B. LE DENIER DE LA VEUVE
Après ce discours, et avant de sortir du temple, « Jésus, assis à procôimitédu franc (a) » destiné à recevoir les offrandes des Juifs pour l'entretien du temple et le culte du Seigneur, « regardait la foule jeter son argent dans ce tronc. Il y vit des riches qvÀ y déposaient de grandes offrandes; après eux, il remarqua une pauvre veuve qui y mit deux pièces de monnaie (1?) de cuivre,
Mr. XII. 41. Et sedens Jésus contra gazophylacium, aspiciebat quomodb turba jactaret œs in gazophylacium, et muiti divites jactabant milita. — 42. Cùm venisset autem vidua una pauper misit duo minuta,
(a) Les troncs placés dans le temple pour recevoir les offrandes s'appelaieut trompettes, à cause de leur forme. Il y en avait treize, d'après le nombre des rideaux, des portes du temple, des lieux consacrés à la prière, et des tables du sanctuaire. Chacun avait sa destination particulière. L'un était destiné à recevoir l'impôt de Tannée, l'autre les arrérages, uu troisième l'argent avec lequel on payait les colombes pour les sacrifices : c'était là les trois grandes boites que l'on ouvrait seulement aux trois grandes fêtes de Tannée. 11 y avait des troncs particuliers pour les autres oiseaux, pour le bois du temple, pour l'encens. Le septième était la cassette d'or, où Ton déposait les pièces d'or que Ton vouait à Dieu. Le huitième était consacré aux frais des sacrifices expiatoires, le neuvième a la purification des souillures légales et involontaires, le dixième pour les femmes en couche, ou qui avaient un flux de sang. Puis, il y avait la boite des Nazaréens, celle des lépreux et celle des dons volontaires pour les holocaustes. Une inscription indiquait la destination particulière de ces boites; chacune aussi portait son numéro en grec et en hébreu. Ces dix dernières étaient ouvertes tous les mois. Toutes ces boites étaient dans le portique des femmes, où il y avait, d'ailleurs, des sièges pour ceux qui voulaient s'asseoir (Sepp).
(6) L'écu juif s'appelait stator, ou séekel ; il valait quatre dragmes ou deniers. Un denier était le prix ordinaire d'une journée de travail, et contenait 6 mea, 12 pondion, 24 as, 48 musmes, 95 quadrants et 192 pruta. Ces noms indiquent qu'il y avait en Palestine des monnaies juives, grecques et romaines, suivant le mélange des diverses populations. Les impôts les plus anciens, ceux qui existaient avant la domination des Romains, sont évalués d'après la monnaie grecque, comme par exemple l'impôt du temple. C'était sur le pied de cette monnaie que Ton payait les offrandes. Mais, dans le commerce journalier et pour les impôts les plus récents, ou ceux que Ton payait aux Romains, on comptait d'après la monnaie romaine par as et deniers. Lorsque Ton considère les données éparses, çà et là dans les Evangélistes, on ne peut s'empêcher d'admirer l'exactitude minutieuse des Evangélistes en tout ce qui concerne les monnaies : c'est une preuve manifeste que ces livres divins ont été écrits lorsque le peuple juif jouissait encore de sa nationalité, mais était sur le point de la perdre, et qu'ils ont pour auteurs des hommes qui ont vécu au milieu de ces rapports et de ces circonstances (Sepp),
qui valaient chacune le quart d'un as, » ou d'un sou, « et faisant approcher ses disciples, il leur dit : En vérité, je vous le déclare, cette pauvre veuve, » avec une chétive offrande, « a plus donné que tous ceux qui ont mis avant elle dans le tronc; car tous les autres ont donné de leur abondance, » de leur superflu, « mais celle-ci à donné de son indigence même; elle a donné tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre. »
ENSEIGNEMENTS PRATIQUES
M1. XXIII. v. 1-3. « Les Scribes et les Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse. Observez donc et faites tout ce qu'ils vous disent, mais n'imitez pas leurs œuvres, car ils disent et ne font pas. ». — Malheur au prédicateur dont la conduite contredit la doctrine, et qui ne fait pas lui même ce qu'il enseigne ! Sa prédication produira peu de fruits, car l'exemple fait plus sur les auditeurs que les beaux discours. — Nous devons, malgré cela, respecter l'autorité du saint ministère, même en ceux qui en seraient indignes, et honorer Dieu dans leur personne. La parole de Dieu est toujours la parole de Dieu, de quelque bouche qu'elle sorte; nous devons prendre le bien où il se trouve, et laisser le mal. Ne discutons pas, sans nécessité, la vie du pasteur ; ne l'approuvons pas, si elle est déréglée ; contentons-nous d'en gémir devant Dieu, et ne nous en autorisons pas pour justifier nos propres désordres.
