‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 205 sur 359 · L'ARRESTATION · texte numérisé non relu

L'ARRESTATION

(Vendredi, sixième jour de la dernière semaine, au matin.)

(m. xxvi, 47-56; Mr. xiv, 32-52; L. xxii, 39-53; J. xvm, 2-14.)

Jésus venait de déclarer aux Apôtres endormis que le traître approchait; sa parole se réalise à l'instant. « Comme il parlait encore, Judas parut. » Le traître avait mis le temps à profit. Après avoir quitté le cénacle, il avait couru chez les principaux chefs du Sanhédrin, pour leur annoncer que le moment favorable était arrivé et qu'il n'y avait point de temps à perdre; ils prirent aussitôt leurs dispositions. « Ayant donc pris une cohorte, » c'est-à-dire un détachement de la cohorte romaine, qui résidait au fort Antonia et était forte de cinq cent cinquante-cinq hommes, ceux sans doute qui,

Ï)our maintenir l'ordre et empêcher tout tumulte, étaient es jours de grandes fêtes proposés à la garde du temple,

M1. 47. Adhùc eo loquente, ecce Judas, unus de duodecirn, venit,

« et des satellites des grands-prêtres et des Pharisiens, suivis d'une foule tumultueuse munie d'épées et de hâtons, de flambeaux et de lanternes, il ment trouver Jésus. » Il faisait, sans doute, clair de lune, mais Jésus pouvait se cacher dans quelque grotte ou quelque endroit obscur du jardin; ces lanternes et ces flambeaux n'étaient donc pas inutiles. La curiosité, le désir de s'assurer si tout allait bien, y adjoignit aussi plusieurs sanhédristes.

« Or le traître leur avait donné ce signal : Celui à qui je donnerai un baiser, c'est lui-même, » c'est celui-là qu'il faut prendre, « saisissez-le, et emmenez-le avec précaution, » de crainte qu'il ne vous échappe, comme il pourrait bien le faire, comme il l'a déjà fait plusieurs fois, quand on a voulu s'emparer de lui. On voit qu'il tenait à faire son métier en conscience. Le baiser était le salut ordinaire chez les Juifs, lorsqu'on se revoyait entre amis et parents ; de là, sans doute, chez les premiers chrétiens, l'usage du baiser de paix, pendant le saint sacrifice (Voy. Tert.).

« Judas marchait en avant de V escorte, » qu'il laissa dans l'ombre, à l'entrée du jardin, « et s' avançant » rapidement « vers Jésus, » l'impudent « lui dit : Maître, je vous salue, et il le baisa. Jésus » ne refusa pas ce baiser sacrilège, qui profana sa face divine, mais « il lui dit, » avec une émotion profonde et une douceur

angélique : « Mon ami, pourquoi êtes-vous venu ? »

Quelle action détestable, quel crime abominable allezvous accomplir? « Judas, tu trahis le Fils de l'homme par un baiser! » C'est avec le signe, le masque de l'amitié, que tu trahis ton Maître, ton Dieu! ces tendres reproches auraient désarmé le cœur d'un tigre, et converti un scélérat ordinaire...; mais l'endurcissement de Judas était sans remède ; il n'y avait plus en lui ni

Jo. 3. Cùm accepisset cohortem et à pontificibus et Phariseeis ministros, venit illùc cum laternis etfacibus, Mt. et cum eo turba mulla cum gladiis et fustibus. — Mr. 44. Dederat autem traditor ejus signum eis, dicens • quemcumque osculatus fuero, ipse est ; tenete eum, et ducite cautè. — L. 47. Judas..., anteeedebat eos. M t. 49. Et confestira accodens ad Jesum, dixit ; Ave, Rabbi. Et osculatus est eum. — 50. Dixitque illi Jésus : Amice, ad quid venisti?... L. 48. Juda, osculo Filium hominis tradisl

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honte, ni remords, et Satan était entièrement le Maître.

Judas s'était détaché de la troupe pour donner ce baiser perfide. Troublé, malgré lui, par la réponse du Sauveur, il s'était replié vers ceux qu'il conduisait. Il y eut alors un moment d'hésitation. « Mais Jésus, qui n'ignorait rien de ce qui allait arriver, » et ne voulait pas se soustraire au sort que lui préparait son Père, n'attendit pas qu'on vînt s'emparer de lui, mais, voulant éviter toute scène de violence et protéger ses Apôtres, « il vint l ni- même » au-devant des satellites : « Qui cherchezvous, leur dit-il? — Ils répondirent : Jésus de Nazareth. Jésus reprit : C'est moi. A cette parole, » comme frappés de la foudre, saisis d'une terreur religieuse, et domptés par une puissance surnaturelle, « ils reculèrent, et tombèrent à la renverse jusqu'à terre : or, Judas était avec eux. » Jésus voulait prouver, une fois de plus, par ce miracle que, s'il subissait la mort, c'est qu'il le voulait bien, et que les hommes ne pouvaient rien contre lui qu'autant qu'il le permettait.

