‹ L'évangile expliqué, défendu, médité (volume 2)Chapitre 240 sur 359 · JÉSUS DEVANT PILATE · texte numérisé non relu

JÉSUS DEVANT PILATE

(J. xvm, 28-38; M*, xxvn, 11-14; M', xv, 2-5 ; L. xxm, 2-3.)

Après avoir condamné Jésus, tous les membres du Sanhédrin « se levèrent, garottlrént » leur prisonnier de nouveau, car ils l'avaient délivré de ses liens pendant l'audience du tribunal, et ayant à leur tête Anne et Caïphe, suivis de l'ignoble multitude qu'il avaient ameutée, « ils le conduisirent » avec grand appareil, « au tribunal du gouverneur, qui était alors Ponce Pilate, » afin d'obtenir de lui la confirmation de leur sentence.

Depuis la déposition d'Archélaiis et la réduction de la Judée en province romaine, qui eut lieu l'an 6 de l'ère chrétienne, Pilate, successeur de Valérius Gratus, était le sixième gouverneur de la Judée. Bien qu'il ne portât que le simple titre de procurateur, la Judée faisant partie de la province de Syrie, il n'en exerçait pas moins l'autorité souveraine., et avait le droit de vie et de mort. Sa résidence ordinaire était à Gésarée, agréable port de mer sur la Méditerrannée; mais, tous les ans, lors de la fête de Pâques, il se rendait à Jérusalem, avec un fort détachement de troupes, afin de maintenir la tranquillité publique. L'historien Josèphe nous le représente comme un homme orgueilleux, cruel, emporté et avide, se livrant contre les Juifs à beaucoup d'exactions et de cruautés. Dans l'histoire évangélique, il nous apparaît comme un homme du monde, peu soucieux de religion et de morale, plein de mépris pour les Juifs, dont il connaît la fausseté et l'hypocrisie, se défiant de leurs accusations contre Jésus, peu empressé de satisfaire leurs passions haineuses, faisant plusieurs tentatives pour

L. XXIII. 1. Et surgens omnis multitude» eorum, Mr. vincientes Jesum, Mt. XXVII. 2. Adduxerunt eum in pnetorium M*, et tradiderunt Pontio Pilato preesidi.

Dehaut. L'Evang.— T. IV. 26

sauver Jésus, dont il reconnaît l'innocence; le sacrifiant enfin, malgré sa conscience, à ses intérêts personnels, à la crainte d'être accusé auprès de César ; après l'avoir fait fustiger avec inhumanité, le condamnant à la mort, et croyant laver sa conscience, en lavant ses mains. Plus tard, sur les plaintes des Juifs, il fut mandé à Rome, au commencement du règne de Galigula, Tan 37 de Jésus-Christ; envoyé en exil près de Vienne, en Dauphiné, où il se tua de désespoir deux ans après.

Jésus marche silencieusement au milieu de la horde meurtrière qui le traînait avec brutalité, à travers les rues de Jérusalem. Après avoir descendu la montagne de Sion, et côtoyé le mur occidental du temple, il arriva, après un trajet d'environ treize cents pas, au palais du gouverneur, l'ancien palais du roi Hérode, situé à l'angle nord-ouest de la grande enceinte extérieure du temple, Le lieu où le gouverneur rendait la justice, le prétoire, était vers la partie orientale du bâtiment : c'est la première station du chemin de la croix, ou de la voie douloureuse.

« On était encore au matin » — - C'était vers les six heures, et le tribunal ne s'ouvrait guère avant neuf heures; mais les Juifs étaient pressés, et, dans une occasion aussi solennelle, ils comptaient bien sur une exception en leur faveur; mais, « arrivés à la porte du palais, ils s'arrêtèrent sur la pdace extérieure, et ne voulurent pas entrer dans le prétoire, de peur de se souiller, » en pénétrant dans la demeure d'un païen, « et de ne pouvoir manger la Pâgue » (a), comme ils devaient le faire à la fin du jour. Ces Pharisiens scrupuleux, il craignent de se souiller en entrant dans le prétoire, mais ils ne craignent pas de demander le sang du juste : tout couverts de ce sang, ils mangeront tranquillement la Pâque. « Pilate, » condescendant à leurs scrupules religieux, « vint trouver les Juifs sur le seuil de son palais. »

J. XVIII. 28. Erat autem manè; et ipsi nun introierunt in prœtorium, ut non contaminarentur, secl ut manducarent pascha. — 29. Exiyit ergo Pilatus ad eos foras, et dixit :

