prescrit. L'heure de notre mort est aussi fixée. Nous devons à l'exemple de Jésus-Christ, l'accepter, nous y disposer dans un esprit de soumission et de sacrifice. — « L'heure est venue, glorifiez votre fils. » — Il faut souffrir avant de jouir ; le combat doit précéder le triomphe. — «Pour que vo re Fils vous glorifie. » — La gloire de Dieu doit être la fin, le but unique de toute notre vie, de toutes nos actions. Si nous glorifions Dieu sur la terre, il nous glorifiera dans le ciel.

v. 2. » Comme vous lui avez donné puissance sur toute chair, afin qu'à tous ceux que vous lui avez donnés, il donne la vie éternelle. » — Jésus-Christ est le Roi du ciel et de la terre. Quiconque refuse de se soumettre à lui volontairement pour son salut, subira malgré lui sa puissance, pour sa perte éternelle. Jésus-Christ est Roi..., non pour ravir à ses sujets ce qu'ils ont..., mais pour leur donner tout ce qu'il possède... Jésus- Christ, source de la vie : hors de lui, nous ne pouvons que mourir.

v. 3. « Et ceci est la vie éternelle : qu'il vous connaissent, vous seul, vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus- Christ. » — Connaître Dieu, sans connaître Jésus-Christ, «'est connaître le but, et ignorer la voie qui y conduit, le moyen de l'obtenir. Qu'ils sont à plaindre, ceux qui connaissent tout, excepté la voie du salut !

v. 4. « Je vous ai glorifié sur la terre. » — Tout ce que nous ne faisons pas pour la gloire de Dieu est vain, inutile, ne servira qu'à notre condamnation. — « Pai consommé l'œuvre quevous m'avez donné à faire. » — Chacun a son œuvre à faire, ta mission assignée par la Providence. C'est de cela seul que Dieu nous demandera compte.

v. 5. « Glorifiez-moi en vous-même de la gloire que j'ai eue en vous, avant que le monde fût. » — Divinité, éternité de Jésus-Christ, comme Verbe de Dieu.

v. 6. « J'ai manifesté votre nom aux hommes. » — L'Evangile est une manifestation de Dieu comme Père. . . , comme Dieu de miséricorde et d'amour, de l'amour infini de Dieu pour les hommes. — « Ils étaient à vous, et vous me les avez donnés. » — Nous appartenons à Jésus-Christ. Il nous a reçus de son Père, nous a payés d'un prix inestimable, de son sang précieux, nous a instruits par sa parole, purifiés par le baptême, sanctifiés par la grâce, intimement unis à lui, par la foi, l'espérance et l'amour. Quelle ingratitude, quelle injustice, quelle folie, si nous quittions son service, si doux et si facile, pour le dur et honteux esclavage du moude, du péché, du démon I

v. 7. « Us ont connu que tout ce que votis m'avez donné est de vous. » — Tout ce que nous avons en nous de bien vient de Dieu.

v. 9. « Et moi, je prie pour eux. » — Le pasteur des âmes doit prier pour celles qui lui sont confiées ; le père de famille pour ses enfants. — « Eux, sont dans le monde. » — Le chrétien doit vivre dans le monde, sans être du monde, mais pour convertir, sanctifier le monde. — « Père saint, conservez dans votre nom ceux que vous m'avez donnés. » — Nous n'avons rien à craindre sous la protection divine. Dieu veille sur ses élus, et les protège.

v. 12. « J'ai gardé ceux que vous m'avez donnés. » — Le ministre de Dieu doit tout faire pour conserver dans la foi et la vérité les âmes que Dieu lui a confiées, et dont il lui demandera compte.

v. 14. « Le monde les a eus en haine, parce qu'ils ne sont 'point du monde. » — C'est une excellente marque, pour un chrétien, que d'encourir la haine du monde. Les chrétiens sont citoyens d'un autre monde, ce monde-ci est étranger pour eux. « Nihil (christiana religio) de causa sua deprecatur, nec de conditione miratur : Scit se peregrinam in terris agere, intrà extra*neos facile inimicos diligere, cœterùm genus. sedem, spem, gratiam, dignitatem, in cœlis habere. » (Tertull.)