Lorsqu'ils furent relevés, « Jésus, reprenant la parole, leur dit de nouveau : Qui cherchez-vous? — Jésus de Nazareth, reprirent-ils, » consternés et tremblants plus que celui qu'ils venaient arrêter. — « Jésus répartit : Je vous ai dit que c'est moi. Or, si c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci; » et sa main désignait ses Apôtres. C'est ainsi que Jésus, s'oubliant luimême, veillait sur ses Apôtres, et les protégeait contre la fureur de ses ennemis, les réservant pour la fondation de son Eglise et l'accomplissement de ses grands desseins sur le monde. « Il accomplissait ainsi la pa-

Jo. 4. Jésus itaque sciens omnia quae ventura erant super eum, processit et dixit eis : Quem quaeritisr — S. Responderunt ei : Jesnm Nazarenum. Dixit eis Jésus : Ego sum. Stabat autem et Judas, qui trad bat eum, eu m ipsis. — 6. Ut ergo dixit eis : Ego sum : abierunt retrorsùm. et cecidorunt in terrain. — 7. Iterùm ergo interrogavit eos : Quem quaeritis? Illi autem dixerunt : Jesum Nazarenum. — 8. Respondit Jésus : Dixi vobis quia ego sum : si ergo me quœritis, fiante pos abire,— 9. Ut impleretur sermo quem dixit :

rôle qu'il avait dite : De ceux que mus m'avez donnés, » ô mon Père, « je n'en ai pas perdu un seul. »

Le miracle de Jésus-Christ n'arrêta pas les Juifs : les miracles ne convertissent pas ceux que la passion transporte; ils ne servent qu'à les rendre plus furieux. Quant aux valets, aux archers, aux soldats romains, ils avaient entendu parler de Jésus comme d'une espèce de magicien, qui opérait des prodiges; ils ne furent donc pas trop surpris d'en ressentir les effets : d'ailleurs, un soldat nJa que sa consigne, et des valets ne pensent qu'à gagner leur salaire. Les paroles de Jésus, qui semblait s'offrir lui-même, les avaient d'ailleurs rassurés,

« Ils s'approchèrent donc, mirent la main sur Jésus, et » voulurent « se saisir de lui. Ceux qui étaient avec lui, voyant ce qui allait arriver, s'écrièrent : Seigneur, si nous tirions l'épée? » en effet, prenant à la lettre les paroles de Jésus (Luc^ xxn, 36) : « Que celui qui n'a point de dourse, vende sa tunique et achète une épée, » les Apôtres s'étaient munis d'armes. « Et à l'instant, 8imon-Pierre, » emporté, comme toujours, par la fougue de son caractère, sans attendre la réponse de Jésus, « mit le glaive hors du fourreau, et en frappa un serviteur du grand-prêtre, » l'un de ceux, sans doute, qui mirent les premiers la main sur Jésus ; visant à la tête, il manqua son coup, et ne fit que « lui couper l'oreille droite. » Saint Jean, qui avait des connaissances dans la maison du grand-prêtre, nous apprend que ce serviteur « 5e nommait Malchus » (Malech ou Maloch, roi, nom usité parmi les Juifs). Mais Jésus s'empressa de mettre un frein à cette ardeur inutile, inconsidérée et dangereuse. Ceux qui venaient s'emparer de lui n'étaient que les instruments aveugles de l'autorité, et il faut obéir, à l'autorité, lors même qu'elle abuse de

Quia, quos dedisti mihi, non perdidi ex eis quemn^am! — M1. 50. Tune accesserunt, et manus injecerunt in Jesum. el t nuerunt eum. — L. 49. Videntes autem hi, qui circà ipsum erant, quod futurum erat, dixerunt ei : Domine,, si percutimus in gladio? — Jo. 40. Simon ergo Petrus, M*, extendens manum, exemit gladium suum, et percutiens servum principis sacerdotum, amputavit aurieulam ejus.