(a) Voy. précéd. p. 136, ce qu'il faut entendre par ce mot.

j. xvin. 28-38. — § CXX. jésus devant pilate. 303

Il savait d'avance quel prisonnier on lui amenait, car l'arrestation de Jésus n'avait pas eu lieu, sans doute, sans son autorisation. Il est difficile de croire qu'il n'eût pas entendu parler de lui, de son influence sur le peuple, des merveilles qu'on lui attribuait, de ses attaques contre les Pharisiens, de la haine que ceux-ci lui portaient; mais il n'avait jamais été l'occasion d'aucun trouble politique. Il ne se sentait donc pas très-disposé à se faire l'instrument aveugle et docile de la haine des Pharisiens contre Jésus.

Arrivé près des Juifs, « il leur dit, » d'un ton brusque et hautain : « Quelles accusations portez-vous contre cet homme ? — Cette demande ne plut pas trop aux Juifs, car ils avaient espéré que le gouverneur, satisfait de leur démarche et de leur condescendance, aurait confirmé, sans plus ample examen, leur sentence prononcée contre Jésus, confirmation qui ne devait être, à leurs yeux qu'une pure formalité. « Il répondirent donc, » avec un peu d'irritation, « si ce n'était ]}as un malfaiteur, nous ne vous l'aurions pas amené; » puisque nous l'avons condamné, c'est qu'il le mérite; ce serait nous offenser que de supposer le contraire; confirmez donc la sentence que nous avons portée. Mais, reprit Pilate, qui se souciait médiocrement de s'occuper d'une affaire qu'il croyait purement religieuse, et qui ne croyait pas qu'il s'agît d'une sentence de mort, « qui vous empêche de le prendre et de le juger selon votre loi? » ces sortes d'affaires ne me regardent pas. Au contraire, cela vous regarde parfaitement, répliquèrent les Juifs, car cet homme à mérité la mort, « et il ne noies est pas permis, » vous savez très-bien, « de mettre personne à mort. » C'est à vous, comme gouverneur, qu'appartient le droit de confirmer notre sentence, et de la faire exécuter. Josèphe, en effet, nous apprend (Ant. xx, 9), que les gouverneurs romains en Judée

Quam açcusationem aftertis adversùs hominem hune? — 30. Responderuntet dixerunt ei : Si non esset, hic malefactor, non tibi tradidis- ■semus eum. — 31 . Dixit ergo eis Pilatus : Accipito eum vos, ot secundùm legem veslram judicate eum. Dixerunt ergo ei Judœi ; Nobis non licet interficere quemquam,

comme partout ailleurs, s'étaient réservé le droit de prononcer et de faire exécuter les sentences de mort, et le Thalmud lui-même l'avoue (Sanhéd., fol. xxiv, 2). « Quadraginta annis antè vastatum tempïum, àblata suntjudicia capitis ab Israele. » — Si saint Etienne fut lapidé par les Juifs, sa mort ne fut pas l'effet d'une condamnation juridique, mais d'un tumulte populaire, sur lesquels le gouverneur souvent fermait les yeux.

D'après la loi mosaïque, Jésus, condamné pour crime de blasphème, aurait dû être lapidé (Lev. xxiv, 16); mais, transféré, devant la juridiction du gouverneur romain, il devait subir les peines imposées par la loi romaine, et être condamné au supplice de la croix; et dans cette circonstance, l'Evangéliste reconnaît « l'accomplissement de ce que Jésus avait prédit lui-même (Jo. xn, 32; m, 4), touchant le genre de mort qu'il devait sulnr. » Dans les desseins de Dieu, le corps de Jésus-Christ devait être préservé de la mutilation qu'il aurait éprouvé, s'il avait été lapidé; et en même temps devait se manifester le crime épouvantable des Juifs livrant leur Messie entre les mains des païens.

Pilate, voyant qu'il ne pouvait pas l'éviter, se résigna à traduire l'affaire devant son tribunal, et tandis qu'il écoutait les accusations des Juifs, il donna ordre aux satellites de conduire Jésus dans l'intérieur du prétoire. L'escalier en marbre blanc, par lequel Notre Seigneur monta plusieurs fois, de la cour au prétoire, qu'il arrosa de son sang, après sa flagellation, a été transféré à Rome par ordre de Constantin, près de Saint-Jean-de-Latran, où il est révéré sous le nom de scala sancta, La place d'où il a été arraché est encore marquée contre le mur. Cet escalier à ving-huit marches. Il a été tellement usé par les fidèles qui le montent à genoux, qu'on a été obligé de le revêtir de tables épaisses de bois de noyer, et on les a déjà renouvelées plusieurs fois.