v. 17. « Sanctifiez-les dans la vérité, » — Les ministres de Dieu doivent être des saints.

v. 18. « Comme vous m'avez envoyé dans le monde, moi aussi je les envoie dans le monde. » — Etablissement de TEglise, fondée sur la mission apostolique. Les évêques et les prêtres, successeurs des Apôtres, sont les ambassadeurs de Dieu aux hommes, les représentants de Jésus-Christ.

v. 20. « Pour eux, je me sanctifie et je me sacrifie moi-même, afin qu'eux aussi soient sanctifiés dans la vérité. » — Soyons tout entiers à celui qui s'est donné tout entier pour nous. Ne rendons pas inutile le sang que Jésus-Christ a versé.

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v. 20. « Je ne prie pas pour eux seulement. » — Nous devons prier pour l'Eglise tout entière ; personne ne doit être exclu de nos prières.

v. 22. « La gloire que tous m'avez donnée, je la leur ai donnée. » — Cette gloire, c'est l'adoption divine. Dignité du chrétien, qui le rend en quelque sorte, participant de la nature divine : « Divin® consortes naturœ. » — « Agnosce. 6 christiane, dignitatera tuam. » (S. Léon.)

v. 24. « Je veux que là où je suis, ils y soient aussi avec moi. » — Là où est le chef, doit être aussi le corps ; les membres participent à la gloire du chef, comme ils participent à sa vie. Ineffable tendresse de Jésus-Christ qui ne veut pas être séparé de nous, qui veut nous prodiguer tous ses trésors, nous rendre participants de son bonheur ! « Quœ sursùm sunt sapite, non quœ super terrain. »

v. 25. « Le monde ne vous a point connu. » — Le monde ne connaît pas Dieu, parce qn'il ne veut pas le connaître.

v. 26. « Afin que l'amour dont vous m'avez aimé soit en eux, et que je sois en eux. » — C'est Jésus-Christ que Dieu voit, et qu'il aime en nous; il nous aime comme ses enfants, parce que son Fils est en nous, et que nous sommes adoptés en lui.

L'Eglise est un arbre dont le Père est la racine, Jésus-Christ le tronc, le Saint-Esprit la sève, les chrétiens les branches, les vertus chrétiennes les fruits. « Christiaiiismus est imitatio divinœ naturœ. » (Grég. Naz.)

PROJETS HOMILÉTIQUES.

A. PRIÈRE DE JÉSUS POUR LUI-MÊME ^Jo., XVII, 4-5).

I. Jésu* demande que son Père le glorifie : « Clarifiai Filium îuum. » a) Pourquoi fait-il cette demande?

1) Pour que son Père soit lui même glorifié, connu, adoré, etc., sur la terre : « Ut F Mus iuus clarificet te. » o) C'est l'unique désir du Fils, le but qu'il se propose dans toutes ses œuvres, o) Il ne peut s'accomplir sans que le Fils soit glorifié. — 2) Pour que son œuvre, l'œuvre de la rédemption du monde, ait son entier accomplissement, lequel consiste, a) à donner à tous ceux qui s'en rendront dignes la vie éternelle : « Ut omne, quod dedisti ei, det eis vitam œternam ; » b) à les amener à la connaissance du vrai Dieu, et de Jésus-Christ, rédempteur du monde, unique moyen de parvenir à la vie éternelle : « Hœc est autem vita œtema, ut cognoscant te solum Deum reriuii. ei quem misisti Jesum Christum, » c) ce qui ne peut avoir lieu que par la glorification du Fils, son élévation à la droite du Père, d'où il enverra l'Esprit sur son Eglise : « Et nunc, clarifica me tu. Pater. »

b Sur quels motifs l'appuie-t-il?

Sur ce que, 4) le Fils ayant glorifié le Père, sur la terre, il est juste que le Père le glorifie à son tour : « Ego clarificavi te. super terrain. »

— '■ %) Il a accompli l'œuvre, la mission dont son Père l'avait chargé : « Opus consummavi quod dedisti mihi, ut faciam. » — 3) La nature humaine, en Jésus-Christ, unie hypostatiquement au Verbe divin, doit participer à la gloire divine : a Clarifica me tu, Pater, apud temetipsum, claritatc quam habui, priusquàm mundus esset, apud te. »

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