v. 4. « Ils chargent les épaules des autres de fardeaux pesants, impossibles à porter, et qu'eux ne veulent pas même remuer du doigt. » — La véritable piété est sévère pour elle-même, indulgente pour les autres. Les directeurs des âmes les plus sévères ne sont pas toujours les guides les plus sûrs; on connaît le rigorisme des jansénistes. Les pasteurs des âmes doivent user de ménagements envers les nouveaux convertis, les chrétiens encore faibles, les traiter avec douceur et une charité compatissante, ne pas éteindre la mèche qui fume encore, et les accoutumer peu à peu à porter le joug de Jésus-Christ. Il faut éviter une morale trop sévère et une morale trop relâchée. — Que personne ne compte parmi les lourds fardeaux l'exacte obser-
quod est quadrans. — 43. Et convocans discipulos suos, ait illis : Amen dico vobis, quoniam vidua hœc pauper plus omnibus misit, qui miserunt in gazophylacium. — 44. Omnes enimex eo quod abundabat illis, miserunt, haec vero de penuriâ suà omnia quse habuit misit, totum victum suum.
vance des préceptes évangéliques : « Jugwn Christi suave est, et ornes lece. Alla sarcina pondus habet, Christi sarcina pennas habet. Alla sarcina frémit te, Christi sarcina sublevat te. Omnia fiunt levia charitate, cui uni Christi sarcina levis est. » (S. Aug.)
v. « Ils font toutes les œuvres , pour être vus des hommes. » — Le pasteur doit donner bon exemple pour édifier son troupeau, non pour s'attirer l'estime des hommes. Qui ne travaille que pour ce but futile n'a rien à attendre de Dieu, que la punition de sa vanité. — Poison de la vanité, poison subtil, qui se recueille sur la fleur des plus belles vertus, qu'aperçoit à peine celui qui en est atteint; poison perfide et mortel qui change en vice la vertu, et en péché les œuvres les plus saintes!
« Ils portent déplus larges phylactères et des franges plus longues. » — Les Pharisiens affectaient dans les habits la propreté, l'élégance, l'amplitude et la magnificence. Qu'il serait déplorable de voir le même ridicule, la même petitesse se renouveler parmi les ministres d'un Dieu qui ne prêche que l'humilité et le détachement de toutes choses ! Pourrait-on concilier avec la gravité de leur caractère ce que Ton condamnerait dans une femme chrétienne?
v. 6. « Ils aiment les premières places dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues? » — La vanité se repaît des plus futiles distinctions. — On peut prendre la première place quand elle est due au rang et à la dignité, ou quand la civilité vous la défère ; mais on ne doit jamais la rechercher, s'y placer par amour pour la préférence.
v. 8. « Pour vous, ne veuillez point être appelés maîtres, car vous n'avez qu'un maître, et nous sommes tous frères. » — Aux yeux de la foi, toutes les distinctions disparaissent et s'évanouissent devant Dieu, à qui seul appartient l'honneur et la gloire. — ■ Accordons volontiers aux autres les titres honorifiques qui sont dus à leur dignité, à leur position, à leur mérite ; mais ne les recherchons pas pour nous-mêmes, n'y attachons aucune importance, ne soyons pas ce que Tertullien appelait des « animaux de gloire; » et ne perdons jamais de vue notre néant, notre indigence et notre misère personnelle. — « Car vous n'avez qu'un maître, le Christ. » — Notre véritable Maître, notre véritable Docteur, c'est Jésus-Christ, c'est le Verbe divin; c'est lui qui est « la lumière véritable, qui éclaire tout homme venant en ce monde; » il nous parle par la voix de l'Eglise, celle de notre pasteur, celle de notre conscience et l'inspiration secrète de la grâce. « Parlez, Seigneur, votre serviteur éeoute : Justijicationes tuas doce me. Da mihi intellectum, ut diseam mandata tua. »
v. 11. « Le plus grand, parmi vous, sera votre serviteur. » —
L'autorité est une servitude. — L'exercice de l'autorité ecclésiastique est une perpétuelle abnégation de soi-même : on se sacrifie et se dévoue pour les autres. %
v. 12. « Car quiconque s'élève, sera abaissé; et quiconque s'abaissera, sera élevé. » — L'orgueilleux trouve la confusion en cherchant la gloire. L'orgueil est une fumée, qui, en se dilatant, s'évanouit dans les airs : « Fumus à loco ignis erumpens in aïtum extollitur, et ipsa elaiione in globum magnum intumescit: sed quanto fuerib globus ille grandior, tanto fit vanior, it in auras atque dilabitur, ut videas ipsam ei obfuisse magnitudinem. » (S. Aug.)