Les Juifs avaient condamné Jésus à mort pour crime de blasphème; mais ils se doutaient qu'une pareille accusation n'aurait pas grand poids auprès de Pilate. Sans

32. Ut sermo Jesu impleretur, quem dixit, significans quâ morte esset moriturus.

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plus faire mention de ce chef d'accusation, ils en inventent un nouveau, et lui imputent un crime politique : « ils commencèrent alors à accuser Jésus, disant : nous l'avons trouvé qui bouleversait notre nation, » qui agitait le peuple, et le portait à se soulever contre les Romains, « défendant de payer le tribut à César, et se disant le Christ, le roi » des Juifs, prédit par les prophètes, et de qui le peuple Juif attend sa délivrance. Ainsi, ils accusent Jésus d'être un séditieux, lui qui, constamment, prêcha la soumission aux puissances établies, d'empêcher les Juifs de payer un tribut à César, lui qui, peu auparavant, avait dit expressément : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu; » de vouloir se faire proclamer roi par le peuple, lui qui, lorsqu'on voulut le faire roi se déroba aux empressements de la multitude ; et ils furent assez éhontés pour accuser Jésus faussement d'un crime dont eux-mêmes étaient coupables au fond de leur cœur, car ils détestaient le joug des Romains, et attendaient impatiemment l'occasion favorable de le secouer.

Pilate, qui connaissait les Juifs, ne fut pas la dupe de leurs mensonges ; il comprenait parfaitement que si Jésus s'était réellement rendu coupable du délit dont on l'accusait, les Juifs ne lui en auraient pas fait un crime, et ne l'auraient pas déféré devant lui : il voulut donc procéder à l'interrogatoire de l'accusé, et entendre de sa bouche ce qu'il dirait pour sa défense. « Il rentra donc dans le prétoire, fit comparaître Jésus devant lui, et lui dit : Es-tu le roi des Juifs? » — « Jésus lui dit : » Avant de répondre à votre question, j'ai besoin de savoir dans quel sens vous la faites. « Dites-vous cela de vous-même? avez-vous par vous-même quelque raison de penser que je soulève le peuple contre les Romains, et que je veux exciter des troubles politiques? « ou d'autres vous Vont-ils dit de moi? » n'êtes-vous, en

L. XXIII. 2. Cœperunt autem illum aecusare, dicentes : ïïuno invenimus subvertentem gentem nostram, et prohibentem tributa dare Céesari, et dic.'ntem se Christum regem esse. — Jo. 33. Introivit ergo iterùm in praetorium Pilatus, et vocavit Jesum, et dixit ei : Tu es rex Judaeorum? — 34. Respondit Jésus : A temetipso hoc dicis, an ahi dixerunt tibi de me?

parlant ainsi, que l'écho de la haine des Juifs, et savezvous ce qu'ils entendent, par ce mot de Messie et de Roi des Juifs qu'ils m'accusent de vouloir m'attribuer? — « Est-ce que je suis Juif? » répondit Pilate avec un orgueilleux dédain, pour m'occuper de vos querelles religieuses et de vos illusions messianiques, pour savoir ce que vous entendez vous autres par ce Messie, ce Roi des Juifs, que vous attendez, dit-on, comme libérateur? « La nation et les prêtres font livré à moi, qu'as-tu fait? » est-il vrai que tu te dises « roi? » Oui, répondit Jésus, avec majesté, je suis roi; mais que ce titre que je prends ne t'inspire aucune inquiétude; je ne viens pas mettre en péril la domination romaine, car « mon royaume n'est pas de ce monde. » Le royaume que je veux fonder n'est pas un royaume politique semblable aux royaumes de la terre ; il n'est pas établi par une puissance terrestre, il ne se propose pas un but terrestre il vient du ciel, et il conduit au ciel; et que je ne sois pas un roi politique à la façon des rois de la terre, un rival de votre empereur, la preuve en est palpable. Certes, « si mon royaume était de ce monde, » je ne paraîtrais pas devant vous en l'état où je suis; « mes serviteurs » prendraient la défense de leur Roi, et « cornbattraient pour que je ne fusse point livré auz Juifs; » mais, je le répète, « mon royaume, quant a présent, n'est pas de ce monde; » plus tard, il est vrai, il triomphera du monde, il pénétrera le monde, pour le transformer et le sanctifier; mais maintenant, je n'ai qu'à souffrir et à me laisser immoler comme un agneau sans défense.

