L. 27. Sequebatur autem illum multa turba populi
(6) La face de Notre-Seigneur, empreinte sur un linge, est gardée à Saint- Pierre de Rome sous !e nom de « Vélo santo. » Les uns pensent que ce linge est le suaire qui fut mis sur le visage du Sauveur au tombeau, et d'autres, que c'est le mouchoir avec lequel sainte Véronique essuya la face du Seigneur, lorsqu'il allait au Calvaire.
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parmi laquelle se trouvaient plusieurs femmes » de Jérusalem, qui, à la vue du Sauveur, « se lamentaient et fleuraient. » D'après une prescription du Thalmud, pas une larme de compassion ne devait être donnée au condamné qui marchait au dernier supplice; mais ces femmes courageuses ne se laissent arrêter ni par cette défense, ni par la coutume : elles forment, au milieu de cette foule impie et furieuse, le seul cortège qui prenne part aux douleurs de l'Homme-Dieu. La pitié, exilée du cœur de l'homme, s'est réfugiée dans le cœur de la femme. Mais Jésus, oubliant ses propres souffrances, ne pense qu'à la ruine de sa patrie. « Se retournant vers elles, il leur dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez point sur moi, » réservez vos larmes pour un sujet qui les mérite davantage; « pleurez sur vousmêmes et sur vos enfants; » pleurez sur l'ingrate Jérusalem, qui aujourd'hui, en me condamnant à la mort, a consommé sa perte, et qui sentira bientôt le poids épouvantable de la justice divine ; « car voici venir le jour où » les femmes se désoleront d'être mères, » où elles s'écriront : Heureuses les stériles, heureuses les entrailles qui n'ont point enfanté; heureuses les mamelles qui n'ont pas allaité. »
« Alors, » cherchant en vain à se cacher dans les cavernes des montagnes qui entourent Jérusalem, pour échapper au glaive des ennemis, « ils crieront aux montagnes, » dans leur effroi et leur désespoir : « montagnes, tombez sur nous; et aux collines, écrasez-nous, » pour nous dérober aux maux qui nous menacent. « Car si le bois vert, » si le juste par excellence, « est ainsi traité, que sera-ce du bois sec? » Que deviendra cette nation corrompue, ingrate, endurcie, qui a rejeté son Sauveur, et l'a condamné à la mort de la croix? Près de mourir, Jésus se retourne, pour jeter un dernier
et mulierum, qupe plangebant, et lamentabantur eum. — 28. Corner sus autem ad illas Jésus, dixit : Filiee Jérusalem, nolite flere supei me ; sed super vos ipsas flete, et super filios vestros. — 29. Quoniam ecce venient dies, in quibus dicent : Beatae stériles, et ventres qui non genuerunt, et ubera quae non lactaverunt. — 20. Tune incipient dicere montibus : Cadite super nos; et collibus : Operite no^. — 31. Quia si in viridi ligno haee faciunt, in arido quid fiet?
Dehaut. L'Evang.— T. IV. 30
regard sur la ville et le pays. Des larmes, il n'en a plus, car il les a toutes pleurées dans l'excès de sa douleur ; mais, sa dernière parole est, à la fois, une prophétie et une plainte sur le sort qui attendait Jérusalem. Sepp.)
B. ON PRÉSENTE A JÉSUS LE VIN MÊLÉ DE FIEL; IL EST CRUCIFIÉ ET PRIE POUR SES BOURREAUX.
« Lorsque Jésus fut arrivé sur le Calvaire, on lui donna à loire du vin mêlé de myrrhe, qui avait V amertume du fiel. » La tradition judaïque nous apprend que, quand quelqu'un allait être exécuté à mort, on lui donnait à boire quelques gouttes d'encens dans un verre de vin, afin qu'il ne sentit pas toute la violence de ses douleurs. C'étaient les principales dames de Jérusalem qui procuraient volontairement ce breuvage (a). La myrrhe produit le même effet que l'encens; seulement elle est plus cher. La myrrhe donnait au vin un goût d'amertume, que saint Matthieu voulut exprimer par ces mots : « Cum felle mistum. » — Le Sauveur, après avoir effleuré le vase du bout des lèvres, refusa de boire ce breuvage artificiel; il ne voulait rien diminuer de ses souffrances, ni troubler en rien la parfaite clarté de son esprit, ail était alors la sixième heure, » ou l'heure de midi {Voy. plus haut, p. 337). Avant de procéder au crucifiement, on dépouilla Jésus de ses vêtements, ne lui laisssant que le simple linge imposé par la décence. On distinguait chez les Romains trois espèces différentes de croix. La première avait la forme d'un X, « crue dectessata : » c'est celle que nous nommons maintenant la croix de saint André, parce que cet apôtre y souffrit le martyre; la seconde avait la forme d'un T, « crux commissa; » la troisième ressemblait aux crucifix actuels, -h, « crux immissa, » et avait quatre bras, le fût de la croix surmontant quelque peu la branche
M*. XXVII. 33. Et venerunt in locum, qui dicitur Golgotha, quod est Calvarise locus. — M1'. 23. Et dabant ei bibere myrrhatum vinum W. cum felle mistum ; et cùm gustasset, noluit bibere.