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son pouvoir; et puis, Jésus n'avait pas besoin du secours des hommes. S'adressant donc à ses disciples, « il leur dit : Arrêtez; » tenez-vous-en là; « puis il toucha l'oreille de cet homme, » qui n'était pas, sans doute, coupée entièrement, et tenait encore par l'extrémité, « et il le guérit, » — « Puis il dit à Pierre : Remets ton glaive dans le fourreau, car tous ceux qui, » de leur autorité privée, et sans mission légitime, « tirent l'épée 'périront par l'épée; » c'est leur sort ordinaire, et ils sont ainsi punis par où ils ont péché. Prétendez-vous vous opposer aux desseins de Dieu? Ne fallait-il pas que la volonté de mon Père s'exécute, et « que je boire le calice que mon Père me donne? » D'ailleurs qu'ai-je besoin de vous, pour me défendre? défense bien vaine et bien inutile... « Croyez-vous que, si je priais mon Père, il ne m'enverrait pas, » au lieu de douze apôtres faibles et impuissants, « plus de douze légions d'anges? » (Plus de 72,000 anges, la légion romaine étant de 6,000 hommes.) « Mais comment alors, seraient accomplies les Ecritures, qui ont prédit qu'il devait en être ainsi? »

« En même temps, Jésus dit à ceux qui avaient accompagné Judas, aux chefs des prêtres, aux gardiens du temple, et aux anciens : Vous êtes venus avec des épées et des bâtons, comme pour courir sur un voleur. Cependant, tous les jours, je m'asseyais au milieu de vous, sans défense pour enseigner dans le temple, et vous ne m'avez pas pris. » Si c'est pour ma doctrine que vous m'arrêtez, c'était pourtant l'occasion de le faire. Au reste protégé par mon Père, je pouvais braver votre

L. 32. Respondens autem Jésus, ait : Sinite usquè hùc. Et eùm tetigisset auriculam ejus, sanavit eum. — J. 41. Dixit ergo Jésus Petro : Mitte gladium tuura in vaginam. — M*. 52. Omnes enim qui acceperint gladium, gladio peribunt. J. Calicem, quem dédit mihi Pater, non bibam illum? — W. 53. An putas, quia non possum rogaro Patrem meum, et exhibebit mihi modo plus quam duodeeim legiones angelorum? — 54.Quomodo ergo impl buntur Seripturœ (Isa. lui. 40), quia sic oportet fieri? — L. 52. Dixit autem Jésus ad eos qui vénérant ad se, principes sacerdotum, et magistratus templi. etseniores : M'. Tanquam ad latronem existis cum gladiis et fustibus comprehendere me : quotidiè apud vos sedebam "docens in templo ; et non me tenuistis.

haine impuissante. « Mais, c'est ici votre heure, Vheur e de la jouissance des ténèbres, » de l'enfer, gui vous inspire et dont vous n'êtes que les aveugles instruments ; en obéissant à son impulsion, vous ne faites, après tout, qu'exécuter les décrets d'une puissance supérieure, de la volonté divine elle-même, exprimée depuis longtemps dans les prophéties, « et il fallait que ce qui est écrit dans les prophéties fût accompli. »

« Alors les disciples de Jésus. » voyant que la chose devenait sérieuse, que Jésus se livrait lui-même, perdirent entièrement courage. Saisis d'une terreur panique, et oubliant toutes leurs belles protestations, « Us abandonnèrent » lâchement leur Maître, et « prirent tous la fuite. » — « Cependant, un jeune homme, » éveillé, sans doute, parle passage des satellites, «.était accouru, » à peine « vêtu d'un simple vêtement de nuit, » d'une chemise de lin, sans manches, dont les Juifs se servaient pendant la nuit, ou, suivant d'autres, d'un simple linceul, dont ils s'enveloppaient durant le sommeil « et il suivait Jésus. » Les soldats, voulant s'emparer de lui, « le saisirent » par ce vêtement; « mais lui, rejetant le linceul, s'échappa nu du milieu d'eux. » Comme saint Marc est le seul qui raconte cette circonstance, et qu'on sait, d'ailleurs, qu'il avait une maison à Jérusalem, où il habitait avec sa mère, plusieurs Pères de l'Eglise en ont conclu que c'est lui-même dont il est ici question. Cette circonstance montre, du moins, le sort réservé aux Apôtres de Jésus-Christ, si le Sauveur ne les avait couvei ts de sa protection toute-puissante.