v. 13. « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous fermez aux autres le royaume des cieuce : vous n'entrez point, et ne soufrez point que les autres entrent. » — Le malheur et la terrible responsabilité des mauvais pasteurs, c'est de ne pouvoir se perdre tout seuls, et d'entraîner avec eux dans l'enfer les âmes qu'ils devaient sauver.
v. 14. « Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que. faisant de longues prières, vous dévorez les maisons des veuves. C'est pourquoi vous recevrez un plus sévère jugement. » — Quel malheur pour un prêtre qui ne verrait dans les fonctions de son saint ministère qu'un gagne-pain, qu'un moyen de contenter son avarice! qui ne les estimerait qu'en raison du profit qu'elles lui rapportent I — C'est le vice honteux que Tertullieri reproche aux prêtres du paganisme : « DU qui magis tributarii, magis sancti. Majestas quœstuosa efficitur ; circuit cauponas religio mendicans. Exigitis mercedem pro solio templi, pro sacri aditu. Non licet Deos nasse gratis; vœnales sunt. » — Plût au ciel que ces abus n'aient jamais eu lieu que chez les prêtres du paganisme ! « Ignominia sacerdotis est propriis studere vitiis. » (S. Hier.).
v. 15. « Malheur ci vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous courez le ciel et la terre, pour faire un prosélyte, et quand il Vest devenu, vous faites de lui un fils de la géhenne, deux fois plus que vous. » — -A mauvais maître, pires disciples ! — Chercher sa propre gloire dans le ministère des âmes, c'est perdre à la fois sa peine et sa récompense. Dieu ne peut bénir de pareils travaux.
v. 23-24. « Malheur à vous..., guides aveugles, qui filtrez le moucheron, et avalez le chameau. » — « Que le monde est plein de ces fausses piétés ! Ils ne voudraient pas qu'il manquât un Ave Maria à leur chapelet. Mais les rapines, mais les médisances; mais les jalousies, ils les avalent comme de l'eau; scrupuleux dans les petites obligations, larges sans mesure dans les autres (Boss.) » — Ne méprisons pas les petites choses, qui sont
ta*. XXIII. 1-39. — §CVI. ANATHÈMES CONTRE LES PHAR. 3o
en effet la couverture et la défense des grandes; mais aussi, ne nous imaginons pas que Dieu se paie uniquement de cette écorce et de ces grimaces (Le même.)
v. 26. «Pharisien aveugle, nettoie d'abord le dedans de la coupe et du plat, afin que le dehors soit pur aussi. » — Le cœur est le siège des vertus et des vices ; c'est par lui seul que nous plaisons à Dieu ou que nous lui déplaisons.
v. 27. « Malheur à tous, Pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis!» — Que de sépulcres blanchis, dans le monde, beaux en dehors, et qui ne recouvrent en dedans, que pourriture et ossements de morts !
v. 32. « Remplissez donc la mesure de vos pères. » — Il y a une mesure de grâces et de miséricorde, après quoi Dieu laisse agir sa justice : lui seul la connaît.
v. 33. « Serpents, races de vipères, comment fuirez-vous le jugement de la géhenne ?» — Justice de Dieu, justice terrible, justice inévitable, justice prochaine. Profitons du temps qui nous reste pour changer la justice de Dieu en miséricorde. Ce temps précieux, un jour peut-être, vous le désirerez en vain, il vous sera refusé.
v.37. «Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes enfants, comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne Vas pas voulu?' » — Tendresse ineffable de Jésçs pour les pauvres pécheurs! Qui n'en serait touché? — « Avec quelle tendresse il a présenté ses ailes maternelles à ses enfants qui voulaient périr! « Une poule » c'est la plus tendre des mères. Elle voudrait reprendre ses petits, non pas sous ses ailes, mais dans son sein, s'il se pouvait : admirable et touchant symbole de la miséricorde divine! (Boss.) »
M1. XII. 42. « Une pauvre veuve étant venue, elle y mit deux petites pièces valant ensemble le quart d'un as. Je vous le dis. en vérité, cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres. » — « Que l'homme est riche I son argent vaut tout ce qu'il veut, sa volonté y donne le prix. Un liard vaut mieux que les plus riches présents. Manquez-vous d'argent? Un verre d'eau froide vous sera compté. N'avez-vous pas un verre d'eau à donner? un désir, un soupir, un mot de douceur, un témoignage de compassion ; si tout cela est sincère, il vaut la vie éternelle. O que l'homme est riche, et quels trésors il a en main !
Elle a donné plus que tous les autres, « car elle a donné tout ce qu'elle avait, » — s'abandonnent avec foi à la divine Providence. Voilà les actions que Jésus-Christ loue, celles où l'on prend sur soi ; car de telles aumônes sont les seules qui méritent le nom de sacrifice » (Bossuet).
PROJETS HOMILÉTIQUES.