(a) Sanh. fol. 34. « Prodeunli ad supplicium capitis potum dant aliquid thif ris in poculo vini, hdc ratione ut turbaretur intellectus. »
m*, xxvu. 32-66. — § CXXIV. le calvaire. 351
transversale. D'après les témoignages les plus constants des saints Pères, ce fut sur cette dernière que Jésus-Christ fut crucifié, car ils la comparent avec les quatre parties du monde (S. Jérôme), avec un homme qui nage ou qui prie les bras étendus (Tertul., S. Just.), avec l'agneau pascal lorsqu'il est rôti, etc. On trouve également cette forme sur les plus anciens monuments de l'antiquité chrétienne (Voy. Aringhi, An. 0. I, 31; il ; 123, etc.; 184, etc.; Mazois, Les ruines de Pompéi, ii, 54, 1, p. 117 et 118, 1836). Le fût de la croix devait être plus haut que les branches transversales et même que la tête de Jésus-Christ, pour qu'on pût y placer une inscription. La croix était généralement peu élevée, de sorte que les pieds du crucifié touchaient presque à terre. Elle portait vers le milieu du fût une espèce de billot de bois, appelé sedile, qui servait d'appui au corps du condamné.
Jésus fut d'abord élevé et placé sur ce billot ; puis les bourreaux lui étendirent les bras et les lièrent à chaque bras transversal de la croix, afin de pouvoir en maîtriser les convulsions involontaires, puis ils lui enfoncèrent de gros clous dans chaque main et dans chaque pied, à ce que nous apprennent les anciens Pères S. Justin et Tertullien, Cyprien (iSerm. de Pass.), saint Grégoire de Tours (De glor. mart., c. 6). Hélène, la mère de Constantin, trouva quatre clous dans le voisinage du saint tombeau, d'après Théophane (Chronolog., p. 20 et 21), etc. Les peintres ont donc tort de représenter Notre Seigneur sur la croix ayant les deux pieds percés l'un sur l'autre. « C'est ainsi qu'ils crucifièrent Jésus- Christ, et avec lui les deux larrons, l'un à droite et rendre à gauche, Jésus au milieu (I)), » sur une croix plus haute, probablement, comme étant jugé le plus criminel. « Ainsi fut accomplie l'Ecriture, » la pro-
M''. Crucifixerunt eum, Jo. et cum eo alios duos Mr. latrones; unum à dextris, et alium à sinistris ejus; Jo. médium autem Jesum. M1'. Et impleta est Scriptura,
(6) Pas un cri d'indignation ! Si le sceau divin est quelque part dans les Evangiles, c'est en cet endroit (Foissetj.
phétie d'Isaïe, (lui, 12), « qui dit : 11 a été comité 'parmi les séditieux et les malfaiteurs. » Les deux larrons furent également cloués sur leurs croix, et non attachés avec des cordes, comme les peintres ont coutume de les représenter.
La première parole que Jésus-Christ prononça sur la croix ne fut pas une parole de résistance, de plainte, de colère; mais une parole d'amour et de pardon pour ses bourreaux. Il prie pour eux, il appelle sur eux la miséricorde céleste, il les excuse : « 0 mon Père, » s'écrie-t-il, « pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font; » ils ne connaissent pas celui qu'ils attachent à la croix, ils ne comprennent pas l'énormité de leur crime. Cette ignorance elle-même, il est vrai, est coupable de leur part ; mais c'est du moins une circonstance atténuante.