Jésus nous apparaît ici dans toute sa grandeur, dans toute la noblesse de son caractère, dans tout l'éclat de ses divines perfections. Il a entièrement surmonté les tristesses de son agonie, les défaillances de la nature,

L..53. Sed haec est hora vestra, et potestas tenobrarum. — M*. 56. Hoc autem totum factum est, ut adimplerentur Scripturae proph tarum. L. 50. Tune discipuli ejus, relinquentes eum, omn's fugorunt. — Mr. 54. Adolescens autem quidam sequebatur oumamictussindone super nudo ; et tenuerunt eum. — 52. At ille, rejectà sindone, nudus profugit ab eis.

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il vient lui-même au devant de la mort avec un calme que rien ne peut troubler, avec une inébranlable fermeté. Avec quelle douceur touchante il essaie d'attendrir le cœur du traître Judas ! Avec quelle noblesse il se décèle lui-môme à ceux qui le cherchent, et qui hésitaient à mettre la main sur lui, tout en leur faisant sentir qu'il est leur Maître, et qu'ils ne pourraient rien contre lui, s'il ne le voulait! Avec quelle sagesse il réprime le zèle inconsidéré de saint Pierre, avec quelle grandeur d'âme il repousse tout recours à la violence, toute résistance armée ! Avec quelle ineffable tendresse, s'oubliant lui-même, il protège ses disciples, et les dérobe à la cruauté de ses ennemis ! Avec quelle douceur céleste il reproche aux Juifs l'inconséquence de leur conduite! — Rendant le bien pour le mal, il guérit Malchus, et se montre, jusqu'à la fin, le bienfaiteur de l'humanité souffrante. Il voit, en tout ce qui lui arrive, l'accomplissement des prophéties, et s'abandonne, avec une entière soumission, à la volonté de son Père, qui dirige tout.

POLÉMIQUE RATIONALISTE

1) Explication rationaliste. — Le récit évangélique renferme deux circonstances merveilleuses, le miracle des Juifs renversés par terre, et la guérison de Malchus. Les exégètes rationalistes allemands ont essayé de faire disparaître ce merveilleux, a) Quant au premier miracle, s'il faut en croire le docteur Pauhis, « ce sont, tout simplement les Apôtres qui, effrayés à la vue de la troupe armée, ont reculé en arrière, et se sont jetés par terre, pour se cacher. » — Ingénieuse explication, et qui s'accorde parfaitement avec la proposition que font les Apôtres de défendre leur maître par les armes ! — D'autres ont prétendu que « la surprise, l'impression produite sur les soldats et les Juifs, par l'apparition inattendue de Jésus, la majesté de son abord, etc., avaient agi physiologiquement sur eux, comme on en trouve des exemples dans la vie de Marius, de Coligny, etc. » — Il est facile, pour quiconque lit le texte évangélique de bonne foi, de reconnaître que l'Apôtre a

bien entendu raconter un miracle. — Les exemples invoqués prouvent bien que, parfois, la forte impression produite par un homme a pu paralyser la main d'un ou de plusieurs meurtriers; mais ils ne prouvent pas que toute une bande d'agents de justice et de soldats aient pu, à l'ouïe d'une seule parole, tomber à la renverse. — b) Quant à la guérison de Malchus. Paulus à qui 11 est difficile d'en faire accroire, va nous dire le fin mot. La vérité, c'est que Jésus ne fit que constater l'état de la blessure, à l'aide du toucher « cnm tetigisset cmricnlam, » et qu'il prescrivit aussitôt ce qui était nécessaire pour la guérison; « sanavit eum. » — On voit qu'il n'est qu'un homme habile pour savoir toujours se tirer d'affaire et n'être jamais embarrassé. — Mais assez de ces impertinentes explications.

2) Strauss, de son côté, suivant une autre marche, et ne voyant dans les faits évangéliques que des mythes et des légendes fabuleuses, s'efforce de faire ressortir les divergences qui se trouvent entre les Evangélistes, pour en conclure que leurs récits se contredisent, et ne peuvent avoir aucune réalité historique. — « Jean, dit-il, parle d'une cohorte de soldats, chargée de prendre Jésus; les Synoptiques, d'une troupe confuse avec des armes et des bâtons. — Jean ne parle pas du baiser de Judas, et paraît l'ignorer; mais, d'après lui, Jésus se serait présenté de lui-même, et son seul aspect aurait renversé les Juifs par terre. — Enfin, Luc est le seul qui parle de la guérison de Malchus. » — Qu'est-ce que tout cela prouve? — Nous renvoyons à l'explication précédente ceux qui voudront se convaincre que toutes ces prétendues divergences se concilient parfaitement, et ne renferment aucune contradiction. — « Mais, insiste le critique, il est impossible de concilier le baiser de Judas avec le récit de saint Jean, et il n'y a pas moyen de l'y placer. — Dira-t-on que Jésus, afin d'empêcher l'arrestation de ses disciples, se fit reconnaître, puis que Judas sortit du rang de la troupe, et le désigna par un baiser? — Mais si Jésus s'était déjà fait reconnaître lui-même, Judas pouvait s'épargner le baiser. — Dira-t-on, au contraire, en disposant autrement les choses, que Judas, s'nvançant, désigna d'abord Jésus