Le langage de Jésus-Christ était trop élevé et trop sublime pour que Pilate pût en comprendre toute la profondeur; il comprit néanmoins que les accusations des Juifs contre Jésus étaient autant de mensonges, et que la domination romaine n'avait rien à en redouter; car

35. Respondit Pilatus : Numquid ego Judams sum ? Gens tua et pontifices tradiderunt te mihi : quid fecisti? — 36. Respondit Jésus : Regnum meum non est de hoc mundo. Si ex hoc mundo esset regnum meum, minislri mei uticiue decertarent Ut non traderer Judeeis; nunc autera regnum meum non est hinc.

j. xvm. 28-38. — § CXX. jésus devant piiate. 30?

un royaume de l'autre monde l'inquiétait fort peu : il dit donc à Jésus, non sans donner à son accent une légère teinte d'ironie : (.(.Ainsi donc tu es roi? » — « Vous le dites, répondit Jésus » avec un ton plein de dignité, « Je suis roi » Mon royaume, c'est la vérité; je règne sur les cœurs, non par la force, mais par la persuasion, par la foi et l'amour : « Je ne suis né, et ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité, » que pour l'annoncer aux hommes, la faire régner, triompher sur la terre; « quiconque est de la vérité, » quiconque aime et cherche la vérité, « écoute ma voix, » et se soumet volontairement à mon empire.

Mais Piiate n'était pas de ceux qui aiment et cherchent la vérité; c'était bien le moindre de ses soucis. « Qu'est-que la vérité? » dit-il avec insouciance; en quoi consiste-t-elle? où se trouve-t-elle? et sans attendre la réponse, car il pensait sans doute en lui-même qu'il n'y a que des rêveurs et des songe-creux qui s'occupent de ces questions frivoles, agitées vainement depuis longtemps dans les écoles des philosophes, il ne vit plus en Jésus-Christ qu'un enthousiaste religieux, un visionnaire digne de pitié, mais parfaitement innocent de ce dont on l'accusait, et fort peu dangereux pour l'empire romain, et « sortant de nouveau » hors du prétoire, « il vint trouver les Juifs, et leur dit : Je ne trouve rien de criminel en cet homme. »

A cette déclaration, qui les remplit de dépit et de colère, « les chefs des prêtres elles anciens du peuple» renouvelèrent avec une nouvelle fureur et « multiplièrent leurs accusations. Piiate » s'attendait à ce que Jésus prendrait la parole pour se défendre et confondre ses calomniateurs; mais « Jésus gardait le silence. » — Piiate » étrangement surpris, « lui dit : IV 'entends-tu

37. Dixit itaque ei Pilatus : Ergo rex es tu ? Respondit Jésus : Tu dicis quia rex sum ego. Ego in hoc natus sum et ad hoc veni in mundum, ut testimoniinM perhiboam verilati : omnis qui est ex yërilate, audit vocem meam. — 38. Dixit ri Pilatus: Quid est venta-? et cùm hoc dixisset iterùm exivit ad Judœos, et dicit eis : Ego nullam in eo invenio causam. — M'-. 4 2. Et cùm accusaretur à piincipibus sacerdoUim et scnioribus, M*, in multis, nihil respondit. — Mr. 43. Tune dicit illi Pilatus : Non audis

pas comtien de témoignages » accusateurs « ils accumulent contre toi? N'as-tu rien à répondre? Mais Jésus ne proféra plus une seule parole, en sorte que le gouverneur était dans un grand étonnement; » jamais il n'avait rien vu de semblable. Ce silence sublime au milieu d'indignes calomnies, d'accusations mensongères, dont tout païen qu'il était, il comprenait la fausseté, ce dédain d'une défense au fond inutile, cette indifférence héroïque sur son propre sort, ce mépris de la mort qui le menace, tout cela était pour le gouverneur un mystère incompréhensible; il trouvait en Jésus je ne sais quoi qui n'était pas de l'homme, et qui le confondait.