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parle baiser, mais que, dès avant l'entrée delà troupe dans le jardin, Jésus sortit au devant des arrivants, et se fit reconnaître? — Mais, Judas l'ayant déjà désigné par le baiser, et Jésus ayant compris le but de ce baiser, comme il le témoigne par sa réponse, il n'était plus nécessaire qu'il se lit encore reconnaître, puisqu'il était déjà désigné. » — La réponse est bien simple : ce n'est pas pour se faire reconnaître, que Jésus s'avança au devant des archers et leur dit : « Qui cherchez-vous?» c'est à la fois, pour protéger ses Apôtres et les empêcher de partager son sort, et pour montrer que c'était librement et ae lui-même, qu'il se livrait entre leurs mains.

ENSEIGNEMENTS PRATIQUES

v. 47. « Il parlait encore, lorsque Judas, l'un des douze, arriva. » — Quelle chute épouvantable que celle de Judas!... Un apôtre, à la tête des ennemis de son Maître..., s'apprètant à le trahir par un baiser ! dans quel abîme une seule passion non réprimée peut nous plonger ! Quand une fois on a mis le pied dans la voie du crime, on ne peut savoir où l'on s'arrêtera. — Craignons à proportion de la sainteté de notre état. — Plus on tombe de haut, moins il y a de ressource.

v. 48, 49. « Celui que je baiserai, cest lui; arrêtez-le. » — Le monde est plein de ces faux témoignages de civilité, qui ne sont souvent que des pièges. L'hypocrisie, la fausseté et la traîtrise ne sont pas mortes avec Judas. — On trouve encore de ces sophistes mielleux, qui accompagnent leurs blasphèmes contre Jésus-Christ des salutations les plus respectueuses... « Ils lui donnaient des soufflets, en disant : Salut, Roi des Juifs. »

v. 50. « Et aussitôt s' approchant de Jésus, il dit : Salut, Maître, et il le baisa. » — La trahison de l'infâme Judas nous fait horreur. — Une communion sacrilège est-elle moins exécrable ? — Hélas ! Seigneur, ne m'en suis-je jamais rendu coupable? — Douceur ineffable et incompréhensible du Sauveur.

v. 51. « En même temps ils se jetèrent sur Jésus, et se saisirent de lui. » — Jésus se laisse charger de liens, pour nous délivrer nous-mêmes des chaînes de Satan, de l'esclavage du péché.

Jo. XVIII. v. 6. « Lorsqu'il leur dit : C'est moi, ils furent renversés et tombèrent par terre.» — «Ego sum » d'urit. et impios dejicit. Una voxdicentis : «Ego sum»tantam*turba>n adeo ferocem armisque terribilem sine ullo telo i>eraissil, repu-

lit, stravit... Quiâ judicaturus faciet, qui talia fecit judicaitdus? Quid regnaturus poterit, qui moriturus liœc potuit? » (S. Aug.)

v. 8. « Si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceuxci. » — Jésus s'oublie lui-même, oublie le soin de sa vie, pour ne songer qu'à ses disciples. Il parle comme un maître qui peut commander à ses ennemis. S'il se livre entre leurs mains, c'est qu'il le veut bien ; ce n'est pas la violence de ses ennemis qui l'entraîne à la mort, c'est la violence de son amour pour nous. Ne l'aimerons-nous pas à notre tour? — Celui-là est en sûreté, qui est entre les mains de Jésus-Christ.

v. 11. « Jésus dit à Pierre : Remettez notre épée dans le fourreau. » — Ce n'est pas en répondant à la violence par la violence, c'est en mourant sous les coups de leurs persécuteurs que les chrétiens ont triomphé du monde. — Les armes de l'Eglise sont la patience, la prière et les larmes.

PROJETS HOMILÉTIQUES.

A LEÇONS QUE NOUS OFFRENT LES DIVERSES CIRCONSTANCES DU RÉCIT QUI PRÉCÈDE.

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