POLÉMIQUE RATIONALISTE

1) « Les Evangélistes ne s'accordent pas sur le lieu de l'interrogatoire de Jésus, d'après le quatrième Evangéliste, les Juifs restèrent dehors, et Jésus fut conduit dans l'intérieur du prétoire, de sorte que Pilate était obligé alternativement de sortir quand il voulait parler avec les Juifs, de rentrer, quand il voulait interroger Jésus. Les Synoptiques, au contraire, dans le cours de leur récit, mettent Jésus avec Pilate et les Juifs dans un seul et même local, puisque chez eux, Jésus entend directement les accusations des Juifs, et y répond devant Pilate. » Strauss. — Réponse. Les Synoptiques racontent l'interrogatoire de Jésus d'une manière très sommaire, et sans indiquer aucun lieu. Il ne disent pas, non plus, que Jésus entendit directement les accusations des Juifs, et y répondit devant Pilate, et l'assertion de Strauss ne repose sur rien. Saint Jean, de son côté, entre dans des détails plus circonstanciés, et place l'interrogatoire de Jésus dans l'intérieur du palais. Il n'y a là nulle contradiction. — « Mais Jésus était en présence des Juifs, puisqu'il ne répond rien à leurs accusations. » — Sans doute, il y était alors, puisque l'interrogatoire particulier était terminé. — Tout cela est trop futile pour que nous nous y arrêtions davantage.

quanta adversùm te dicunt testimonia? Jo. Non respondes quidquam? Jésus autem M1, non respondit ei ad ulJum verbum; ita ut miraretur praeses yebementer.

j. xviii. 28-38. — § CXX. jésus devant pilatk. 309

2) « La question posée à Jésus, s'il est le Roi des Juifs, n'est pas amenée d'une manière pertinente : ce n'est que dans saint Luc qu'elle est motivée par les accusations des Juifs. — Réponse. Cela prouve simplement que les Evangéliste se complètent et s'éclaircissent les uns les autres.

3) « Si Ton conçoit, par le récit de Luc, comment Pilate put adresser à Jésus cette question, on comprend d'autant moins, dans cet Evangéliste, comment, sur la réponse affirmative de Jésus , Pilate put, sans plus ample informé, déclarer aux accusateurs qu'il ne trouvait aucun crime en l'accusé. » — Réponse. Nous le concevons parfaitement en lisant le récit plus détaillé de saint Jean, cela nous suffit. Ce qui, si nous n'avions que le récit de saint Luc nous paraîtrait obscur maintenant, ne l'était pas, lorsque saint Luc, écrivait, et que la mémoire des faits était toute récente; et l'Evangéliste pouvait, sans inconvénient, se borner à un récit rapide et sommaire.

4) « Mais si, comme le prétend saint Jean, l'interrogatoire se passa dans l'intérieur du prétoire, où aucun Juif ne voulut mettre le pied, qui donc entendit le dialogue du gouverneur avec Jésus et put en garantir la vérité au rédacteur du quatrième Evangile? » Sans recourir à l'inspiration de l'Esprit-Saint, que nos adversaires n'admettraient pas, il suffit de remarquer que, si les Juifs ne pénétrèrent pas dans le prétoire, Pilate ne s'y trouvait pas seul, et y avait son entourage ; or, évidemment, ceux qui étaient là présents purent raconter à saint Jean ce qui s'y était passé.

« Ils le g avouèrent, le conduisirent an prétoire, et le livrèrent à Pilate. » — Les Juifs répudient publiquement le Messie qui vient les sauver, et le livrent aux païens.

« Les Juifs lui dirent : Il ne nous est pas permis démettre personne à mort. » — D'après l'aveu des Juifs, il est donc manifeste que le sceptre est ôté de Judas, et que l'époque où le Messie devait paraître était arrivée.

« Pilate lui dit : Tu es donc le Roi des Juifs1? Jésus lui refondit : Vous le dites, je suis Roi; mais mon royaume n'est pas

de ce monde. » — Le royaume de Jésus-Christ ne tire pas son origine de la terre, mais du ciel. Il n'est pas renfermé dans les limites de la vie présente, mais il embrasse l'éternité tout entière. Il ne nous offre pas pour but la jouissance des biens terrestres, que la mort va bientôt nous ravir, mais la possession des biens éternels. Il ne doit s'établir sur la terre que pour y former des citoyens du ciel ; c'est dans le ciel qu'il aura sa perfection ; c'est vers le ciel qu'il dirige toutes nos pensées, toutes nos démarches, toutes nos espérances.

« Je suis venu en ce monde pour rendre témoignage de la vérité; quiconque aime la vérité m'écoute. » — Le mensonge règne dans le monde. Jésus-Christ est le roi de vérité ; on peut se fier à ses promesses. — Nous devons dire avec Jésus-Christ : Mon royaume, le royaume qui est le but de toutes mes espérances, où je suis appelé à régner un jour, n'est pas de ce monde. — Je ne suis qu'un voyageur sur la terre. — Jésus-Christ est notre Roi ; soyons lui fidèles... « Adveniat regnum tuum. »

PROJETS HOMILÉTIQUES.

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